La méthode est étonnante, mais elle serait un moindre mal, selon les Néerlandais qui font face à des loups de moins en moins farouches qu’ils se voient contraints d’effaroucher en leur tirant dessus avec des balles de peinture. Un procédé auquel ailleurs aussi on doit se résoudre pour protéger les animaux sauvages, voire les soigner.
Les autorités de la province de Gueldre, au centre des Pays-Bas, vont bientôt autoriser les gardes des parcs nationaux à tirer sur les loups avec des balles de peinture afin de les effrayer et de les éloigner des humains, a rapporté la BBC News la semaine dernière. A l’origine de cette décision émanant du Gelderland, province située à la frontière des Pays-Bas, une vidéo largement diffusée prise le 22 octobre dernier. On y voit une famille avec des enfants en train de faire du vélo dans le parc national De Hoge Veluwe quand un jeune loup s’approche très près d’eux, provoquant une grande frayeur aux cyclistes. Or, ce n'était pas le premier incident du genre. « Ces dernières semaines, un loup dans le parc national le Hoge Veluwe s’est trop rapproché de randonneurs et de visiteurs. Pour l'empêcher de s’apprivoiser et pour apprendre à l’animal à se tenir à distance des hommes, les forces de l’ordre dissuaderont le loup à l’aide d’une sorte de pistolet de paintball", a expliqué un porte-parole de la province à la chaîne de télévision publique Omroep Gelderland .
Leuk he, die wilde natuur. Gelukkig zijn wolven banger voor ons, dan wij voor hen, toch @WolvenInNL? Kwestie van WENNEN en beetje aanpassen volgens @Natuurmonument. OPPASSEN lijkt ons een betere term. (Op de Hoge Veluwe. Bron onbekend.) pic.twitter.com/7OHWgCP67f
— Wolvenhek Fryslân (@wolvenhek) October 24, 2022
Si les responsables ont choisi des balles de peinture, c’est pour des raisons très pratiques. Les taches de couleur permettront en effet aux gardes de voir quels loups s'approchent trop des visiteurs, rapporte The Guardian. L’objectif est de pousser l’animal à se tenir au moins à 30 m des visiteurs. Le loup est un animal protégé aux Pays-Bas. Le perturber ou le chasser est interdit sans dérogation spéciale. Une exemption a été mise en place dans ce cas précis et sera mise en œuvre « dès que possible », selon la province de Gueldre, sans préciser de date.
Ailleurs en Europe on suit cette initiative de près
Selon un rapport du gouvernement publié en juin, les Pays-Bas abritent au moins 20 loups adultes, dont une meute et deux couples dans le parc national de Hoge Veluwe, un couple à la frontière entre les provinces de Drenthe et de Frise, et 11 animaux solitaires à travers le pays. Et envisager l’usage de tirs de paintball ne va pas sans soulever une certaine polémique. L'organisation environnementale Faunabescherming a effet accusé les gardes forestiers de conditionner intentionnellement la nourriture des loups afin de pouvoir les tuer, ce que les responsables du parc ont vivement démenti. Et Niko Koffeman, président du parti politique, A party for the animals, d’insister en expliquant que " Si l’Hoge Veluwe abrite une population de loups qui se comporte de manière sensiblement différente de tous les autres loup des Pays-Bas et des pays voisins, alors la situation est très suspecte", a-t-il déclaré au média néerlandais Omroep Gelderland.
Selon la BBC, la décision du gouvernement local ne permet encore à personne de se rendre dans le parc national du Hoge Veluwe et de tirer sur les loups. Et à ce jour, aucune date d’entrée en vigueur de cette mesure n’a été fixée. Reste qu’ailleurs en Europe, on suit de près cette initiative. En Belgique notamment, pays tout proche, où à l’instar de ce qui se fait aux Pays-Bas, des lanceurs de paintball sont également disponibles pour, le cas échant, effaroucher des loups qui viendraient s’approcher un peu trop près des gens, même s’il n’en est pas du tout question actuellement dans notre pays, écrivaient récemment les quotidiens flamands Het Belang van Limburg et Gazet van Antwerpen. « L’Agence flamande pour la forêt et la nature dispose également d’un tel instrument au cas où des situations semblables se produiraient en Flandre. « En touchant le loup avec des billes de paintball, l’animal associe à nouveau l’homme au danger : une bille qui touche un loup ne va pas le blesser mais bien provoquer une douleur sur le coup. C’est, selon nous, une très bonne mesure pour apprendre au jeune animal à avoir peur des hommes», explique à La Libre Dries Gorissen, coordinateur de la politique loup au sein de l’agence flamande.
Un excellent moyen aussi de protéger les élans des tiques
Cette pratique, encore rare pour effrayer les animaux sauvages, est pourtant assez courante pour les protéger, notamment en leur projetant des antiparasitaires contre les tiques, comme c’est le cas pour les élans qui n’ont pas d’immunité contre ces parasites. Aussi est-elle souvent tolérée, dans mesure où elle est justifiée. S'il est clair qu'en aucun cas un pistolet à peinture ne doit être utilisé sur un animal à des fins récréatives ou malveillantes, on y a recours en Australie et à l'étranger pour marquer ou identifier la faune sauvage et le bétail à des fins de recherche et de gestion. Cependant, leur utilisation présente plusieurs risques pour le bien-être des animaux. A savoir la douleur, les contusions, les blessures graves, l'empoisonnement potentiellement mortel par la peinture, les changements de comportement, l'aversion au bruit et la modification du risque de prédation. Ces effets peuvent varier selon l'opérateur, l'équipement, l'animal et les facteurs environnementaux. Il convient de n’y recourir qu’en dernière instance et dans des conditions très encadrées, selon la RSPCA (Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals) la plus ancienne et la plus grande organisation caritative de protection des animaux au Royaume-Uni.
C’est d’ailleurs ce que fait le parc national de Yellowstone, l'un des parcs les plus visités des États-Unis, avec 4,26 millions de visiteurs par an. Cet immense territoire de près de 900 000 hectares abrite la plus grande concentration de grands mammifères des 48 États américains, notamment des ours noirs, des grizzlis, des élans, des bisons et des loups. Tous ces animaux attirent de grandes foules lorsqu'ils sont repérés dans le parc. Yellowstone demande bien aux visiteurs de rester à au moins 25 mètres des grands herbivores comme les bisons et les élans et à 100 mètres des ours et des loups, explique le magazine Snowbrains, mais tout le monde ne connaît pas les règles d'interaction avec eux. Et moins encore les respectent.
La règle dans le parc du Yellowstone : effrayer plutôt que tuer
« Pour éviter de tuer des loups potentiellement dangereux, le Yellowstone Wolf Project a adopté d'autres méthodes pour décourager les comportements dangereux. On y utilise par exemples des projectiles non létaux comme les balles de peinture dans les "moments d'apprentissage" afin que les animaux associent le fait de recevoir un petit choc à ce comportement, dans l'espoir que cela empêchera des interactions plus graves impliquant des visiteurs. L'utilisation de balles de peinture et de balles en caoutchouc rend ces loups plus hésitants à se déplacer à proximité des humains et son efficacité a été démontrée. ». Un grand loup noir identifié comme le "loup 1273M" a ainsi eu des interactions avec des humains, notamment en passant la tête par les fenêtres ouvertes d'une voiture et en volant le trépied d'un photographe. Touché avec des balles de peinture au cours de l'été 2020, cet animal mène désormais une vie normale pour un loup sauvage. Le projet Yellowstone Wolf craignait en effet que son comportement se reproduise et qu'on en vienne à l'abattre, mais grâce à cette méthode, l’animal craint désormais de se rendre dans les zones peuplées par les humains et s'en tient loin.
« Tirer sur ces loups, même avec des balles de peinture, pour les blesser parce qu'ils ne savent pas où sont les limites du parc peut sembler condamnable », poursuit le magazine, « mais si l'alternative est d'être abattu, cette méthode permet de garder plus d'animaux en vie, ce qui est impératif pour la bonne santé de l'écosystème de Yellowstone. Non seulement la présence des loups permet de gérer le nombre d'élans, d'orignaux et de bisons, dont ils sont les prédateurs naturels, mais elle a également des effets à tous les niveaux de la chaîne alimentaire. Les carcasses des animaux qu'ils chassent nourrissent de nombreux carnivores nécrophages, puis les matières végétales et microbiennes qui les entourent. Ils éloignent également d'autres prédateurs comme les coyotes, ce qui permet aux petites proies et aux rongeurs que les loups ne mangent pas de prospérer.
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