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Radu Estivan dernier de la TDS 2026
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Radu Restivan, dernier des Templiers… et dernier de la TDS dix ans après

  • 27 août 2026
  • 8 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

À 41 secondes de la barrière horaire, Radu Restivan a franchi la ligne d’arrivée de la TDS à Chamonix sous les acclamations de la foule, son fils de cinq ans atteint d’autisme dans les bras. Vaincu par les quatre heures de tempête qu’ont affrontées les 1 290 coureurs - qui ont certainement contraint plus d’un des 575 abandons - le Roumain de 39 ans a pourtant tenu bon. Les pieds en compote, fiévreux, au bord de l’épuisement, il a même trouvé l’énergie de faire demi-tour pour aller taper dans les mains des supporters. Hier mercredi 26 août, en claquant des dents et en nous répétant qu’il devait absolument voir un médecin, il a pourtant encore trouvé la force de nous accorder une interview au terme de 145 km et 44 h 54 min 19 s de course. Et ce, avec une étonnante lucidité.

« Vous voulez quelque chose à boire ? » demandons-nous à Radu Restivan, attrapé au vol juste après son passage sous l’arche, place du Triangle de l’Amitié, hier soir vers 20h45. Le roumain, qui, à seulement 41 secondes de la barrière horaire, vient de franchir la ligne d’arrivée de la TDS, après 44 h 54 min 19 s de course, n’a, visiblement, pas vraiment besoin d’eau.  « Un paracétamol ou un ibuprofène. J’ai de la fièvre, j’ai un virus, je me sens extrêmement mal. Je n’ai pas pu marcher les cinq dernières heures de course… Si j’enlève mes chaussettes, vous vomirez en voyant l’état de mes pieds. C’est atroce. » répond-il.

À 20 heures, ils n’étaient plus qu’une poignée à franchir la ligne d’arrivée. Partis lundi soir à 23h50 de Courmayeur, les 1 290 participants avaient 44 h 55 pour relier la ville italienne à Chamonix. 575 coureurs auront finalement abandonné, soit 44,6 % des partants. Ils ne sont donc que 715 à être allés au bout de ces 145 kilomètres et 9500 mètres de dénivelé positif. Après près de 45 heures de course, il ne reste plus qu’un dernier coureur à attendre. À quelques secondes seulement de la fermeture de la course, les applaudissement redoublent, signe que Radu est enfin là. Il apparaît dans le dernier virage et son fils, Elias, cinq ans, court vers lui, les jambes évidemment bien plus fraîches que celles de son père, qui le prend dans ses bras, les larmes aux yeux.  

Radu Estivan dernier de la TDS 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

Cette arrivée, Radu la connaît déjà, bien qu'il ne soit jamais arrivé dans un tel état. Le Roumain avait découvert l’événement en 2017 avec l’OCC, avant de prendre le départ de la CCC en 2019, où il avait alors terminé 300e sur 2000 coureurs, son meilleur résultat, nous dit-il, avant de s’attaquer, en 2024, à l’UTMB. Il était là encore allé au bout, en 46 h 12 min 16 s, à 18 minutes de la barrière horaire, terminant 1733e. De cette expérience, il a même tiré un film, Radu, are you okay? [prix du meilleur film roumain à l’Alpin Film Festival 2025], diffusé dans des cinémas en Roumanie pour faire découvrir et promouvoir le trail dans son pays. Il ne lui manquait plus qu’une course pour compléter son tour de la semaine UTMB : la TDS. C’est désormais chose faite. Et ce n’est pas non plus la première fois que Radu ferme la marche. En 2016, pour sa première grande course en France, il avait terminé dernier du Grand Trail des Templiers, 1929e sur 1929 finishers, après 16 h 40 min de course. Dix ans plus tard, l’histoire se répète donc sur la TDS.

Mais Radu ne le vit en rien comme un échec. Car derrière le dossard 10058 se cache surtout un vrai passionné de course à pied. Radu gère une entreprise de marketing sportif, a cofondé une application de course à pied, Alergado, dont le nom vient de alergare, courir, et donare, donner en roumain, et a également créé une communauté de coureurs en Roumanie, 3-2-1 Sport, qui rassemble environ 15 000 personnes chaque année à travers plus de 103 événements. Une communauté pensée notamment pour les débutants, avec une philosophie qui lui ressemble : « Je veux simplement permettre aux gens d’avoir un endroit où ils peuvent commencer à courir sans être jugés. Si on était bons en tout, on serait aux Jeux olympiques. Alors, il ne faut pas se prendre trop au sérieux. » Un vrai passionné, donc. Et c’est cette passion, justement, qui lui aura permis de tenir.

Radu Estivan dernier de la TDS 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

Comment vous sentez-vous ?

La première nuit avant la course, j’ai attrapé un virus de mon fils. J’avais de la fièvre, je n’ai pas du tout dormi dimanche, avant le départ. Je me sentais comme si j’allais mourir. Mais je me suis dit : « OK, je vais quand même essayer. » Et ça a été un bel essai. Mais tout ce qui pouvait mal tourner a mal tourné. J’ai eu des problèmes aux pieds, surtout à cause de la pluie. Les conditions étaient terribles dès le départ en Italie. J’ai eu près de quatre heures de pluie battante, avec beaucoup de vent, des gens qui tombaient … Beaucoup de coureurs ont été blessés. Et il y a eu énormément de DNF, plus de 500 je crois [575 abandons, ndlr]. Ça dit quand même beaucoup de choses sur la course.

Vous avez justement eu de gros problèmes aux pieds. Que s’est-il passé ?

Oui, j’avais des ampoules sous les pieds, et elles étaient vraiment énormes. Je ne sais plus exactement où, mais j’ai dû subir une première intervention, les infirmiers m’ont planté une seringue dans le pied pour retirer le liquide. Et puis j’en ai eu une deuxième, le lendemain, aux Contamines-Montjoie. À ce moment-là, j’avais vraiment besoin de voir un médecin tellement j’avais mal.

Qu’est-ce qui vous a fait tenir malgré la souffrance ?

À cause de ce que vous voyez ici. (Il désigne la foule derrière lui, qui commence doucement à se disperser.) J’ai fait la CCC, l’UTMB, l’OCC et maintenant la TDS. Il y a les caméras, les personnes qui vous encouragent, qui vous parlent gentiment. Que ce soit à Chamonix, aux Houches, ou à Courmayeur, il y a tellement de personnes qui sont là pour vous soutenir. C’est vraiment très beau.  Sur chaque course où je vais, si je vois quelqu’un en difficulté, je lui demande : « Ça va ? » Même si vous ne pouvez pas vraiment faire quelque chose pour cette personne, le simple fait de lui demander, c’est déjà la moitié du travail fait. Ce genre de soutien, ça compte énormément.

Radu Estivan dernier de la TDS 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

Comment vous êtes-vous entraîné pour cette course ?

C’est assez drôle, parce que mon entraînement pour cette course, c’était une colline dans un parc à Bucarest, où je vis. Elle fait seulement 15 mètres de haut. C’est la colline la plus haute de Bucarest. Et j’y ai fait environ 50 000 mètres de dénivelé positif.

50 000 mètres sur une colline de 15 mètres ?

Oui, j’ai dû la monter plus de 3 000 fois ! Tout le monde la connaît maintenant, cette colline. Elle est devenue célèbre. Je vais finir par lui donner mon nom ! En roumain, on a une expression : « Fais du ciel avec ce que tu as. »  Je ne pouvais pas aller régulièrement en montagne parce que j’ai un travail à temps plein. Alors j’ai dû trouver une autre solution.

La Roumanie est un pays où il y a beaucoup d’ours, avec un population recensé de plus de 15 000. Quand vous partez en montagne, vous en croisez souvent ?

On n’en voit pas forcément toutes les semaines, mais ça arrive de temps en temps. Je suis déjà tombé nez à nez avec des ours, mais je n’ai jamais été attaqué. Pour moi, c’est un peu comme traverser un passage piéton quand une voiture ne s’arrête pas. Vous pouvez faire attention, mais vous ne pouvez pas contrôler ce que va faire le conducteur. En une seconde, ça peut devenir une question de vie ou de mort. Avec un ours, c’est pareil. On peut prendre des précautions, mais on ne maîtrise jamais complètement ce qui peut arriver. Alors pourquoi se rendre malade pour des choses qu’on ne peut pas contrôler ? 

Quels ont été les meilleurs et les pires moments de cette course ?

J’ai beaucoup pleuré. Je suis quelqu’un de très émotif. Surtout à l’arrivée… C’était quelque chose d’un autre monde. Je n’ai jamais vécu ça.

Vous aviez même encore assez d’énergie pour repartir en courant vers la foule avant de revenir ! 

Quand vous voyez toute cette énergie autour de vous, vous ne pouvez pas l’ignorer. On a besoin de plus choses comme ça dans le monde.

Radu Estivan dernier de la TDS 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

Et votre pire moment ?

En Italie, au col de Chavanne. C’était brutal. J’ai déjà connu des conditions difficiles, mais là, c’était complètement fou. Nous étions sous la tente du ravitaillement de La Comballe, au dixième kilomètre et la pluie était tellement forte que j’ai pensé qu’elle allait emporter la tente. Pourtant, elle est solide, cette tente ! Mais à ce moment-là, je me suis vraiment dit : « C’est fini, la tente va partir. » Je n’avais jamais utilisé tout mon matériel pendant une course, mais là, j’ai utilisé mes deux paires de gants, et mes deux vestes… Tout ce que j’avais avec moi, je l’ai utilisé. Absolument tout. J’avais peur d’attraper une hypothermie.

Radu Estivan dernier de la TDS 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

Avant la course, vous aviez un objectif de classement ou de temps ?

Pour moi, l’important, c’est de faire du mieux que vous pouvez avec les conditions que vous avez. Ça ne sert à rien de dire : « Je veux terminer en tant d’heures », parce qu’il y a tellement de paramètres qu’on ne contrôle pas. C’est aussi ça qui fait la beauté de la course. Vous pouvez avoir des orages en Italie et, d’un coup, tout votre plan d’entraînement ne sert plus à rien. Quand vous avez froid, vous ne pensez plus à battre votre record personnel. Vous ne pensez qu’à survivre.

C’est aussi ce que vous aimez dans ces courses ?

Oui, bien sûr. On cherche constamment les résultats. La société nous apprend à penser comme ça. Mais on oublie de profiter du chemin. J’ai d’ailleurs une vidéo de moi en train d’abandonner la course, à Bourg-Saint-Maurice. Je vomissais, j’ai appelé ma femme, je pleurais et je lui disais que je ne pouvais plus continuer. J’ai dû m’asseoir quelque part. Et là, un homme que je ne connaissais pas, un Argentin, m’a donné un médicament contre les vomissements. On est ensuite restés ensemble pendant plus de 15 heures. Ce sont ces moments-là qui comptent vraiment.

Est-ce la course la plus difficile que vous ayez jamais faite ?

Oh oui. Pour moi, la TDS est beaucoup plus difficile que l’UTMB. C’est plus dur et surtout beaucoup plus technique et plus dangereux.

Est-ce que vous reviendrez faire la TDS l’année prochaine ?

Je ne sais pas... Je n'en suis pas sûr.  En tout cas, je ne ferai plus jamais une course sur deux nuits. Une nuit sans dormir, c’est une chose. Mais deux nuits consécutives sans dormir, c’est quelque chose que vous pouvez tenter une fois dans votre vie. Mais pas plus. Ça vous pousse à questionner vos choix, votre vie. En bien comme en mal. C’est là que vous découvrez une partie de vous-même que vous ne connaissiez pas. C’est comme un dragon à plusieurs têtes. Vous pouvez le rencontrer une fois dans votre vie, mais je vous conseille de ne pas aller le chercher ! Vous vous retrouvez dans un état dans lequel vous ne devriez normalement jamais être. On aime penser qu’on maîtrise les choses, qu’on est en contrôle. Mais il est très facile de perdre cette maîtrise et de laisser les choses nous échapper.

Le manque de sommeil, c’est finalement ce qui a été le plus difficile à gérer ?

 De loin ! J’ai fait des micro siestes de dix ou quinze minutes par-ci par-là, mais le manque de sommeil finit par agir sur votre esprit. Votre cerveau commence à vous jouer des tours et vous commencez à imaginer des choses qui n’existent pas. Je voyais des personnages de dessins animés, de Pat’ Patrouille, par exemple. Ou Michael Jackson…C’est intéressant de voir jusqu’où votre esprit peut aller dans ces conditions. Mais je ne le recommande vraiment pas. Vous brûlez quelques neurones au passage !

Radu Estivan dernier de la TDS 2026
(Marina Abello Buyle / Outside)

Vous avez créé une communauté de course à pied pour permettre à chacun de courir sans se sentir jugé. Est-ce que vous avez ressenti ce jugement, vous, en terminant dernier de la TDS ?

C’est sûr qu’on me juge. Je cours depuis douze ou treize ans, mais avant de commencer, je pesais environ 110 kilos. Aujourd’hui, j’en fais 85. Je sais ce que c’est de commencer à courir avec quelques kilos en trop et de sentir que les gens se moquent de vous. Mais il y aura toujours des gens qui se moqueront de vous. Aujourd’hui encore, certaines personnes vont peut-être rire en voyant un homme de 39 ans terminer dernier. Mais elles ne connaissent pas l’histoire de cette personne, elles ne savent pas ce qu’il a vécu, pourquoi il est là, ni ce qu’il a fallu pour arriver jusqu’à cette ligne.

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(Marina Abello Buyle / Outside)

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