C'est l’une des seules femmes à pouvoir battre les hommes lors des épreuves d’ultra-endurance. La Britannique Jasmin Paris, coureuse, vétérinaire, scientifique et maman, est venue à bout, dans la nuit de mercredi à jeudi 10 mars, des trois tours de la Barkley marathons en moins de 40 heures, soit 39:49:56. Trois tours sur cinq d'une course cauchemardesque mêlant ultra-endurance (160 km) et orientation : c'est une véritable exploit - couronné par un badge très convoité, le "Fun Run". Depuis près de dix ans aucune femme n'avait réussi cette performance. Portrait d'une athlète hors du commun.
"Il suffit de continuer à mettre un pied devant l'autre et de bien s'alimenter. Si nous nous donnons vraiment la peine d'y arriver, nous pouvons réaliser beaucoup plus de choses que ce que nous imaginons" expliquait humblement au média américain I Run Far Jasmin Paris, 38 ans, coureuse britannique souvent mal à l’aise lorsqu’on lui rappelle ses exploits.
👏👏 @JasminKParis - the first woman in 10 years to complete a Barkley Marathons ‘Fun Run’ 👏👏
— inov-8 (@inov_8) March 10, 2022
And yes… she was still smiling!
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"Je ne me qualifiais pas de coureuse"
Non, Jasmin Paris n’est pas tombée dans la course à pied dès le plus jeune âge. Au départ, c'est la natation qui la passionne. "L’eau froide procure une véritable poussée d'adrénaline" explique celle qui continue encore aujourd'hui de nager en eaux libres. Lorsqu’elle se tourne vers l’équitation, il lui arrive tout de même, avec ses bottes et sa grosse veste en cuir, de parcourir en courant les cinq ou six kilomètres qui la séparent de chez elle. Une fois arrivée à l’université, elle fait quelques footings, "peut-être 15 à 20 minutes, une fois par semaine. Je ne me qualifiais pas de coureuse".
Ce n’est qu’en 2008, de retour près de sa ville natale (Hadfield, non loin de Manchester) après avoir quitté l’université et décroché son premier emploi en tant que vétérinaire, qu’elle commence à courir vraiment. "J'avais entendu parler d'un truc appelé hashing (un mélange de course à pied et de course d'orientation)". Six mois plus tard, Jasmin vient à bout de son premier ultra, le Howarth Hobble (53 km). "J’ai vraiment aimé ça, les gens, l'atmosphère. Je me souviens encore des points de ravitaillement : il y avait des beignets à l'un, des hot-dogs à l'autre ou encore des biscuits et des doubles shots de whisky".
"Courir est un temps très précieux, un moment juste pour moi"
Ensuite, les épreuves s’enchaînent. Viennent alors les premiers succès - championne britannique de trail running, records (aux 95 kilomètres de la Fellsman ou encore aux 321 km de la Dragon's Back Race) et de nombreux top 10 au classement général. 2016 est pour elle une année que cette jeune femme discrète qualifiera de " incroyable". Au programme: le célèbre Bob Graham Round (106 kilomètres), le Charlie Ramsay Round (24 sommets, 8 600 mètres de dénivelé positif, où elle bat le record de la course, hommes et femmes confondus), une 6e place à l’UTMB (son premier 160 kilomètres) et elle décroche le titre de championne des Skyrunner World Extreme Series, entre autres…
Inarrêtable, Jasmin ne cesse jamais de courir, pas même le jour de son accouchement, en novembre 2017, où elle ajoute huit kilomètres au compteur. "J'ai eu plutôt de la chance avec la grossesse. Je ne me suis pas sentie trop mal […] Courir est un temps très précieux, un moment juste pour moi. Avec la maternité, je perçois ce sport de façon différente" confie l’athlète.
Pour se motiver à retrouver la forme après la naissance de son enfant, Jasmin s’inscrit donc à la Spine Race, 429 km, 16 000 mètres de D+ et aucune assistance entre les points de contrôle. Quelques mois plus tard, en janvier 2019, elle devient la première femme à remporter cette épreuve d'ultra-trail hivernale. Un exploit mis en lumière par les médias du monde entier. En effet, Jasmin a battu le précédent record (détenu par un homme) de plus de 12 heures... le tout en allaitant. Une performance pour le moins inspirante, comme celle réalisée sur la Barkley cette nuit, avec les trois boucles de la "Fun Run" avalées en 39:49:56. Sous la barre donc des fatidiques 40 heures imposée par l’Américain Gary « Lazarus Lake » Cantrell, organisateur de la course. Il aura donc fallu attendre près de dix ans pour que soit réitéré l'exploit de la Canadienne Bev Anderson-Abbs qui en 2013 décrochait elle aussi le badge "fun run" en 30:09:00.
Ses sponsors ? Un seul, la petite entreprise britannique inov-8, pour le matériel et les chaussures. À vrai dire, elle repousse les offres de parrainage des grandes marques. "J’ai déjà une carrière - je suis scientifique et vétérinaire - donc je n'ai pas besoin d'une deuxième", insiste-t-elle. "Et je n'ai absolument aucune envie de me lier à un contrat ou que quelqu'un me dise quoi faire et quand. Je veux juste que ça reste un plaisir".
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