Après six semaines de test, voici pourquoi la dernière-née d’Apple n’est pas (encore ?) près de détrôner une Garmin, une Suunto ou une Coros dans le cœur des aventuriers, explique notre journaliste, pourtant plutôt emballé au premier abord par cette nouveauté.
Lorsqu’en septembre la marque à la pomme a annoncé la sortie de sa nouvelle Apple Watch Ultra, les fidèles de Garmin, Coros et Suunto sont restés plus que sceptiques, convaincus que l'Ultra ne serait jamais à la hauteur des marques bien implantées sur le marché de l’outdoor avec des séries telles que la Fenix ou la Vertix. Or, après avoir testé l'Ultra pendant six semaines, je dois dire qu'ils ont tout à fait raison. L'Apple Watch Ultra n'est pas aussi robuste que ma Garmin Fenix 7X Solar et surtout elle une faiblesse au niveau de l'autonomie de la batterie. L'Ultra, bien que nettement supérieure à l'Apple Watch normale, n'est pas à la hauteur des montres haut de gamme Garmin, Coros et Suunto en termes de longévité, ce qui exclut les longues sorties en montagne par exemple, qu’on soit skieur, alpiniste ou randonneur, et plus encore les expéditions de plusieurs jours en pleine nature.
Cela dit, en toute objectivité, l'objectif de cet article n'est pas seulement de souligner les points faibles de l'Ultra qui nous sautent aux yeux, mais aussi de mettre en évidence les points forts qui pourraient satisfaire certains utilisateurs. En sachant que l'Apple Watch Ultra est clairement un excellent ajout à la gamme Apple et que, connaissant la marque, nul doute que ce modèle évoluera encore dans le futur. Reste à savoir si elle est faite pour vous, ou pas .

Comparer le trio Garmin/Coros/Suunto à une Apple Watch Ultra peut-être trompeur
Après avoir testé l'Ultra pendant quelques semaines, j'ai interviewé plusieurs cadres d'Apple impliqués dans son développement. Tous ont insisté sur le fait que ce nouveau modèle n’était pas seulement une montre destinée aux adaptes de l’outdoor mais, un produit Apple doté de fonctions « aventure ». Ce qui n’est pas exactement pareil et fait sérieusement reconsidérer le produit.
Fidèle à sa réputation, Apple a donc d'abord fait en sorte que l'Ultra soit agréable à utiliser tous les jours, facile à utiliser et belle à regarder. Puis la marque y a ajouté des fonctions pouvant séduire et être utiles aux randonneurs et autres skieurs. L’idée étant d’offrir un produit aussi à l’aise lors d’un ultra qu’au bureau, capable de gérer vos notifications et messages ou encore votre playlist préférée.
De ce point de vue, comparer l'Ultra à une Garmin, une Coros ou une Suunto peut être trompeur. C’est comme si on essayait de comparer des véhicules tout-terrain construits pour des usages différents. En poursuivant la métaphore, l'Ultra serait une Subaru Outback, parfaite pour la conduite de tous les jours, et plutôt bonne dans la neige et sur certains sentiers. Les Garmin, Coros et Suunto seraient, elles, à ranger dans la catégorie d’une Toyota Tacomas conçue pour aller nettement plus loin et s'attaquer à des terrains bien plus engagés, mais… sans le confort de certains petits "plus" bien agréables au quotidien.
Sans être un adepte des sports extrêmes, je passe pas mal de temps à faire de la randonnée et du ski, et après avoir testé l'Ultra pendant plus d'un mois en montagne et chez moi, au quotidien j’en perçois mieux les avantages, mais aussi les limites. Pendant la semaine, elle stocke ma musique, diffuse mes alertes sur un grand écran lumineux et fonctionne en synchro avec mon iPhone et mes AirPods. Et pendant le week-end et mes sorties en pleine nature, elle peut m'aider à retrouver ma voiture si je me perds en randonnée grâce à la nouvelle fonction GPS Backtrack, envoyer un signal d'alerte si je me blesse et faire office de montre de plongée si besoin. Des fonctionnalités que l’on doit, entre autres, aux athlètes ayant collaboré à l’élaboration du produit. Notamment l'ultratraileur Scott Jurek ou le coureur de fond Ray Zahab. Tout en sachant que la marque a parfaitement conscience qu’un Scott Jurek ne pourra pas faire une course avec « l’ Ultra « , compte tenu de la durée des épreuves auxquelles il participe, même si elle répond aux normes établies pour les équipements militaires concernant la résistance à plusieurs paramètres (résistance aux chutes, à la pression, à l'humidité, aux températures élevées et basses, aux chocs et vibrations). En ce qui me concerne au cours de mes semaines de test, je n’ai jamais eu à me plaindre de la moindre casse ou panne. Certes, cette montre ne tiendra pas la choc en dessous des -20°C et au-dessus des 55°C, mais pour la plupart des amateurs d’outdoor, moi y compris, cette gamme devrait être suffisante. Enfin, j’ai été rassuré par le fait que l'Ultra bénéficie de la même connectivité que les montres haut de gamme Garmin et Coros et mise sur les fréquences GPS L1 et L5 (la L5 étant la fréquence la plus récente et la plus robuste). Elle devrait donc se connecter aussi automatiquement aux systèmes satellites gérés par d'autres pays - y compris GLONASS, BeiDou, Galileo, et QZSS.

Encore beaucoup de chemin à faire pour Apple
Pour l’amateur d’outdoor, le plus grosse faiblesse de l’Ultra est bien évidemment l'autonomie de sa batterie. Sachant qu’elle fonctionne comme une montre Apple - avec un grand écran lumineux, une connectivité cellulaire et un écran toujours allumé - la consommation d'énergie est importante et la batterie de la montre ne représente qu'une fraction de la capacité offerte par une montre Garmin ou Coros. Apple propose certes quelques solutions pour prolonger la durée de vie de la batterie, mais d'après mes tests, ces solutions supposent de faire des compromis pour le moins gênants.
Pour entrer dans les détails, voici ce que dit Apple sur l'autonomie de la batterie selon les différents modes d'alimentation de l'Ultra : en mode d'alimentation normale, l'Ultra Watch tiendra environ 36 heures. Mais attention, il ne s'agit pas de 36 heures d'utilisation du GPS, plutôt de 36 heures d'utilisation normale où vous recevrez des notifications, passerez des appels, ferez quelques courses avec le GPS et obtiendrez des données sur le sommeil. Dans ce mode, Apple affirme que vous pouvez obtenir "jusqu'à 12 heures d'entraînement en plein air avec GPS".
Si vous voulez prolonger l'autonomie de la batterie, vous pouvez passer la montre en mode faible consommation, qui désactive des fonctions comme l'écran toujours allumé, réduit la connectivité cellulaire pour ne faire que des mises à jour toutes les heures, et limite certaines fonctions de fond comme la détection d'entraînement automatique et les notifications de fréquence cardiaque irrégulière. Il maintient toutefois les fonctions normales de fréquence cardiaque et de GPS et fournit suffisamment d'énergie pour permettre à quelqu'un de terminer une course Ironman, qui peut durer jusqu'à 16 heures pour un participant normal.
Enfin, Apple propose une fonction appelée "Low Power Mode Workout", qui permet de réduire les relevés GPS et de fréquence cardiaque. Il s'agit d'une nouvelle fonctionnalité lancée en octobre et que vous pouvez utiliser pour porter la batterie à 60 heures. Dans ce réglage, vous avez non seulement les mêmes coupures qu'en mode faible consommation ordinaire, mais les relevés de fréquence cardiaque sont également réduits à une fois par minute, et les relevés GPS sont réduits à une fois toutes les deux minutes. Pour essayer de maintenir un enregistrement GPS précis, l'Ultra utilise les données d'Apple Maps pour combler les lacunes de vos déplacements lorsque le GPS n'effectue pas de relevés. (Apple affirme avoir pris en compte environ 15 heures d'utilisation du GPS pour calculer les 60 heures). Si marque ne dispose pas de données cartographiques pour votre région, elle indique que l'"Ultra combine les données de l'accéléromètre et du gyroscope avec les connaissances d'Apple Maps sur le dénivelé du terrain et les mesures GPS pour estimer à quel point le sentier est droit ou sinueux afin de fournir une distance parcourue précise."
A la veille d'une longue expé... je reviens à ma Garmin
Fort de ces informations, j'ai testé le mode faible consommation avec moins de relevés GPS et de fréquence cardiaque et… j'en ai détesté l'Ultra ! Il est impossible d'aller courir ainsi, car vous ne pouvez pas obtenir de relevés précis de la fréquence cardiaque ou du GPS lorsque vous êtes en mouvement. Et toutes les fonctions qui rendent l'Ultra si agréable à utiliser disparaissent. Ce mode serait utile si j'étais dans la nature pendant trois ou quatre jours, que je me perdais et que je devais retourner à ma voiture en utilisant la fonction Backtrack guidée par GPS, mais c'est à peu près tout. Sans compter que la mise en route de ce mode d'alimentation n’est pas simple : il faut aller dans le menu de la montre, cliquer sur plusieurs fonctions pour qu'il se mettre en route, puis décliquer ces fonctions pour retrouver la montre normale. Cela en tête, je n’ai pas réfléchi très longtemps à la veille de partir pour une expédition de cinq jours : j'ai laissé mon Ultra à la maison, lui préférant pour l’occasion ma Garmin Fenix 7X Solar. Ce qui m’a permis de suivre l'intégralité de mon itinéraire avec le GPS en cliquant sur un simple bouton, sans jamais craindre de voir la batterie s'épuiser ni de me perdre. Car, en cas de besoin, j’aurais toujours pu utiliser la fonction TracBack ou Route de Garmin pour revenir sur mes pas jusqu'à la voiture. Fonction d’ailleurs fournie avec des cartes intégrées facilitant la navigation, contrairement à la fonction Backtrack de l'Ultra, qui ne fait que m'indiquer la direction de mon point de départ.
Nous savons tous qu'Apple est très doué pour deux choses : l'itération et la recherche de moyens astucieux pour faire fonctionner ensemble son matériel et ses logiciels. L'iPhone, par exemple, s'est énormément amélioré au cours des cinq dernières années. Dès lors, nul doute que les prochaines versions de l'Apple Watch Ultra seront plus adaptées encore aux pratiques de l’outdoor que les premières. Elles resteront toutes d'excellentes Apple Watch, mais Apple aura sans doute à cœur d’améliorer la durée de vie de la batterie, d'ajouter une fonction de cartographie et de proposer toutes sortes d'autres fonctions intelligentes. Mais combien de temps lui faudra-t-il pour mettre au point une montre aussi fiable qu’une Garmin, une Coros ou une Suunto ? Quand la technologie des batteries le permettra-t-elle ? On peut aussi se demander si l’arrivée de l’Ultra ne va obliger ses concurrents à concevoir des montres d'aventure plus « friendly », avec des écrans plus lumineux et des fonctionnalités plus attractives encore.
Dans tous les cas, l’utilisateur devrait en sortir gagnant. On peut en effet considérer l'Ultra comme une option supplémentaire. Pour ma part, je continuerai de l'utiliser comme une montre de tous les jours, idéale pour les séances d'entraînement et les sortie plus courtes, et réserverai ma Garmin aux grosses sorties, plus engagées. Cela dit, la plupart des gens ne sont pas des testeurs de matériel professionnels, aussi devront-ils faire un choix, ce qui ne devrait pas être trop compliqué. Si vous accordez de l'importance à l'autonomie de la batterie et que vous aimez crapahuter pendant des jours, vous vous en tiendrez aux marques spécialisées dans l’outdoor qui ont fait leurs preuves. Mais si vous cherchez une montre Apple dont l'autonomie est supérieure à celle des autres versions de la marque et qui assure plutôt bien sur le terrain, alors, peut-être opterez-vous pour l'Ultra.
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