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Ray Jardine Friend
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Ray Jardine : ce génie qui a révolutionné l’escalade et la rando avant de fuir la gloire et finir sans le sou… mais heureux

  • 23 décembre 2024
  • 12 minutes

Grayson Haver Currin Grayson Haver Currin Grayson Haver Currin est un journaliste musical de longue date. Il écrit pour le New York Times, Rolling Stone, le Washington Post et Outside.

Dans les années 70, l’Américain Ray Jardine invente le friend, le coinceur à came. Ça va tout changer pour les grimpeurs. Dans les années 90, c’est avec sa femme, Jenny, qu’il lance la tendance de l’ultralight sur les sentiers et toute une panoplie d'équipements de rando innovants. De ses brevets, il aurait dû tirer des fortunes, il n’y gagnera qu’une réputation d'infatigable inventeur fuyant les honneurs comme la peste. À 79 ans, il vit caché dans le Nouveau-Mexique, aussi épris de liberté qu’à ses vingt ans. Dans une rare interview, il explique à Outside pourquoi il a quitté l'industrie de l’outdoor, et ne s’en porte que mieux !

Désert de l'ouest du Nouveau-Mexique : Ray Jardine dévale à moto un chemin de terre à plus de 190 km heure. On peine à le suivre, mais pas question de le perdre de vue, on n’a pas son adresse. Il ne la donne à personne, pas plus que son numéro de téléphone. Décrocher une interview de lui tient du miracle. Aujourd'hui âgé de 79 ans, Ray a passé une grande partie de sa vie à écrire sur ses deux passions, deux sports qu'il a contribué à bouleverser et à défendre : l'escalade libre et la randonnée au long cours.

À la fin des années 70, alors qu'il était l'un des meilleurs grimpeurs au monde, son invention, le friend, un nouveau modèle révolutionnaire de coinceur mécanique, a permis aux adeptes de cette pratique alors naissante de terminer des voies qui leur semblaient impossibles.

Puis, avec sa femme, Jenny, il en a fait de même dans le monde de la randonnée. Le couple a traversé les États-Unis cinq fois en moins de dix ans, achevant le Pacific Crest Trail (PCT), l'Appalachian Trail (AT) et le Continental Divide Trail (CDT). Un énorme défi qu’ils baptiseront la Triple Couronne. A savoir 25 000 miles (42 233 km), au rythme de 2,75 miles (4,4 km/h) à l'heure, de l'aube au crépuscule, parcourus avec une rigueur quasi-scientifique. A l’image de leur approche qui les a conduits à réimaginer le sac à dos, dont ils réduiront drastiquement le poids idéal. Ce, à l'époque où quantité de marcheurs s'embarrassaient de charge dépassant les 22 kg. « Le minimalisme ne m'intéressait pas », écrit Ray dans la préface de son livre ‘Trail Life’ , “je voulais simplement laisser tomber tout ce qui n’était pas nécessaire ».

Quantité de marques ont capitalisé sur leurs inventions

Les Jardine sont sans doute le couple le plus aventureux des Etats-Unis. Outre leurs exploits sur les sentiers, ils ont fait le tour du monde en voilier, skié jusqu'au pôle Sud, traversé le pays à vélo en trois mois et parcouru en kayak le fleuve Yukon jusqu'à la mer de Béring, pour ne citer que quelques unes de leurs aventures. Et cette année, Ray espère traverser en un temps record l’Amérique d'Ouest en Est à moto, et rejoindre Key West, en Floride depuis Deadhorse, en Alaska. Quant à Jenny, 66 ans, elle prépare le GR10, 1100 km dans les Pyrénées.

Tous deux vivent très chichement dans leur petite maison nichée au fin fond du désert, dans le Nouveau-Mexique, alors qu’aux Etats-Unis ils sont considérés comme des légendes de l’industrie de l’outdoor et que leurs inventions ont fait quantité d'émules.

Au début des années 90, Ray et Jenny ont catalysé et incarné la tendance de l’ultra léger qui a permis à des générations de randonneurs de marcher plus loin et plus vite. Mais ils ont également inspiré toute une série de marques de matériel qui ont capitalisé sur leurs idées. À l'époque, elles étaient considérées comme des hérésies ; aujourd'hui, pour beaucoup, elles sont paroles d'évangile. Pour assurer leur quotidien, ils vendent maintenant des livres d'aventure autoédités, des kits complets pour construire son propre équipement de rando et, tout dernièrement, des appareils médicaux faits maison pour « nettoyer son sang ». Le tout dans le même garage où ils entreposent depuis un demi-siècle des tarps, des kayaks de mer, les friends originaux, des motos, et j'en passe. Reste que dans le monde de l'outdoor qu'ils ont contribué à transformer, ils restent de vrais mystères, peu connus du grand public aux Etats-Unis. Et totalement inconnus encore en France. 

En quête du "fun extrême"

Programmeur informatique formé dans les années 60, Ray tient également depuis 1995 une chronique en ligne de sa vie. Un registre des mille et une vies vécues avec son épouse Jenny à la poursuite de ce que le couple Jardine appelle « le fun extrême ». Mais ils ne veulent plus faire partie de l'industrie de l'outdoor, même s'ils ont contribué à la faire naître.

« Tant d'entreprises ont capitalisé sur nos idées. Nous n'aimons pas cela du tout », explique Ray. « Mais nous ne gaspillons pas notre énergie à haïr qui que ce soit. Protéger notre qualité de vie ici, cachés, ça c’est la chose la plus importante pour nous aujourd’hui ». 

Ils se souviennent en effet de la fois où le business qu’il avait monté pour la création du friend a mal tourné après avoir été copié. Et aussi de leur ligne de matériel de randonnée, GoLite, qui a échoué avant d'être récupérée et de donner naissance à une industrie de l’ultra light aujourd’hui en plein essor. Deux business malheureux, deux expériences qu’ils n’ont pas voulu tenter à nouveau, préférant revenir à un modèle artisanal. Du matériel fait maison, sans le support de médias sociaux, sans distribution nationale ni apparitions publiques. Surtout pas. Car le respect de leur vie est leur bien le plus précieux. Non négociable !

"La seule chose qui m'intéressait, c'était l'escalade"

Aux sources de la passion de Ray pour l’aventure et la nature, une maladie qui le cloue au lit pendant un an. Suffisant pour lui donner l’envie de parcourir le monde. Et puis aussi, des lectures. Des dizaines de livres d'aventures dévorés par un gamin donné pour dyslexique. Son père est plombier, lui se rêve pilote de l’air, mais n'a pas une très bonne vue. A défaut, il deviendra ingénieur aéronautique. Au cours de ses études, il découvre l’escalade dans la chaîne des Tetons. Cette passion le conduira à envoyer tout valser quelques années plus tard : un premier mariage, un job chez Martin Marietta, fabricant de missiles. « J'étais un programmeur hors pair », raconte Ray, un sourire en coin. « Toutes les entreprises avec lesquelles j'ai passé des entretiens m'ont proposé un poste, mais la seule chose qui m'intéressait, c’était l'escalade.

En 1969, désormais sans attaches, il loue une chambre à Denver pour pas cher à Bill Forrest, un vieil ami et partenaire d'escalade qui possède un atelier d'usinage, un détail important, comme on va le voir. Mais cette année-là, c’est aussi l’année où il s’envole pour le Pérou, direction le Nevado Huascarán. A bord de l’avion, il rencontre des alpinistes américains, dont Gene et Betsy White, pionniers américains de l'alpinisme et de l'aide humanitaire, qui sans trop de mal vont l’embarquer dans leur petit groupe. « C'est grâce à eux que j'ai changé toute ma vie : je rencontrais des gens qui correspondaient totalement à ce que je voulais être, des esprits libres qui faisaient ce qui les amusait », dit Ray.

Le grimpeur le plus détesté de tous les temps

De retour chez lui, il va se vouer à l’entraînement et à l’escalade. Il enchaîne des milliers de pompes et les voies les plus engagées qu’il peut trouver. Forcément, il atterrit dans le Yosemite, où il est vite considéré comme un demi-dieu de l’escalade, ou un démon, peu soucieux des conventions. Ray détonne un peu dans le monde des Stonemasters, les descendants de la génération Beat qui ont dominé l'histoire du Yosemite dans les années 70. Lui, c’était l'ingénieur un peu raide, divorcé et déjà à la retraite, une sorte de gymnaste surdoué qui considérait les ascensions comme des problèmes à résoudre avec grâce.

Sa technique suscite également la controverse. En falaise, on lui reproche de ne pas repartir du sol après une chute et de trop se reposer sur la corde. Faisant fi des pratiques alors en cours, il préfère en effet rester suspendu en l’air et lance le « hangdogging » (les repos sur la corde), courant aujourd’hui. Il sera aussi quasiment voué aux enfers pour avoir fixé des pitons au bas du Phoenix (un des grands classiques du Yosemite). Et, pire, pour avoir ébréché la face du Nose en 1980. Ce qui lui vaut le titre peu glorieux de « grimpeur le plus détesté de tous les temps ». Bref, Ray est brillant, mais n’en fait qu’à sa tête.

L'invention des friends, une révolution

C’est précisément ce côté ingénieur méticuleux qui va conduire Ray à mettre au point un accessoire qui va changer l’escalade pour toujours, le coinceur mécanique ou à came, plus connu sous le nom de « friend ». Rêvant d'escalader The Nose en une seule journée, Ray savait qu'il aurait besoin d'un ancrage capable de se glisser rapidement dans un petit espace et, plus important encore, d'y rester solidement bloqué. D'autres avaient expérimenté de tels dispositifs dans la vallée, et Ray avait étudié attentivement leur travail. De retour à Denver, dans l'atelier d'usinage de son ami Forrest, il réfléchit aux coefficients de frottement. Il fixe deux cames mobiles à ressort sur un axe central. En appuyant sur une gâchette, elles se replient, permettant au grimpeur de les glisser dans une fissure ; une fois la gâchette relâchée, les cames se dilatent pour se verrouiller en place. Au cours des années 70, chaque saison, il apporte une version améliorée dans le Yosemite, avec la plus grande discrétion. « Je pensais que si quelqu'un d'autre les voyait, il se précipiterait pour les fabriquer et les vendre lui-même ».

Après six années passées à peaufiner le design et à grimper avec ce qu'il a finalement baptisé « friend », un nom de code pour un accessoire qui facilite des choses difficiles, Ray décide qu'il est temps de le commercialiser. Yvon Chouinard - un vieil ami qui venait de créer Patagonia – est contacté. Mais ce dernier décline son offre. Chouinard mettra sur le marché un successeur du friend dix ans plus tard. Au final, c’est Mark Vallance, un alpiniste britannique, qui en 1977, va fabriquer ce produit révolutionnaire via sa marque d'escalade, Wild Country.

Mais, très vite, les relations entre les deux hommes sont tendues. Jardine est trop gourmand à l’heure de négocier son pourcentage, selon Vallance. Tous deux parviendront quand même à un accord. De quoi donner les moyens à Jardine de poursuivre ses aventures, d'autant qu’en janvier 1980, l'Office américain des brevets et des marques lui accorde un brevet pour ses friends. Quelque temps plus tard, le grimpeur est dans le Yosemite où il peine à « libérer le Nose ». A l'issue de quatre mois infructueux, il jette l'éponge. « J'ai réalisé que j'avais atteint mon but, j'ai donc retiré toutes mes cordes et j'ai quitté la Vallée », raconte-t-il. Quand on lui demande s’il n’a pas de regret, c’est un non qui tombe sans hésitation: « J'avais fait tout ce que je voulais faire ! ».

https://youtu.be/Xmm2vFgV0ao?si=GCTsb0jn3Xo-bd6A

Exit les gros godillots, ils randonnent en chaussures de course

À l'été 1982, Ray Jardine rencontre Jenny Maurer. C’est avec elle qu’au retour d'un tour du monde en voilier, il décide de se lancer dans une autre aventure, sur la terre cette fois : les grands sentiers américains. En commençant par le mythique Pacific Crest Trail. Ce sera leur premier terrain d'expérimentation en matière de matériel. 

Dans les années 70, Ray, alors à fond dans l’escalade, survivait en accompagnant des expéditions en montagne. C’est là qu’il avait appris à voyager léger : une bâche au lieu d'une tente, pas de réchaud de camping ni de grosses chaussures de rando. Une révolution, quand à la fin des années 80, l'usage voulait que les randonneurs soient équipés pour « parer à toutes les éventualités », leur sac dépassant bien souvent les 22 kg. Les Jardine vont, au contraire, démonter leur sac, l’étudier minutieusement et enlever tout ce qui leur parait superflu pour l’alléger au maximum. Peu satisfaits des sacs de couchage qu’ils voient dans le commerce, ils vont également fabriquer le leur, un sac pour deux, ainsi que leurs propres tenues de marche. Au pied enfin, des chaussures de running. Réservant aux passages enneigés les grosses chaussures de cuir, qu'ils récupérent en chemin par colis postal.

Le poids de leur sac tombe de 13 kg à 7 kg

« C’était du jamais vu », se souvient Ray. « Et les gens venaient me voir et me disaient : ' C’est hyper dangereux de faire de la randonnée avec ça. Tu donnes le mauvais exemple !', 'Tu ne vas pas faire 10 miles avec ça' » Au contraire, le couple termine le PCT en moins de cinq mois. Les trois années suivantes, les Jardine se consacrent au kayak de mer qui les conduit jusqu’à la mer de Béring. Mais dès 1991, on les retrouve sur le PCT, après avoir encore réduit le poids de leur sac à dos qui passe de 13 kg à moins de 7 kg. Avec eux, de nouveaux modèles de vêtements et des accessoires toujours plus légers et fonctionnels, affinés au cours de leurs nombreuses randonnées.

Toute une philosophie de la randonnée dont Ray a expliqué les grands principes dans un livre intitulé The PCT Hiker’s Handbook, publié pour la première fois en décembre de cette année-là en une édition de quelques dizaines d’exemplaires seulement. En 1992, c’est sur le CDT qu’ils continuent d'améliorer encore leur matériel. Il faudra attendre 1993 et l’Appalachian Trail pour les voir passer à la vitesse supérieure. Ray et Jenny, savaient que sur ce sentier rocailleux ils allaient devoir encore alléger leur sac, s’ils ne voulaient pas trop souffrir. Ils vont donc fabriquer leurs propres sacs à dos sans armature, des sacs à bandoulières. De quoi s’alléger encore et perdre 2 kg d'un coup. Et au lieu de dépenser 350 $ pour un autre sac de couchage en duvet, ils vont coudre une épaisse couche d’isolant synthétique entre deux feuilles de nylon coupées aux contours de leur corps, et en faire une duvet pour deux personnes. Enfin, une fois encore, ils vont miser sur les chaussures de course à pied, dont ils testeront toute une série tout au long du sentier, au fur et à mesure que leurs pieds s’adaptent au sentier. Au final, leur sac se réduira à moins de 4,5 kg.

 « Ma devise «, explique Ray. « C’était que si tel ou tel équipement me fait défaut, c’est qu'en fait je n’en ai pas vraiment besoin. » Nous n’avions pas la moitié des accessoires que les autres avaient. Alors, nous avons improvisé, tout simplement. » Cette saison-là, Jenny va établir sur l’AT le temps le plus rapide connu chez les femmes en le parcourant en 90 jours. Un record qu’elle ne cherchait pas particulièrement, mais qui a tenu près de 20 ans. 

https://youtu.be/OmtntvkElhQ?si=XSQxlyDMQ1iFb2-U

L'inventeur du défi de la "Triple couronne"

C’est au cours de ce périple qu’une idée va leur venir : lancer l’American Long Distance Hikers Association, Western States Chapter (ALDHA-West), accompagné d'une newsletter, "The Distance Hiker’s Gazette". Bien avant que les influenceurs n’existent, cette Gazette va permettre aux randonneurs des grands sentiers de l’Ouest américain de communiquer entre eux, et d'échanger des trucs, des conseils et des bonnes adresses. Aux Jardine, elle va aussi permettre de faire la promotion de leurs livres, de leurs filtres à eau faits maison… ainsi que de leurs idées radicales sur la randonnée. C’est là aussi que Ray évoquera pour la première fois son projet d'inventer un terme, « The Triple Crown » (triple couronne) pour qualifier le triple défi des trois grands sentiers américains, le PCT, le CDT et l’AT, devenu depuis le Graal pour les randonneurs. A ce jour, seuls 765 personnes dans le monde l’ont accompli. Mais, très vite ils vont se lasser de sa gestion, et ils passeront la main à d'autres. On continuera pourtant de les voir sur les sentiers. Notamment sur le PCT, qu'ils boucleront une troisième fois, sans tente cette fois, avec un simple tarp. Et, toujours en bandoulière, un sac de 3,8 kg pour Ray, et plus léger encore pour Jenny.

"GoLite, ça craint", écrit Ray Jardine sur les réseaux

Les Jardine vont alors se lancer à nouveau dans le business. Le brevet des friends allait expirer, The Hiker’s Handbook, un succès, en était à sa septième édition, et voilà qu’on les contacte pour fabriquer et commercialiser le fantastique matériel ultra light qu’on commence à leur envier. La marque va s’appeler GoLite. Mais, une fois plus, l’aventure va vite tourner court. Les prototypes reviennent constamment avec de nouveaux problèmes. Les normes et spécifications que Ray et Jenny avaient établies pour leur propre équipement fait maison n’étaient pas respectées sur les produits fabriqués en série. « La façon dont Jenny et Ray avaient conçu et cousu ces trucs, c’était du génie absolu », admet leur partenaire de l’époque, Coupounas. « C’était génial, l’artiste rencontrait le scientifique. D’un autre côté, ce n’était tout simplement pas faisable dans une usine ! », conclut-il.

Reste que les premiers modèles, commercialisés en 1999, commencent à se vendre grâce à la notoriété de Ray, au charisme de son associé, Coupounas, et à l'impact du marketing en ligne. Les créations artisanales de Ray étaient enfin accessibles au grand public. Son sac à dos magnifiquement basique, le GoLite Breeze, pouvait contenir énormément de choses alors qu'il pesait moins d’un kilo. Mais Ray n’est pas satisfait : « GoLite Sucks » (GoLite, ça craint), écrit Ray sur les réseaux. L’aventure prendra fin en 2004.

Retour aux sources : le "fait maison"

Depuis, les Jardines ont renoncé à toute collaboration avec l’industrie de l’outdoor et n’ont cessé de s’insurger contre la multiplication des modèles piratés disponibles sur le marché. Désormais, ils veulent « juste faire simple » et resterune entreprise familiale. Revenir aux sources, en fait.

Au début des années 2000, ils organisent des ateliers de couture de trois jours, chez eux dans l’Oregon, pour accueillir de petits groupes qui, équipés de machines à coudre et d'un kit de fabrication, construisent leurs propres sacs à dos ou tarp. L’idée plait beaucoup. Ils vont la développer. Mais à distance cette fois. Sur leur site, on peut désormais acheter des kits complets, à coudre chez soi, sous la marque « Ray Way ». 35 000 ont été vendus en vingt ans. Ces clients, Ray les appelle ses « meilleurs amis ». « Mais ils ne reviennent pas. « Ils achètent un sac à dos, et l’utilisent pendant vingt ans », explique-t-il. « Mais ils respectent nos créations, sans les copier ni les pirater. »

Une vie frugale et toujours sous le signe de l'aventure

Les Jardines sont, admet Ray, très pauvres aujourd’hui. Ils ont dépensé une grande partie de leurs économies dans une expédition au pôle Sud en 2006, son rêve d’enfance. Ils n’ont plus de brevet pour leurs friends, pas de contrat de licence, pas d’emploi à temps plein. Ce sont des fermiers vivant très frugalement de leur jardin et de leur poulailler. Cela leur fait mal, continue Ray, de voir leurs créations copiées par d’autres entreprises qui ne leur accordent aucun crédit, et encore moins de commission, d’autant plus que l’industrie du plein air a explosé ces dernières années. « Je pourrais fabriquer n’importe quelle marque de sac à dos ultraléger avec le même tissu et la même couleur et retirer le logo de chacun, et il serait difficile de les distinguer », explique-t-il. « Ce sont tous des sacs à dos Ray-Way ». À ce jour, sa philosophie et ses concepts continuent de guider ce que nous voyons dans le commerce.

Mais la réinvention de la randonnée par les Jardine ne se réduit pas à des sacs à dos, de sacs de couchage ou des bâches. Leur approche est globale, et guidée par le souci de se fondre dans la nature. L’idée, explique Ray, est de « se déplacer si lentement et si discrètement dans les bois, que vous ayez l'impression d'être sur la même longueur d’onde que la nature ».

A 79 ans, Ray ne cesse d'être un outsider. Sa dernière invention en date : le Blood Cleaner, un gadget ressemblant à une montre qui utiliserait le courant d’une pile de neuf volts pour "tuer les agents pathogènes transmissibles par le sang". Ce qui suscite pas mal de scepticisme, on s’en doute. Ce à quoi Ray répond qu’en 1975 on le critiquait pour ses friends, en 1989 pour ses chaussures de course et en 1994 pour son tarp. « Le Blood Cleaner a été essentiel pour ma santé, et je ne fais qu’en rendre la technologie disponible, une fois de plus. Les gens sont libres de penser ce qu’ils veulent. Ca n’a aucune influence sur moi » dit-il. « Je pense par moi-même  ! ».

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