La pollution des océans par le plastique est désormais bien connue, mais on sait moins que les montagnes sont tout autant concernées par ce fléau. Déjà très engagée en matière d’environnement, la station italienne de Pejo 3 000 a donc décidé d’agir de manière radicale en bannissant totalement le plastique, sous toutes ses formes.
Respect de l’environnement et activités touristiques ont longtemps été antinomiques. Fort heureusement certains acteurs du secteur tentent de suivre une autre voie. Dans le milieu de la montagne, c’est notamment le cas de la station de Pejo 3 000. Cette petite station italienne, nichée dans le parc national du Stelvio, au coeur de la vallée du Val di Sole, dans la région du Trentin, est consciente depuis longtemps déjà de la fragilité de son environnement, mais une étude publiée en avril par des chercheurs de l’Université de Milian-Bicocca l’a poussé à passer ce cap supplémentaire.
L’étude en question portait sur le Glacier de Forni, l’un des plus vastes des Alpes italiennes, voisin de la station de Pejo 3000. Elle a notamment révélé que ce site faisait face à une importante pollution au plastique, et plus précisément au microplastique. Les relevés scientifiques montraient qu’il contenait entre 131 et 162 millions de particules de composants plastiques parmi lesquels une grande quantité de polyester, de polyamide et de polyéthylène. Ces chiffres ne vous disent peut-être rien, ils sont comparables à ceux des mers européennes, pour vous donner une idée...
Une pollution directement liée à l’activité humaine
En accueillant 137 000 skieurs l’année dernière, la station de Pejo 3000 a beau faire des efforts, elle ne peut contenir l’impact de cette fréquentation. Et pour cause, chacun de ces visiteurs est un consommateur potentiel de plastique, celui-là même qui se retrouve ensuite dans la nature. Ces quantités de plastique sont la conséquence directe de la présence humaine, et risquent d'altérer à court terme et de façon irrémédiable l'écosystème de l'arc alpin.
"Si les produits en plastique atteignent les montagnes, ils y resteront pendant une longue période, voire des décennies", explique Christian Casarotto, glaciologue au Musée des sciences naturelles de Trente. "Ils auront alors un fort impact environnemental et sanitaire, et entreront dans la chaîne alimentaire. (...) Les initiatives pour contenir la propagation des plastiques sont plus urgentes que jamais. Partout dans les Alpes ces mesures devraient être adoptées”, conclut l'expert.
Des mesures en place dès cette année
Pour la saison 2019/2020, la station a d’ores et déjà retiré le plastique de tous les refuges : vaisselle, verres, pailles jetables, bouteilles. Une initiative également motivée par l’adoption définitive en mai dernier, par le Conseil de l’Union européenne, d’une directive visant à interdire certains plastiques à usage unique. Mais la station italienne est allée encore plus loin en appliquant ces mesures à l'enveloppe des forfaits à la journée ou aux sachets de ketchup et de mayonnaise. Cela peut sembler illusoire, mais il ne faut pas les sous-estimer : des milliers d'entre eux sont consommés avec les hamburgers, les saucisses et les frites et sont souvent dispersés dans la nature.
Luciano Rizzi, président de l'APT Val di Sole, société qui gère la station, admet que “le travail à accomplir est considérable”, mais cette décision est tout ce qui est de plus rationnel : “L'économie locale est basée sur le tourisme, cela nécessite une attention particulière afin que nos ressources naturelles ne soient pas épuisées. C'est un trésor à préserver pour nos enfants et petits-enfants, c'est pourquoi nous sommes fiers d'être les premiers au monde à faire ce pas. Je suis sûr que d'autres suivront bientôt".
L’une des stations les plus engagées en Europe
Le plastique est une chose, mais Pejo 3000 a pris des initiatives dans bien d’autres domaines et pourrait être un exemple pour beaucoup de stations en Europe et dans le monde. Concernant la production d’énergie d’abord, cela fait longtemps que la vallée est alimentée en énergie renouvelable par trois petites centrales hydroélectriques qui produisent d’ailleurs plus d’électricité que nécessaire - le surplus étant réinjecté dans le réseau national d’électricité italien.
S’agissant du chauffage, les habitations, hôtels et autres bâtiments publics sont chauffés à partir de copeaux de bois, eux-mêmes récupérés des déchets des scieries voisines. Pour l’enneigement enfin, la neige de culture est produite uniquement à partir d’eau recyclée. Il est aussi prévu de remplacer les dameuses par de nouveaux modèles hybrides nettement moins consommateurs en énergies fossiles.
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