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Barrière horaire UTMB 2026
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Rattrapés par les barrières horaires, les larmes et la rage des derniers de l’UTMB

  • 1 septembre 2026
  • 13 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Cinq minutes, trois minutes, voire quelques secondes suffisent pour que la course d’une vie s’arrête net. À Vallorcine puis à La Flégère, Outside a suivi les coureurs qui vont chercher au plus profond d'eux-même pour faire face au chronomètre. Ceux qui accélèrent pour franchir les barrières horaires dans les temps, ceux que les bénévoles pressent gentiment mais avec insistance, leur rappelant que les minutes filent, et ceux à qui l’on finit par annoncer que leur aventure n'ira pas plus loin. Pour certains, un soulagement après quarante heures d’effort. Pour d’autres, une immense frustration. Derrière chaque dossard, une histoire. Un Brésilien qui a vendu sa voiture pour venir jusqu’à Chamonix. Un Uruguayen qui tous les jours qui s’est entraîné à une heure et demie de chez lui pour trouver du dénivelé. Un Français, qui, malgré les hallucinations, aura lutté jusqu’au bout pour être dans les temps, avant d'être vaincu par la fatigue. Tous avaient le même rêve : atteindre la ligne d’arrivée. Certains l’ont éffleuré du bout des doigts, mais, à quelques minutes près, ont échoué.

173,6 kilomètres, 9 700 mètres de dénivelé positif, autant de négatif, le tout à parcourir en 46 heures et 45 minutes. Si les premiers de cette édition 2026 ont bouclé le tour du Mont-Blanc en moins de 20 heures - Ben Dhiman et Blandine L’Hirondel, vainqueurs, ayant tous deux établi un nouveau record du parcours [respectivement 18:16:29 et 21:54:49] -, la réalité est toute autre pour la majorité du peloton. Pour les derniers, il faut près de deux fois plus de temps pour venir à bout des 173 kilomètres. Et vient un moment où avancer à petits pas ne suffit plus. Il faut faire tourner les jambes, garder le rythme, sous peine de voir sa course s’arrêter brutalement face à un adversaire que l’on ne peut ni distancer ni semer. Car l’horloge, elle, ne s’arrête jamais. 

Partis à 19h45 de la place Triangle de l'amitié, avec deux heures de retard par rapport à l'horaire initialement prévu à cause des orages, les coureurs devaient avoir quitté le poste de Saint-Gervais-les-Bains, au kilomètre 22,8, avant minuit dans la nuit de vendredi à samedi. La première des quatorze barrières horaires qui jalonnent le parcours, et, selon Baptiste Lassension, directeur de course en charge des volets techniques, opérationnel et administratif de l’épreuve, la plus exigeante de l’UTMB. Car pour la franchir, les coureurs devaient avoir maintenu depuis le départ une allure moyenne de 5,4 km/h. Un paradoxe qui pouvait piéger les plus prudents : partir trop doucement pour préserver ses forces pouvait suffire à accumuler un retard qu’il serait ensuite difficile, voire impossible, de rattraper.

Comment sont choisis les barrières horaires ?

« On met une barrière horaire dans un poste où on est capable de les rapatrier », explique Baptiste Lassension. Pas question, par exemple, d’arrêter un coureur au sommet d’un col isolé sans pouvoir assurer son évacuation. Les principaux points de contrôle sont donc situés dans des villages, des points bas ou des endroits accessibles par la route. Après Saint-Gervais, les coureurs devaient ainsi avoir quitté les Contamines-Montjoie avant 2 heures du matin. Puis La Balme, les Chapieux, le Lac Combal, Courmayeur, Arnouvaz, La Fouly, Champex-Lac, Trient, Vallorcine et enfin La Flégère, avant la dernière échéance à Chamonix, fixée cette année à 17 h 30. Et rien n'est laissé au hasard. L’organisation travaille notamment avec LiveTrail, entité du groupe UTMB spécialisée dans la gestion informatique des courses, qui assure également leur chronométrage et leur suivi en temps réel. Des algorithmes permettent d’estimer la progression des coureurs en fonction de plusieurs paramètres : la distance, le dénivelé positif et négatif, mais aussi le niveau de performance des participants, notamment évalué grâce à l’UTMB Index, une note comprise entre 0 et 1 000. Pour établir les barrières de l’UTMB, l’organisation s’était basée, cette année, sur un UTMB Index entre 360 à 370 points.

« Les barrières horaires sont faites pour assurer la sécurité des coureurs, et pour leurs permettre de progresser suffisamment vite pour que l’organisation puisse maintenir son dispositif de sécurité jusqu’au bout. », rappelle Baptiste Lassension. Mais aussi pour canaliser la course dans le temps, et progressivement, de faire rentrer les équipes et les moyens mobilisés. Car pendant près de deux jours, l’UTMB met en jeu 2500 bénévoles, dont font partie l'équipe médicale, dedes ravitaillements et des moyens de transport sur l’ensemble du parcours. « Il faut bien qu’il y ait une fin à un moment donné », résume le directeur de course.

L’an dernier, sur 2492 partants, ils étaient 827 à ne pas aller au bout de l’UTMB. Parmi eux, 82 avaient été arrêtés pour avoir dépassé une barrière horaire, soit près d’un abandon sur dix. Une proportion qui ne représentait alors que 3,3 % de l’ensemble des partants. Cette année, 726 coureurs ont abandonné, dont 164 pour dépassement d’une barrière horaire, soit près de 23 % des abandons. Une proportion nettement plus élevée, dont les raisons restent à éclaircir. Saint-Gervais a enregistré 15 abandons pour barrière horaire, les Contamines 8, le Lac Combal 23, Courmayeur 29 et Arnouvaz 44. La Fouly en compte 9, Champex-Lac 11, Vallorcine 4 et La Flégère 8.

12:00, Vallorcine. Avant-dernier poste de ravitaillement.

À l’avant-dernier ravitaillement, à Vallorcine, le chronomètre est devenu le centre de toutes les attentions. 12 h15, c’est l’heure à laquelle la barrière horaire tombe. À Trient, personne n’a été recalé par la barrière, nous indique la directrice de course. Les bénévoles espèrent que ce sera pareil ici. Dans la tente, les encouragements se mêlent au brouhaha des conversations, au bruit des gobelets et des couverts. Les coureurs, pour la plupart épuisés, tentent d’avaler quelque chose, de boire, de dormir quelques minutes, après avoir passé deux nuits sur les sentiers. « Il vous reste quinze minutes ! », annonce la directrice de course. Assis à une table, Sébastien, un jeune Français avale son riz au lait, entouré de ses parents, qui le regardent d’un air inquiet. « Il y a des hauts et des bas. Il y a le corps et le mental. Physiquement, ce n’était pas un bon jour », nous dit-il, conscient qu'il ne signe pas aujourd'hui sa meilleure performance. Pourtant, il est certain d’arriver jusqu’à La Flégère dans les temps, et ne remet pas en cause le principe des barrières. « Je trouve ça bien, oui. À un moment, il faut que ça reste compétitif, qu’il y ait moins de gens sur les sentiers. », nous-dit-il entre deux cuillerées de riz.

« Plus que dix minutes ! » Dehors, Magalie attend, elle, son mari, Pierrick Pensibis, dont l’arrivée à Vallorcine est estimée autour de 12 h 30 par LiveTrail. Trop tard pour la barrière. Avec ses fils et son gendre, elle scrute le chemin par lequel il doit arriver. « Il est passé à temps à Courmayeur, mais là, il est short…Il n’a pas dormi, et cette nuit il ne savait plus très bien où il se trouvait, raconte Magalie. « Il me disait : “La voiture va s’occuper des pneus.” Il a fait un grand tour dans les bois… Il divaguait complètement. » Pierrick connaît pourtant le trail : il avait couru la TDS l’année précédente et l’avait bien terminée. Mais cette fois , la fatigue a fait son œuvre. « Je vais l’appeler, je vais essayer de le booster un peu. » réfléchit Magalie à voix-haute. À 12h11, Patrick déballe enfin dans la tente, et repart aussitôt. Cette fois, c’est passé ! La famille peut enfin souffler. Pourtant, le soulagement sera de courte durée : quelques kilomètres plus loin, Pierrick s’arrêtera, rattrapé par la fatigue.

Barrière horaire UTMB 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

Tic Tac. Plus que cinq minutes. Dans la tente, la tension est visiblement montée d’un cran. Les bénévoles passent entre les tables, indiquent le temps restant à ceux qui viennent d’arriver et rappellent aux coureurs qu’ils devront avoir quitté le ravitaillement avant la limite. « Pour être autorisés à poursuivre l'épreuve, les concurrents doivent repartir du poste de contrôle avant l'heure limite fixée », formule clairement le règlement. « Allez, allez, allez ! Vous êtes encore dans les temps ! » encouragent les familles, qui ne savent plus trop quoi faire pour soutenir leurs proches. Réticents, les derniers se lèvent, repartent en trottinant. « Beaucoup de coureurs sont épuisés, un peu perdus, ils ne savent pas qu’ici, ce qui compte pour la barrière horaire, c’est le check de sortie. On doit les diriger pour qu’à quelques secondes près, ils ne se retrouvent pas hors barrière », nous indique une bénévole chargée d'orienter les coureurs vers la sortie. Petit à petit, la tente se vide. Le silence retombe là où à peine quelques instants auparavant, un brouhaha s'y élévait.

12h14. Les bénévoles scrutent leurs montrent. On entend des cris dehors, et voit un coureur américain, Shaun Coe, déballait à toute allure. Dans une confusion totale, il rentre dans la tente, fait un tour sur lui-même, tout le monde lui parle, le bouscule pour l’orienter vers la sortie, il n’a pas le temps de s’arrêter. Ne sachant plus quoi faire, il repart aussitôt. La scène ne dure qu'une dizaine de secondes. Son oncle, qui l’accompagne depuis le début de la course pour assurer son assistance, éclate de rire lorsqu’on lui demande s’il était stressé : « Vous plaisantez ? Bien sûr que je l’étais ! » À Champex-Lac déjà, l’entourage avait suivi le compte à rebours avec Shaun. « Il faut que tu franchisses cette porte ! » ne cessaient-ils de lui répéter. « Je n’arrive pas à croire qu’il soit arrivé jusque-là ! Je ne parierais pas contre lui, mais il va devoir aller chercher très loin dans ses réserves pour continuer », souffle-t-il.

Si Sébastien, Pierrick, et Shaun sont toujours en course, tous n’ont pas cette chance. À 12h17, Maher Faden, coureur saoudien, franchit à son tour le poste. Il compte déjà 40 h 27 de course et environ 155 kilomètres dans les jambes. C’est, raconte sa sœur, la plus longue distance qu’il ait jamais parcourue. Mais il n’ira pas plus loin. À peine arrivé, Maher comprend qu'il est trop tard. Sa tête appuyée contre une barrière, les yeux à demi clos, il ne semble plus avoir de force pour faire les quelques pas qu’il lui reste pour rentrer dans la tente. Les larmes commencent à couleur. Tant bien que mal, on arrive à le diriger vers un banc. Alors qu’autour de lui, les bénévoles commencent déjà à démonter la tente, plier les bancs dans un vacarme absolu, Maher, lui, reste assis, silencieux, les yeux toujours dans le vide. Sa sœur tente de le réconforter, tout en lui versant de l’eau sur la tête : « Nous sommes fiers qu’il soit arrivé jusque-là ! » nous dit-elle. « Dans la descente, je me suis dit que j’allais y arriver. C’était mon rêve, vous savez. » réussit à nous glisser Maher, avant que, quelques minutes plus tard, son corps ne lâche et qu’il soit pris en charge par l’équipe médicale.

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Dix minutes trop tard, Adrian Klemenco arrive à son tour. Il est épuisé mais tient le choc, rien à voir avec Maher, avec qui il a fait un bout de chemin : « Il y a encore quelques minutes, il s’inquiétait de la barrière horaire. Il croyait que c’était plus tard. Mais il allait bien, et c’est un jeune gars. Mais là, il a l’air si mal, le pauvre, je ne sais pas si c’est moralement ou physiquement ». Adrian, lui, tient encore sur ses deux jambes à l’issue de 40:34:01 de course. On doit l’encourager à s’assoir. « Comment je vais, là ? Mal. Je ne comprends pas trop. J’ai déjà fait la TDS en 2025 [1 038e] et la CCC en 2024 [1 179e] et j’ai bien géré les barrières. Mais là, c’était dur, c’est trop serré. Je ne m’attendais pas à ça. » À58 ans, l’ingénieur est un passionné de course à pied. Son emploi du temps est surchargé, et il doit se lever à 5 heures du matin pour s’entraîner dans sa ville, Montevideo. Pour du vrai déniv, il doit chercher plus loin, à 1 h 30 de voiture. « Je ne me cherche pas d'excuses, mais les élites, eux, ils ont le terrain pour. Et puis, ceux qui viennent de loin, comme moi, arrivent bien avant la course pour s’acclimater et encaisser le décalage horaire. Moi, je suis arrivé mercredi. Deux jours plus tard, à 19 h 45, la course commençait. Je n’ai pratiquement pas dormi depuis. C’est ça le plus dur, le manque de sommeil. Il paraît que ça peut se travailler…» "Adrian est ‘DNF’ il aura couru 155,3 km et 8 734 m de D+. « DNF à cause de la barrière horaire, je comprends. Mais l’abandon, ça, je ne comprends pas. Sur l’UTMB, c’est 35 % d'abandons, il paraît. Ce n’est pas normal. Comment peut-on abandonner quand on prépare une course pareille et que tant de gens attendent de décrocher un dossard ? Peut-être qu’il faudrait que l’organisation soit plus exigeante encore. Car courir un 100 miles, ça n’a rien à voir avec un 80 km. » Pour décrocher ses Running Stones, lui aura couru la Valhöll Fin Del Mundo, un 130 Km organisé chez lui, en Uruguay ( 101e, 27 :51 :48).  Aujourd’hui, il est déçu, forcément, mais « gardera un bon souvenir de l’UTMB », nous confie-t-il.

Finalement, à Vallorcine, quatre coureurs ont été piégés par la barrière horaire : Maher Faden, Adrian Klamenco, Yoshifumi Sato, Japonais de plus de 70 ans, Amy Winters, une américaine de plus de 50 ans. À notre départ de Vallorcine, ces deux derniers n’étaient toujours pas arrivés. Un cinquième, Jiri Kobelka, qui était pourtant arrivé dans les temps, à 12h13, est rattrapé par les bénévoles, alors qu’il s’était déjà engagé sur le sentier. « Il lui manque le matériel obligatoire pour poursuivre, il a oublié ses flasques au précédent ravitaillement, nous explique l’une des fermeuses. Il est complètement déshydraté, on ne peut pas le laisser repartir sans flasques, c’est trop dangereux. » Mais Jiri semble avoir du mal à comprendre pourquoi, alors qu’il est arrivé avant la barrière, on lui demande finalement de s’arrêter. À plusieurs reprises, il essaie de repartir, clairement désorienté. Finalement, il sera rapatrié à Chamonix par la navette de l'organisation.

Barrière horaire UTMB 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

« Il n’y a pas de ballon d’allure », explique Thierry Prieur, l’un des fermeurs. Aucun coureur ne peut donc se dire qu’en restant dans les pas d’un bénévole, il passera automatiquement la prochaine barrière. À chacun de gérer sa course. Nous, notre rôle, c’est de les encourager et de les ramener en sécurité. À la base, ils n’avaient pas prévu de s’arrêter là, et on ne peut pas les laisser en pleine nature. » « On essaie de les motiver pour qu’ils n’abandonnent pas, raconte à son tour Marie Desbordes, qui a été fermeuse entre Vallorcine et Chamonix. On n’est pas là pour leur couper le dossard et les faire arrêter. Mais, de temps en temps, on est obligés de leur dire que peut-être, ils feraient mieux de rebrousser chemin. »

« Il y a vraiment de tout », raconte Baptiste Lassension. « Il y a des coureurs qui vont nous dire : “J’étais hors barrière, je le savais, pas de problème. C’est la règle.” Et puis, pour d’autres, c’est un vrai crève-cœur. Ils ne comprennent pas. Là, c’est difficile pour nous. Des fois, il faut discuter pendant quinze minutes, leur expliquer que ce n’est pas pour les punir, mais pour les assister. Ça peut se jouer à 30 secondes. Pour le bénévole, c’est parfois très difficile. ils ont envie de se sentir utiles, de se dire qu’ils ont peut-être aidé dix personnes à aller au bout. Derrière le coureur qu’il doit arrêter, il y a quelqu’un qui s’entraîne depuis un an ou plus, pour qui cette course est un rêve. Il faut alors un peu de pédagogie, un peu d’humain, pour faire passer une décision qui n’est jamais facile. »

Barrière horaire UTMB 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

15h30, La Flégère. Dernier poste de ravitaillement.

Entre Vallorcine et Chamonix, il reste encore 18,3 kilomètres et 966 mètres de dénivelé positif à parcourir. Sur cette dernière portion se trouve un ultime ravitaillement avant l’arrivée, au kilomètre 168, à la Flégère, où la barrière était fixée à 15 h 45. Une fois franchie, il ne reste plus que sept kilomètres pour rejoindre Chamonix, où 17 h 30 sonne la fin de la course. Au loin, les derniers coureurs apparaissent un à un dans les derniers lacets. Beaucoup marchent, s’appuient lourdement sur leurs bâtons, avancent tant bien que mal dans cette ultime montée avant de rebasculer dans la descente vers Chamonix. Quelques spectateurs sont encore là pour les encourager. « Allez, come on ! » crient-ils, en lisant les prénoms visibles sur les dossards. 

Une silhouette, le dos complètement courbé par la douleur, attire alors l’attention. C'est Romain Bruyère qui avance aussi rapidement qu'il le peut vers le ravitaillement. Il y passe à peine quelques minutes avant de repartir. À 17h30:03, on le verra franchir la ligne d’arrivée à Chamonix. Il sera le dernier Français à terminer l’épreuve et, à cet instant, le dernier coureur à passer la ligne, avant que deux concurrents japonais ne le suivent officiellement.

Barrière horaire UTMB 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

Si la tension ressentie sur les derniers mètres est bel et bien présente, c’est au poste de ravitaillement que la situation fait le plus mal au cœur. Huit coureurs seront arrêtés pour dépassement de la barrière. Parmi eux, Ivan Almeida, Brésilien portant le dossard 2435, qui arrive trois minutes après la limite, dit-il [quatre selon le temps enregistré par sa puce]. « Juste pour trois minutes… » Il cherche ses mots, visiblement dépassé par la déception. « Je suis tellement frustré, juste pour trois minutes… trois minutes ! » répète-t-il aux bénévoles, avec qui il tente de négocier un passage. « C’était mon rêve. J’ai vendu ma voiture pour venir. Le voyage en avion m’a coûté 5 000 euros. S’il vous plait ! »  Ivan était pourtant arrivé à Vallorcine suffisamment tôt pour passer la barrière, avec quinze minutes de marge. Mais entre les deux postes, son genou l’a contraint à ralentir, nous explique-t-il. « Beaucoup de gens ne viennent pas ici pour faire de la compétition ou pour abandonner. Nous courons pendant deux jours, vendredi, samedi, dimanche… et pour trois minutes, ils m’arrêtent… Ils sont trop rigoureux. » se lamente-t-il.

Barrière horaire UTMB 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

Impossible d'être indulgent ? « On évite au maximum, parce qu’à un moment, il faut poser la limite. Plus on est strict, plus c’est facile derrière de le faire accepter au coureur qui arrive », explique le directeur de course. Si la limite est fixée à 15h45 et qu’un coureur arrivé à 15h46 est autorisé à repartir, que faire de celui qui arrive à 15 h47 ? Et de celui qui suit à 15h48 ? La règle doit rester la même pour tous. »

Si ce sont trois minutes de trop pour le Brésilien, ce sont cinq pour le Français Michel. « Je n’ai plus d'eau depuis la moitié de la journée. Je suis épuisé. J’ai perdu clairement cinq minutes à cause du balisage sur la fin, et puis aussi à cause du passage un peu compliqué où il y a des rochers… Sans ça, j’étais bon, car avant j’avais une heure et quart d'avance sur les barrières. Je n’avais pas d'assistance, j’ai dû me débrouiller tout seul, du coup, ça joue un peu aussi… J’avais déjà fait l’OCC et la CCC, et j’avais bien géré les barrières, d'au moins une heure, voire deux. Et là, ne pas passer pour cinq minutes … Je pense que c’est compliqué de faire partir les gens de 12h15 de Vallorcine pour arriver avant 15h45 à La Flégère. C’est un peu short, parce que c’est la dernière partie, et on est explosé. C’est là qu’il devrait y avoir la barrière la plus large. C’est la grosse déception… pour cinq minutes… » Abbatu sur une chaise, lui n’a plus l’énergie de négocier avec les bénévoles.

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« Ça ne fait jamais plaisir. S’il n’y avait personne à arrêter, on le vivrait tous mieux, assure Samson Deshayes, avec qui Ivan a tenté, pendant près de dix minutes de le laisser passer. Le problème, c’est qu’il faut rester ferme sur sa décision. Je suis d’accord que trois minutes, ce n’est pas grand-chose. Mais c’est une question de règlement et de sécurité. Là, on enverrait un mec seul dans la montagne sans personne derrière pour le récupérer s’il y a un problème. On ne sait pas s’il est joignable. Ils manquent parfois un peu de lucidité et de compréhension de la situation, mais quand ils s’inscrivent, les coureurs savent qu’à 15 h 45, s’ils ne sont pas là, ils seront arrêté. Je ne prends aucun plaisir à faire ça, répète-t-il, visiblement désolé. Mais ça fait partie du jeu. » Les derniers finissent par arriver. Une coureuse chinoise s’effondre sur les derniers mètres quand elle comprend qu’elle est arrivée trop tard. Elle pleure encore lorsque nous quittons le poste. Une américaine, elle aussi dépassée par la situation. Si prêts du but, ils sont contraints à abandonner, après 168km. Les sept derniers kilomètres vers Chamonix resteront les kilomètres qu’ils n’auront jamais pu parcourir.

Les barrières horaires 2026 :

  • Saint-Gervais : samedi, 0 h
  • Les Contamines : samedi, 2 h
  • La Balme : samedi, 4 h
  • Les Chapieux : samedi, 7 h 15
  • Lac Combal : samedi, 11 h
  • Checrouit – Maison Vieille : pas de barrière
  • Courmayeur : samedi, 14 h 15
  • Refuge Bertone : pas de barrière
  • Arnouvaz : samedi, 19 h 15
  • La Fouly : dimanche, 23h45
  • Champex-Lac : dimanche, 3 h 30
  • Plan de l’Alu : dimanche, 4 h 45
  • Trient : dimanche, 9 h
  • Vallorcine : dimanche, 12 h 15
  • La Flégère : dimanche, 15 h 45
  • Chamonix : dimanche, 17 h 30

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