Chambéry, Briançon, Marseille… Les loups sont observés à quelques kilomètres des villes depuis quelques jours. L’une des causes ? Une montée hormonale saisonnière, le Wolf Winter Syndrome augmentant l'aire de répartition de l'espèce, nous explique Agnès Quain, présidente de la Fondation Jean-Marc Landry s’engageant en faveur de la préservation de la biodiversité, interrogée par Outside.
L'appréhension monte : de plus en plus de loups sont aperçus en France, un retour souvent mal vécu. Alors, faut-il s'en inquiéter ? Réponse d'Agnès Quain, représentante de la Fondation Jean-Marc Landry, formée en éthologie option loups et canidés. La scientifique étudie l'animal depuis de nombreuses années, motivée par l’idée de faire cohabiter l’humain et le sauvage, dans le respect de tous, via l’acquisition et la diffusion de connaissances grâce à la recherche scientifique.
Comment expliquer la présence des loups aux abords des villes ?
C’est quelque chose de normal pour plusieurs raisons. La première, c’est que l’aire de répartition du loup a considérablement augmenté ces dernières années – de plus en plus d’individus sont présents sur le territoire (624 animaux ont été recensés pour le saison 2020-2021, soit plus de 8% de croissance par rapport à l'année précédente, selon l'Office Français de la Biodiversité, ndlr). La seconde est liée à la biologie de l’espèce et à son mode de fonctionnement. C’est-à-dire qu’à chaque fin d’automne/début d’hiver, des jeunes quittent le groupe, parce qu’il commence à y avoir des conflits, c’est le Wolf Winter Syndrome - à savoir la montée hormonale préparant à la période de reproduction (le loup se reproduit une fois par an, fin février) qui commence en novembre chez le loup. C’est un moment générateur de tensions au sein des groupes. Cela pousse les jeunes individus d’environ deux ans à quitter la meute pour partir à la conquête de nouveaux territoires. Ces animaux-là partent en patrouille, explorent partout. En France, la présence humaine est partout, tout très urbanisé. Donc le loup y est habitué – voir des activités humaines fait partie de son quotidien. C’est pourquoi, il n’est pas surprenant de les voir en ville.
Par quoi est motivé ce rapprochement urbain ?
Ce rapprochement vers les villes n’est pas motivé par l’homme mais plus par la nourriture. En effet, toutes les villes citées sont en général situées en montagne. On sait qu’en hiver, les ongulés sauvages - cerfs, chamois, mouflons, chevreuil, etc. - descendent des hauteurs pour davantage investir les versants des fonds de vallées, qui sont moins enneigés, ce qui leur permet d’avoir un meilleur accès à la nourriture. Il s’avère que ces zones-là sont forcément plus proches des habitations aussi. C’est une des raisons expliquant les aventures du loup en zone urbanisée. Malheureusement, il a aussi le rapprochement en raison du cheptel domestique, qui les attire, il ne faut pas se leurrer.
Quel comportement adopter si l’on se retrouve face à un loup ?
Il a plusieurs cas de figures. De toute façon, le loup, même s’il a l’habitude de la présence humaine, il risque d’être surpris. Il est quand-même dérangé dans son activité de patrouillage, d’exploration. Il faut l’ignorer - le face-à-face c’est quelque chose qui reste exceptionnel, ça relève vraiment du hasard. Je dirais que la prudence reste de mise pour les deux parties : le loup n’est pas agressif envers l’homme, on le sait, c’est prouvé depuis très longtemps, cet animal a très peur de la verticalité. Il ne cherchera pas à rentrer en contact avec vous. Après, on peut avoir des situations où l’animal peut se montrer un peu surpris et un peu plus menaçant. Ça peut arriver mais c’est très très exceptionnel, c’est plutôt le cas lors de rencontres fortuites en forêt où là, c’est clair, il faut battre en retraite et ne pas provoquer l’animal. Il ne faut en aucun cas chercher à s’en approcher, ça c’est clair. Ne pas chercher à l’attirer avec de la nourriture, comme des gens bien intentionnés pourraient le faire. Le danger n’est pas plus important avec un loup qu’avec un autre animal de la forêt - un cerf ou un sanglier. Certes, il n’y a pas de risque zéro mais aucune attaque de loup directement ciblée sur l’homme n’a été recensée (en France, la dernière situation d'attaque d'un loup envers l'homme date 1918 selon l'Office Français de la Biodiversité, précisant qu'il s'agissait d'un loup enragé, ndlr). Cependant, ça reste un animal sauvage, il faut quand-même appeler à la vigilance. S’il se trouve dans une situation où il se sent acculé, coincé, il va forcément réagir, ce qui est normal. Le truc, c’est l’observer à distance, ne pas essayer de se mettre en travers de sa route pour faire des photos.
Le seul risque en zone urbaine est lié aux chiens domestiques. Il ne faut pas se le cacher, les rencontres entre canidés se passent rarement bien, il y a forcément une rivalité à un moment où un autre. Le chien sera en danger, d’autant plus s’il est attaché - il est acculé, n’a aucune distance de fuite et n’aura clairement aucune chance, il ne faut pas se leurrer. Des chiens sont tués tous les ans par des loups. Dans les villes et les villages, c’est quelque chose qui peut arriver.
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