S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Plantation d'arbres dans les forêts du Canada
  • Société
  • Environnement

Reboiser au Canada, le nouveau bon plan des backpackers écolos

  • 24 novembre 2021
  • 7 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Banal le wwoofing en Australie ? Si travailler bénévolement aux antipodes dans des fermes bio ne vous tente pas vraiment, pourquoi ne pas tenter le "planting", ou le reboisement au Canada. Une option méconnue, plutôt physique, mais bien rémunérée et essentielle pour lutter contre la déforestation. Chaque jour, 2000 arbres peuvent être plantés par ces « bûcherons 2.0 » - soit 600 millions de semences par saison, raconte Philipe Blondel, Canadien de 22 ans. Photographe et artiste, il parcourt la planète en auto-stop depuis quatre ans et finance son périple avec de petits boulots. Et le "planting" il connait : il vient de finir sa troisième saison.

Philippe Blondel, nationalité : Canadien. Profession : planteur d’arbres. Ce photographe s’est immergé, le temps de trois saisons, dans un « camp » de plantation d’arbres au Canada - un pays qui impose que pour chaque arbre coupé, un nouveau soit replanté. En effet, en 2019, le gouvernement de Justin Trudeau avait annoncé vouloir planter 2 milliards d’arbres d’ici 2030. Un objectif (trop ?) ambitieux, que Philippe Blondel est allé observer, photographier, mais aussi tester de ses propres mains en plantant jusqu’à 2000 arbres par jour. Un job nourri, logé et rémunéré se déroulant en pleine nature, dans une ambiance plutôt cool, si l'on en juge par son témoignage.

Après avoir commencé un tour du monde en auto-stop il y a 4 ans, Philippe a voyagé au Népal et en Inde, où il a créé le projet « Art for School » - avec l’objectif de faire découvrir l’art aux enfants des bidonvilles. Au total, plus de 500 enfants ont été touchés par ce projet, que l’on peut découvrir entre autre à travers cette exposition photo. Empêché par le Covid de continuer son projet en Asie, Philippe décide alors de rentrer au Canada pour une mission tout à fait différente : participer au reboisement du pays. 

« La vie de camp est très particulière. La saison de planting commence début mai et peut aller jusqu'a la fin octobre, mais cette année, elle a fini mi-septembre. On est ensemble pendant presque 3 mois, 24 heures sur 24. J'aime le décrire comme une télé-réalité (étant toujours ensemble, des « dramas » se créent très vite, et les rumeurs aussi.) Ça a ses avantages et ses défauts, ça peut beaucoup jouer sur le moral des planteurs et l'ambiance du camp. C'est là où mon collègue David et moi, qui faisons partie du « staff » en tant que contremaitres, intervenons. On essaye de régler les problèmes en interne, mais si ça va trop loin, on peut toujours compter sur les ressource humaines de la société de plantation », raconte Philippe.

« Mais pour moi, passer une saison dans l’un de ces camps est surtout un moment de rencontre. On y fait la connaissance de personnes venant de tous les milieux, avec des rêves différents. Et même s’il y a parfois des tensions, les amitiés qui se créent durant une saison sont vraiment fortes. On partage tellement de choses intenses… Les horaires peuvent varier, mais généralement, on travaille du lundi au vendredi. Des soirées sont organisées le vendredi et le samedi, autour d’un feu avec de la musique, des jeux d’alcool, des soirées à thème (fête nationale, Halloween…). Chaque saison est vraiment différente. Par exemple, cette fois-ci, on a réservé une chambre pour y aménager un studio pour faire un podcast. Des planteurs avaient acheté tout l’équipement nécessaire, et on faisait un à deux enregistrements par semaine - l’occasion de tous se réunir et passer un bon moment ensemble. Une autre fois, à l’occasion du 24 juin, fête nationale du Québec, on a fait venir un groupe de musique, on a fait un immense feu et fait un feu d’artifice. »

planteur arbres canadaplanteur arbres canadaplanteur arbres canadaPlanteurs arbres barbecuePlanteurs arbres canada soirée feu

L’hébergement dépend de chaque camp. « Dans les sites les plus éloignés, on est logés dans des camps forestiers pour travailleurs. Pour ce qui était de mon groupe, on était installés dans une pourvoirie (au Canada, c’est un établissement qui loue aux chasseurs et aux pêcheurs des installations et des services,ndlr). On avait accès à sept chalets, pour environ 30 personnes. Les planteurs pouvaient choisir avec qui ils voulaient partager les chalets. En gros, il y avait sept petites colocations. La vie de camp est plutôt belle et facile, la plupart des gens sont là pour passer un bon moment, se faire de l'argent sans vraiment avoir à trop réfléchir, et surtout être dehors. Comme on dit toujours, c'est le “camp de vacances“ le plus difficile du monde. »

« Pour ce qui est de la nourriture, il y avait deux cuisinières qui travaillaient sur le camp et s'occupaient de nous (la meilleure partie de la journée, une fois de retour au camp !). La nourriture joue aussi beaucoup sur le moral - et donc sur la production. Souvent, les cuisinières sont ouvertes aux propositions : par exemple, pour les anniversaires, elles font le gâteau de ton choix, le 24 juillet on fêté le “Noël du planteur“ avec un échange de cadeau et un repas traditionnel de Noël. La salle a manger est l'endroit où l’on se retrouve tous ensemble pour un beau moment d'échange - surtout qu'on n’a pas accès au wifi ou au réseau cellulaire, alors ça nous oblige à vraiment aller à la rencontre des autres sur le camp, c’est un des aspects que je préfère. »

Plantation d'arbres dans les forêts du Canada
(Philippe Blondel)

2 millions d'arbres plantés pendant l'été

D’abord avec le statut de « planteur », Philippe devient dès sa deuxième saison chef d’équipe. « Pour la plupart des planteurs, y compris moi-même, la plantation d'arbres est une relation de haine et d'amour. Et sans raison, je reviens année après des année. C'est comme une addiction à la liberté », confie-t-il, alors qu’il vient de clôturer sa troisième saison de plantation - durant laquelle il s’est vu confié le poste de co-superviseur d’un camp complet. De quoi financer la prochaine étape de son périple, au Burnika Faso cette fois, où début décembre il va réaliser des reportages photos sur l'éducation à travers l'art et la conservation des éléphants.

« Notre mission était de planter près de 2 millions d’arbres pendant l’été. Ce chiffre peut paraitre important, mais à titre comparatif, la compagnie pour laquelle je travaille (Outland, deuxième compagnie de reboisement au Canada en nombre de planteurs) plante environ 40 millions d'arbres par an. Et ce n'est qu'une compagnie parmi tant d'autres à travers le Canada », explique Philippe. « Cette activité est un défi de tous les jours. C'est 10 % de physique et 90 % de mental - dans tous les cas, le physique suit la cadence, le corps s'habitue à un moment donné. Mais le mental peut s'effondrer à tout moment. Le plus dur n'est pas de planter, mais d'être seul avec soi-même. Plus la saison avance, plus chacun devient fou. » 

Pourtant, d’après Philippe, la routine s’installe rapidement. Se lever tôt, planter le plus d’arbres possible pendant 10 heures, dîner, aller se coucher, et recommencer. « Un planteur moyen plante au moins 2000 arbres par jour, les vétérans peuvent atteindre les 6000 par jour », ajoute-t-il. « Le tarif pour chaque arbre et la nature du terrain jouent un rôle important dans la motivation. On touche entre 9 et 30 cents selon la qualité du sol ».

Voilà à quoi ressemble le programme d’une journée type selon Philippe :

  • De 5h à 5h30 : réveil.
  • De 5h à 6h: petit-déjeuner.
  • 6h : rendez-vous devant les véhicules avec tout l'équipement. Mon collègue et moi faisons une petite réunion pour expliquer le déroulement de la journée, combien d'arbres ont été plantés le jour précédent, si les chiffres sont bons ou non ; et l’objectif de la journée.
  • Le trajet dure entre 1 à 2 heures, et les planteurs dorment généralement pendant le trajet. 
  • 8h : arrivée aux blocs, on répartit les planteurs, et on s'assure qu'ils comprennent le terrain. David et moi livrons les arbres.
  • 16h : les planteurs reviennent sur le bord de la route et on les récupère.
  • Trajet de retour... les planteurs s'endorment généralement.
  • 18h : arrivée au camp. 
  • De 18h30 à 19h30 : dîner. 
  • Etirements et hydratation, préparation de l'équipement pour le lendemain.
  • Se coucher le plus tôt possible. 
Plantation d'arbres dans les forêts du CanadaPlantation d'arbres dans les forêts du CanadaPlantation d'arbres dans les forêts du CanadaPlantation d'arbres dans les forêts du CanadaPlantation d'arbres dans les forêts du Canada

La solution à la déforestation ? À voir...

"Selon les dernières statistiques disponibles, 747 690 hectares ont été récoltés au Canada en 2018,», rapporte Philippe. « La récolte d’arbres n’est pas considérée comme une déforestation, mais il faut quand même replanter ou régénérer naturellement la forêt sur les terres publiques – et 94 % des forêts canadiennes sont des terres publiques. Mais seulement 356 371 hectares ont été replantés 2018, par des compagnies sylvicoles. Ces chiffres n’incluent pas les terres brûlées en raison des incendies de forêt et des infestations d’insectes, qui créent plus de 18 millions d’hectares (2018) prêts à être plantés », complète-t-il. 

Le photographe avoue que « la reforestation est un sujet plus compliqué et controversé au Canada que la déforestation en elle-même. La plantation d’arbres se situe au bas de la chaîne de l’industrie forestière. C’est en fait la seule partie de la chaîne qui ne fait pas de profit », conclut-il, même si près de 600 millions de semences sont tout de même plantées chaque saison par des entreprises sylvicoles engagées par le gouvernement (comme celle de Philippe) et les entreprises de coupe.

Plantation d'arbres dans les forêts du CanadaPlantation d'arbres dans les forêts du CanadaPlantation d'arbres dans les forêts du CanadaPlantation d'arbres dans les forêts du CanadaPlantation d'arbres dans les forêts du CanadaPlantation d'arbres dans les forêts du Canada

La société Outland se concentre essentiellement sur la plantation de résineux. « Le sujet est beaucoup moins controversé qu’en France, peut-être parce que le territoire est bien plus grand, mais aussi parce qu’on plante des espèces adaptées à leur environnement. À partir d’une certaine latitude, au nord du Québec par exemple, on trouve uniquement des résineux à cause du climat. Mais il m’est arrivé d’avoir des contrats plus au sud où il y avait des forets mixtes. » 

Malgré les efforts des sociétés de coupes d’arbres, qui adaptent leurs techniques de déboisement en fonction des écosystèmes des forêts – « par exemple, ils déforestent en forme de doigt, c’est ce qu’on appelle la coupe régénératrice » – Philippe a constaté des limites à ce fonctionnement. « Certains nous considèrent comme des héros modernes, pensant que nous sauvons la planète. La réalité est que notre impact est faible par rapport à l’industrie forestière. Les choses sont allées trop loin. »

Ainsi, explique-t-il, le groupe propriétaire de la société Outland pour laquelle il travaille n’affiche pas clairement d’intention de collaborer avec des sociétés spécialisées dans la compensation carbone. « La plantation au Canada existe uniquement parce que le gouvernement l’impose. Planter coûte plus cher que ça ne rapporte ». Et la promesse de Justin Trudeau de planter 2 milliards d’arbres d’ici 2030 semble peut réaliste pour Philippe, « à cause de la pénurie de main d’oeuvre que traverse le Canada, et du manque d’organisation de la part du gouvernement", conclut-il, fort de son expérience sur le terrain.


Comment faire du "planting " ?

Plusieurs entreprises se disputent le marché de la plantation d'arbres au Canada. Pour trouver celle qui vous convient, jetez un oeil sur ce site, plutôt bien documenté : "hard core tree planters".
"Outland", où Philippe Blondel a effectué trois saisons, est l'une des principales, l'une des plus anciennes aussi. Présente au Canada depuis 1995, elle plante 40 millions d'arbres par an. Les opportunités de jobs sont déjà ouvertes pour la saison 2022 qui court généralement de mai à fin septembre. Cinq sites sont prévus à ce jour : l'Ontario, l'Alberta, le Québec, le Manitoba et le Saskatchewan. Pour en savoir, plus c'est ici.

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Val d'Isère
La rédaction

L’Acte III de la loi Montagne ravive les tensions autour de l’eau et de la bétonisation 

col de la Loze satellite
La rédaction

Face à l’affaissement de la retenue du Col de la Loze, Courchevel joue-t-il aux apprentis sorciers ?

Elus JO 2030
Marina Abello Buyle

JO 2030 : 41 engagements environnementaux, entre petits gestes et zones d’ombre

Glacier Argentine
Marina Abello Buyle

Dans l’indifférence internationale, l’Argentine adopte une réforme affaiblissant la protection des glaciers

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications