Plus d'un accident tous les sept mois, soit 49 en 30 ans. Le crash de Tara Air avec 22 personnes à bord n’est que le dernier d’une longue liste de catastrophes aériennes au Népal. Un triste bilan, qui ne fait que s’alourdir au fil des ans, et dont les causes sont multiples.
Hier, lundi 30 mai, les secours ont enfin pu se rendre, à pied et en hélicoptère, sur le site de l’accident du bimoteur Twin Otter de Tara Air, survenu dimanche dernier dans la zone de Sanosware, Thasang-2 dans le district de Mustang, dans l’ouest du Népal. Retardée par le mauvais temps, l'armée népalaise n’a pu que constater la mort des 22 passagers, 4 Indiens, 13 Népalais, 3 Japonais, 2 Allemands, ainsi que des 3 membres d'équipage népalais, selon Sudarshan Bartaula, porte-parole de Tara Air.
L'avion, de fabrication canadienne, avait perdu le contact radio quelques minutes après son décollage de Pokhara (deuxième ville du pays, au centre-ouest du Népal) vers 10 heures dimanche, heure locale, alors qu’il se trouvait dans les alentours de Ghorepani, un village situé à près de 2900 m d’altitude. Il effectuait un vol entre la ville de Pokhara et Jomsom, point de départ de nombreux treks dans l’Himalaya. Le vol ne devait durer qu’une vingtaine de minutes.
En 2019, le PDG de Tara Air est lui-même victime d'un crash
Un accident qui n’étonne guère lorsqu’on consulte la banque de données de l’ASN (Aviation Safety Base), organisme international enregistrant tous les accidents aériens dans le monde. On apprend ainsi que depuis mai 1946, 67 accidents ont eu lieu au Népal. Dont 49 sur les 30 dernières années, causant la mort de 648 personnes. Parmi les plus meurtriers, on se souvient du crash, en septembre 1992, d’un Airbus A300 de la compagnie Pakistan International Airlines lors de son atterrissage à l'aéroport de Katmandou. Bilan 167 morts. L'enquête devait révéler une erreur du pilote, descendu trop tôt dans cette zone réputée très difficile.
Deux mois seulement avant le crash de l'Airbus A300, en Juillet 1992, c’est un Airbus 310 de Thai Airways qui s’écrasait, lui aussi, lors de son approche à Katmandou, tuant les 99 passagers et les 14 membres d'équipage. En cause cette fois, une défaillance technique mineure de l’avion mais surtout une mauvaise communication entre le pilote et la tour de contrôle dans des conditions climatiques difficiles, compte tenu de la mousson. La formation du pilote serait également discutée.
En Février 2019 : c’est l'accident d'un hélicoptère exploité par Air Dynasty, alors qu'il tente de retrouver son chemin vers Katmandou. Et, une fois encore, la visibilité est mauvaise. Bilan : sept morts. L’enquête mettra en évidence des violations des procédures d'exploitation, notamment un déséquilibre des poids dû au positionnement du réservoir de carburant et à la mauvaise disposition des sièges des passagers. Mais aussi une "pression indue" sur le pilote pour faire voler les passagers VIP dans de mauvaises conditions météorologiques. Parmi les victimes en effet, rien moins que le ministre népalais du Tourisme, Rabindra Adhikari, et Ang Chhiring Sherpa, propriétaire de Yeti Air, d'Himalayan Airlines en partenariat avec Tibet Air et de Tara Air.

Le Népal parmi les 15 pays bannis du ciel européen
Tara Air, la compagnie au cœur de la catastrophe de dimanche que l’on retrouve à plusieurs reprises dans le listing de l’ASN. Avec plusieurs accidents majeurs : le 9 juin 2018, le 28 novembre 2017, le 24 février 2016 ( 23 morts), le 21 septembre 2012 et le 15 décembre 2010 (22 morts). On comprend qu’avec Makalu Air, Yeti Airlines, Nepal Airlines, Sita Air, Gomar Air, Buddha Air et Agni Air, Tara Air fasse partie des opérateurs bannis du ciel européen.
Depuis 2013, le Népal est en effet dans le collimateur de l’Union Européenne. Bruxelles interdit de vol dans son espace toutes les compagnies aériennes de ce pays pour des raisons de sécurité. L’administration locale de l'aviation civile étant incapable d'exercer sa tutelle sur les transporteurs, ceux-ci ne répondant pas aux règles minimales de sécurité.
Une sanction qui n’a pas été levée depuis, au contraire. Le 11 avril dernier, l’UE a actualisé sa liste noire des compagnies aériennes interdites sur son territoire. À ce jour, 90 certifiées dans 15 pays sont concernées. A savoir, l’Afghanistan, l’Angola (à l'exception de 2 compagnies, l’Arménie, Congo-Brazzaville, Djibouti, l’Érythrée, la Guinée équatoriale, le Kirghizstan, le Liberia, la Libye, la République démocratique du Congo, São Tomé-et-Principe, Sierra Leone, le Soudan et… le Népal.
Des pilotes mal formés, des conditions météos extrêmes
Un pays qui jouit d’une mauvaise réputation hors frontières mais aussi et surtout sur son propre territoire, pour de multiples raisons.
Première cause : le terrain, que seuls des pilotes aguerris peuvent aborder. A commencer par le seul aéroport international du Népal, situé dans une vallée étroite à 1 338 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un espace relativement étroit.
Deuxième : la météo. Changeant rapidement dans les montagnes, elle rend souvent les conditions de vol dangereuses.
Troisième : l'absence de technologie radar appropriée. Au point que les pilotes doivent naviguer à vue sur un terrain déjà difficile, compte tenu de la topologie et des conditions météorologiques délicates.
Quatrième enfin : le niveau de qualification insuffisant du personnel de l'aviation civile, tant au niveau de la navigation que de l’entretien des avions. Des effectifs au demeurant souvent insuffisant, faute de budget, et donc débordés.
Or quand on sait combien le Népal a été affecté sur le plan économique par la pandémie de Covid et combien chaque expédition et chaque trek compte pour sa survie, on peut craindre que les conditions de vol ne continuent de se dégrader encore.
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