Les réalisateurs des grands studios hollywoodiens s’aventurent sur des sites toujours plus extrêmes pour tourner des films comme “The Revenant” ou “Star Wars”. Dans les coulisses des tournages, inconnu du spectateur, veille Robin Mounsey. Sa mission ? S’assurer que les stars restent en vie.
Sans Robin Mounsey, les films de survie d’Hollywood seraient-ils crédibles ? A 63 ans, ce Canadien est le régisseur général des plus grosses productions cinématographiques nord-américaines. Son job : repérer des décors naturels éloignés de tout, et surtout guider les équipes de tournage dans des conditions extrêmes. Enfin, ultime étape, il s’assure en post-production que tout a l’air réaliste.
Depuis des décennies, Robin Mounsey trimballe des équipes d’une centaine de personnes autour de l’Arctique et sur d’innombrables zones de montagne, travaillant sur des productions à gros budgets comme “Jason Bourne : l’héritage” (2012) avec Matt Damon, ou encore “Vertical Limit” (2000). Son film star ? “The Revenant” (2016), dans lequel Leonardo DiCaprio affronte une ourse grizzly affamée dans les étendues sauvages du Missouri au XIXe siècle. “Si le film était incroyable, c’est grâce aux images, explique-t-il. Il m’a clairement été demandé de ne pas arrêter mes recherches au premier endroit potable, d’aller encore plus loin encore.”

Avec 12 nominations aux Oscars et trois statuettes glanées en 2016, “The Revenant” annonçait la nouvelle vague des films de survie. Depuis lors, Robin Mounsey a emmené des équipes en Colombie-Britannique, pour le film catastrophe-romantique “La Montagne entre nous” (2017), avec Idris Elba et Kate Winslet, et vers la partie canadienne des Rocheuses pour le tournage d’”Alpha” (2018), film épique se déroulant pendant la dernière période glaciaire. Le Canadien est considéré comme l’une des rares personnes dans l’industrie du cinéma à pouvoir à la fois trouver l’endroit parfait pour tourner un film et assurer la survie de l’équipe. “Pour les studios, mon titre officiel est régisseur général, explique-t-il. En fait, je suis un mercenaire. Ils m’embauchent, et je m’occupe de tout.”
Dix mois par an dans les endroits les plus reculés
Les exploits de Robin Mounsey ont commencé dès son adolescence, dans les années 1970. Il a commencé l’escalade sur les falaises abruptes du Yosemite à 15 ans et a ensuite été le premier à grimper la cheminée du mont Grimface, un mur de granit situé en Colombie-Britannique, au Canada. Après avoir exercé sur tout le continent américain comme guide de rafting et d’escalade, employé des parcs nationaux, puis consultant en prévention d’avalanches, le jeune Robin s’est retrouvé à donner des coups de main sur de petits tournages saisonniers. De fil en aiguille, il a bientôt pu entamer une carrière bien plus lucrative, devenant repéreur et régisseur général sur des classiques du cinéma tournés en pleine nature, comme “Les Survivants” (1993).
Ces dernières années, il voyage dix mois par an dans les endroits les plus reculés, jonglant entre trois ou quatre projets. “Ce n’est pas juste un type qui ramène un tas de caravanes et sait comment les isoler pour l’hiver”, explique Frank Marshall, producteur des “Aventuriers de l’arche perdue” (1981) et réalisateur des “Survivants”. “Je peux lui parler création, et il trouvera une solution. Mais quand il me dit qu’il faut quitter la montagne, je ne dis jamais “allez, encore un plan !” Même son de cloche du côté du réalisateur Hany Abu-Assad, qui a tourné “La Montagne entre nous” à ses côtés : “Robin est attentif à chaque individu, précise-t-il. A son équipe, à la sécurité, au film, à l’art - c’est un être humain complet.”

Le travail de Robin Mounsey a énormément changé avec l’avènement des caméras numériques, qui permettent notamment plus de souplesse dans les situations de luminosité réduite. “Beaucoup de directeurs de la photographie choisissent de ne plus éclairer les scènes en extérieur, alors que dans le passé c’était incontournable”, explique-t-il. Les progrès des vêtements techniques ont également rendu plus facile l’adaptation aux climats les plus extrêmes. “À chaque étape, des repérages au tournage, j’ai des équipes qui s’assurent que tout le monde est habillé de façon adéquate. Nous n’avions jusqu’ici pas l’habitude d’avoir autant de choix en matière d’habits légers et compacts à la fois. C’est un énorme avantage.”
“Pareil pour moi, j’ai pleuré !”
Pour autant, même un équipement haut de gamme ne parvient pas toujours à gommer les difficultés d’un tournage dans des conditions extrêmes. Abu-Assa l’a d’ailleurs très vite constaté lors de son expérience en haute altitude avec Robin Mounsey : “Quand tu découvres le lieu pour la première fois, tu te dis ‘oh mon Dieu, c’est magnifique’. Mais quand, plus tard, tu dois rester debout une journée entière dans le froid pour tourner une scène, c’est un cauchemar. L’un des personnages du film pleure sous la douche dans ‘La Montagne entre nous’. Et bien pareil pour moi, j’ai pleuré !” Comme la plupart des réalisateurs avec lesquels Mounsey a travaillé, Abu-Assad a changé d’avis au sujet des prises de vue douloureuses en extérieur en jetant un coup d’oeil à ses rushes : “Quand je vois le résultat en images, je ne ressens plus du tout la douleur ou la sévérité du climat, mais simplement sa beauté.”
Le succès de ces scènes en pleine nature, que ce soit dans “The Revenant” ou d’autres blockbusters à la “Star Wars”, semble avoir enhardi les décideurs qui font tourner l’usine à rêves d’Hollywood. Avant, ils auraient râlé contre les coûts impossibles à prévoir qu’implique un tournage en pleine nature, mais aujourd’hui “on se dirige vers des lieux de plus en plus extrêmes”, selon Per-Henry Borch, lui aussi repéreur, qui a récemment assisté le tournage du dernier volet de la saga “Mission impossible” dans les fjords de l’ouest de la Norvège. “Les réalisateurs et les producteurs veulent des endroits que les gens n’ont jamais vus. “The Revenant” leur a ouvert les yeux sur cette valeur ajoutée.”
Robin Mounsey se rappelle qu’après le succès du film avec Leonardo DiCaprio, il a reçu beaucoup d’appels concernant des projets aux ambitions similaires. Même s’il a dû apaiser quelques inquiétudes à propos des rumeurs entourant la production chaotique du film, dont il maintient qu’elles ne sont “que des conneries”, l’intérêt porté à son travail le rend optimiste pour l’avenir des films de survie à Hollywood. Un bon signe : Frank Marshall, producteur de nombreux blockbusters dont les séries des “Indiana Jones” et des “Jason Bourne”, vient de signer pour un film intitulé “The Longest Night”, sur le plus long sauvetage en mer de l’histoire. “Je suis attiré par les histoires de gens ordinaires se retrouvant dans des situations extraordinaires”, explique ce dernier. Et il s’assurera que le film soit tourné en pleine nature : “un film, c’est toujours magique, mais plus vous travaillez de manière réaliste, plus la magie peut opérer.”
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