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Rafi Vargas
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Rafi Vargas, le grimpeur de la forêt de nuages

  • 16 juin 2026
  • 3 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

À Monteverde, au Costa Rica, une poignée de grimpeurs ont transformé la jungle en site d’escalade. On grimpe pieds nus sur des figuiers étrangleurs en coinçant des nœuds de corde dans les fissures du tronc pour se protéger sans blesser l’arbre. Rafi Vargas travaille aujourd’hui l’une des lignes les plus dures de cette pratique encore confidentielle, El Duro Duro, clin d’œil à La Dura Dura, la voie rendue célèbre par Chris Sharma et Adam Ondra, une ligne vivante et mouvante estimée autour du 8a.

Dans le crux d’El Duro Duro, Rafi Vargas doit s’engouffrer presque tout entier dans une énorme fissure, verrouiller les bras, chercher un appui pieds nus sur l’écorce humide, puis gagner quelques centimètres avant que les avant-bras ne saturent. La ligne déverse à 45 degrés, dans un toit où les mouvements tiennent moins des crochets de talon, des lolottes ou des relances sur réglettes que d’une série de coincements.

Dans la forêt de nuages de Monteverde, l’humidité remonte les pentes, s’accroche aux branches, pénètre l’écorce et modifie l’adhérence des prises d’un jour à l’autre. Après une averse, un appui qui semblait fiable devient fuyant, les pieds zippent, et on doit compenser en verrouillant tout le corps. Même les chutes sont différentes. Il faut éviter de tomber sur une branche ou le relief, parfois agressif, du tronc.

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Des voies qui poussent

Le figuier étrangleur germe en hauteur, dans la fourche d’un autre arbre, là où une graine déposée par un oiseau ou un animal trouve assez de matière pour se développer. Ses racines descendent ensuite vers le sol, enveloppent peu à peu l’arbre hôte, puis s’épaississent jusqu’à former, avec les années, une structure autonome. Privé de lumière et de nutriments, l’arbre intérieur finit par mourir avant de se décomposer lentement. Il reste alors un tronc creux, ajouré, fait de colonnes végétales, de nervures, de trous et de fissures.

Une structure qui se grimpe comme une fissure. Les mains se verrouillent dans les fentes, pincent les nervures ou travaillent en opposition entre deux colonnes. Les pieds cherchent surtout le coincement et la friction, loin de la précision d’un gratton. Quand les volumes s’élargissent, on se rapproche de l’offwidth, cette fissure trop large pour un vrai coincement de main, trop étroite pour y grimper en cheminée. Il faut alors engager l’épaule, le genou, parfois la poitrine, pour rester dans la ligne et avancer centimètre par centimètre. Les colonnes rappellent parfois les tufas, ces colonnettes calcaires que l’on pince ou que l’on serre en compression dans les dévers.

Rafi Vargas grimpe dans les figuiers depuis l’enfance. À Monteverde, où il a grandi, la jungle servait de terrain de jeu. On montait dans ces arbres parce que leurs troncs creux, leurs colonnes et leurs fissures semblaient faits pour ça, sans parler encore de cotation ni de protections. En 2016, Matthew “Mash” Alexander, grimpeur et professeur de mathématiques, arrive dans son lycée avec des cordes, des baudriers et une culture du trad.

https://youtu.be/EJc3dnrClaA?si=29jp93H8Ivz_v9Xw

De la jungle aux grandes voies

Avec quelques amis, Vargas commence alors à bricoler des systèmes de protection. Les sangles passées autour des branches, les nœuds coincés dans les fissures, les essais pour comprendre ce qui tient et ce qui abîme le moins l’arbre. L’escalade devient plus sérieuse. Vargas part ensuite à Squamish et dans les Bugaboos, au Canada, parcourt de grandes voies au Mexique, enchaîne du 8a sur rocher et participe au développement de voies au Costa Rica

Avec Grace Kennedy, Izzy Moore et quelques autres, Vargas fonde ensuite Palo Vivo, née après un premier cours d’escalade dans les arbres organisé en 2019. L’association donne un cadre à la pratique pour la transmettre aux jeunes de Monteverde. Palo Vivo intervient dans les écoles, encadre des groupes, construit un mur d’escalade au centre culturel Rio Chante et travaille aussi sur des parcelles de reforestation. L’association accompagne des projets de recherche en canopée, dont certains portent directement sur l’impact des grimpeurs sur les figuiers. La règle reste la même, ne pas percer, ne rien laisser sur place, choisir les arbres avec prudence, et accepter que certaines lignes, même parfaites, ne doivent pas être grimpées.

https://youtu.be/Mgs143TXCqE?si=Omfc81tcONj_7yP4

El Duro Duro, le 8a vivant

El Duro Duro devient la voie extrême de référence pour cette pratique encore naissante. Vargas a déjà gravi la ligne avec les protections en place, en pinkpoint. Il vise désormais le redpoint, en posant lui-même sangles et nœuds de corde pendant l’ascension. Il s’y est essayé trois fois depuis, sans réussir à enchaîner.

Sur une ligne aussi physique, la pose des protections use presque autant que l’escalade elle-même. Il faut trouver la bonne cavité, installer le nœud ou la sangle, vérifier que l’ensemble tiendra, puis repartir avant que les avant-bras ne tétanisent. Vargas doit grimper assez vite pour tenir les coincements, et assez proprement pour assurer ses protections.

En falaise, à part les prises qui cassent parfois ou les passages qui se patinent, la ligne évolue peu. Un figuier étrangleur, lui, continue de pousser. Les fissures se resserrent, les colonnes s’épaississent, certaines prises deviennent moins franches. Avec l’âge, les figuiers deviennent plus durs à grimper, plus lisses, avec davantage d’espace entre les bonnes prises.

El Duro Duro ne sera donc pas exactement la même voie dans quelques années. Et c’est ce qui fait le charme de l’escalade sur arbre, une discipline vivante.

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