Dans le sillage de Francis Joyon en 2017, Loïck Peyron en 2012 et Franck Cammas en 2010, une nouvelle tentative de record du tour du monde à la voile va être lancée ce soir, mardi 3 décembre, sur un trimaran géant de 40 mètres. Pour remporter ce fameux « Trophée Jules-Verne », Spindrift 2 va devoir revenir à son point de départ situé au large de la Bretagne en moins de 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes, dernière performance en date. A quelques heures du départ, interview de l’un des équipiers, Corentin Horeau.
Partir vite, accélérer et ne rien lâcher. La quête du record du tour du monde à la voile parait simple : s’élancer au large de la Bretagne pour y couper la ligne de départ fictive entre le phare de Créac’h sur l’île d’Ouessant et le phare du Cap Lizard et la recouper en sens inverse après avoir tourné autour de l’Antarctique. Facile, non ? Pas du tout ! Cette quête suprême nécessite de réunir les recettes d’un cocktail savamment travaillé : une équipe de marins professionnels et affutés capables d’endurer quarante jours de mer pied au plancher sur une machine infernale, une météo favorable avec ni trop de vent ni pas assez, et une part de chance indéniable pour éviter la casse.

Son premier tour du monde
L’un des douze marins, Corentin Horeau, nous a accordé un entretien avant de larguer les amarres ce mardi. « J’ai hâte de partir et bizarrement je ne me sens pas stressé du tout », explique-t-il. « J’intègre un équipage où beaucoup ont déjà fait une ou plusieurs tentatives de record avec ce bateau qu’ils connaissent très bien. Ça me rend vraiment serein », déclare Corentin qui s’apprête, lui, à vivre son premier tour du monde, à l’instar de quatre de ses coéquipiers, Duncan Späth, Grégory Gendron, Benjamin Schwartz et Erwan Le Roux.

Le jeune Trinitain, qui a brillé sur la Solitaire du Figaro en 2014 en terminant second derrière Jérémie Beyou, part cette fois en équipage et en multicoque sur l’immense trimaran (trois coques) de 40 mètres de Dona Bertarelli nommé « Spindrift 2 ». Cette fois, la Suissesse ne prendra pas le départ comme elle l’avait initialement fait en 2015-2016, devenant la femme la plus rapide autour du monde malgré l’échec de battre le record alors existant. Mais son fils, Duncan Späth sera lui à bord, en compagnie du skipper du trimaran, Yann Guichard qui tentera pour la troisième fois de battre le record. En début d’année, l’équipe avait dû abandonner au large de l’Australie, suite à la casse matérielle d’un safran, partie essentielle du bateau servant à le diriger.

Sur les douze marins qui vont s’élancer dans la nuit de mardi à mercredi, sept possèdent donc l’expérience d’un tour du monde : « C’est rassurant », explique Corentin. « Par ailleurs, la cohésion dans le groupe est excellente. Ces derniers jours, pendant l’attente d’une fenêtre météo favorable, on s’est beaucoup vus, on faisait du sport ensemble deux fois par semaine «.

Un kilo d’affaires personnelles
Douze hommes sur une machine de 40 mètres et plusieurs tonnes, cela impose une certaine discipline de vie. L’espace restreint et la difficulté physique du bateau nécessitent du repos malgré le peu de confort. « On a le droit d’apporter un kilo d’affaires personnelles par personne, j’ai choisi de prendre un casque audio avec mon portable pour écouter la musique. Pas de livres pour moi, je ne m’imagine pas rogner mon temps de sommeil pour lire », déclare le navigateur morbihannais. « On aura chacun une adresse mail qui nous permettra de communiquer avec nos proches mais aussi de recevoir des informations d’actualité générale et sportive. On ne peut simplement pas envoyer de pièces jointes lourdes comme des photos et des vidéos », déclare le rookie qui espère être tenu au courant des derniers résultats sportifs même autour de l’Antarctique.
Eviter les OFNI
Le record, le graal, le but ultime de cette tentative semble très compliqué car Francis Joyon, le détenteur du record a placé la barre très haute en 2017 lorsqu’il a franchi la ligne d’arrivée après seulement 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes. Lui aussi s’était élancé en trimaran, mais à la différence de « Spindrift 2 », celui de Francis Joyon ne faisait que 31,50 mètres et seuls six hommes se trouvaient à bord pour barrer et manœuvrer. Reste que la taille et le nombre d’hommes ne sont finalement pas au centre du record détenu par le passé par des équipages allant de cinq à quatorze marins. La vraie difficulté vient de l’addition de deux paramètres : la vitesse des bateaux, toujours plus élevée, combinée à la pollution des mers. De plus en plus envahissante, elle multiplie les risques de chocs avec les « OFNI », ces objets flottants non-identifiés. Véritable hantise des marins d’aujourd’hui, ces objets se matérialisent par des morceaux de plastiques, des frigos, des machines à laver ou carrément des containers. Ne pas casser est la première des règles, rester dans un système météo vous faisant avancer vite mais sans risques et dans la bonne direction est la seconde. Après, le bateau et l’équipage feront le reste mais de ce côté-là, au vu de l’expérience combinée au talent de chaque membre, l’équation devrait se résoudre sans encombre.
Douze marins et un routeur à terre
Sur les 40 000 kilomètres que comportent le parcours sur l’orthodromie (route la plus directe), plusieurs points de passage donneront une tendance de l’avance ou du retard des douze hommes. L’Equateur, le Cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud, le Cap Leeuwin en Australie et le Cap Horn au Chili. Le record actuel détenu par Francis Joyon avait affiché des temps de 5 jours et 18 heures pour l’Equateur, de 12 jours et 18 heures pour le Cap de Bonne-Espérance et de 26 jours et 15 heures pour le Cap Horn. Si « Spindrift 2 » accuse un retard trop important à l’un de ces passages clés, on pourrait voir la tentative abandonnée prématurément… « Nous espérons passer le cap de Bonne-Espérance en moins de treize jours », prévoit le skipper, Yann Guichard, qui sera en constante concertation avec un routeur à terre, Jean-Yves Bernot, pour analyser au mieux les évolutions et prévisions météorologiques.
Si les douze marins ont dépassé le Cap Horn à Noël, ce sera un excellent signe en vue du record. L’année 2020 leur déroulerait alors un joli tapis rouge.
L’ÉQUIPAGE DU SPINDRIFT 2
Yann Guichard (skipper)
Erwan Israël (navigateur)
Jacques Guichard (chef de quart / barreur-régleur)
Jackson Bouttell (barreur / numéro un)
Thierry Chabagny (barreur / régleur)
Grégory Gendron (barreur / régleur)
Xavier Revil (chef de quart / barreur-régleur)
Corentin Horeau (barreur / numéro un)
François Morvan (barreur / régleur)
Duncan Späth (barreur / régleur)
Erwan Le Roux (chef de quart / barreur-régleur)
Benjamin Schwartz (barreur / numéro un)
Jean-Yves Bernot (routeur à terre)
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