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Pourquoi certains ultratraileurs atteignent leur meilleur niveau après 50 ans

  • 28 juillet 2026
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Contrairement au marathon ou au 10 km, les performances en ultratrail résistent étonnamment bien au temps. Des recherches scientifiques aux témoignages d'entraîneurs, tout converge vers une même conclusion : les qualités qui font la différence sur un ultra continuent de progresser bien après le déclin physiologique. Vieillir peut alors devenir un avantage.

Le 11 juillet dernier, Ludovic Pommeret réalisait sur la Hardrock 100 une performance à la fois attendue… et totalement inédite. Attendue, car il était le double tenant du titre. Une troisième victoire n'avait donc rien d'invraisemblable, même si elle s'est accompagnée d'un nouveau record du parcours, amélioré de plus de vingt minutes. Inédite, en revanche, parce qu'il était à seulement deux semaines de son 51e anniversaire et qu'il s'est imposé avec 2 h 37 min d'avance, soit plus de 10 % plus vite que n'importe lequel de ses concurrents. Le reste du Top 20 n'était pourtant guère plus jeune. Seuls six coureurs avaient moins de 40 ans. Et quatre avaient eux aussi dépassé les 50 ans.

Pour mesurer à quel point cela est inhabituel, il suffit de regarder ce qui se passe sur route. Personne ne s'attend à voir un marathonien de 50 ans courir aussi vite qu'à 30 ans. Même en conservant un excellent niveau d'entraînement, les performances diminuent avec l'âge. Vers 50 ans, les coureurs sur route accusent en moyenne un ralentissement d'environ 10 % sur marathon, 11 % sur semi-marathon et sur 10 km, et 12 % sur 5 km. En ultratrail, en revanche, les règles semblent tout autres.

À contre-courant du vieillissement

Beat Knechtle, médecin suisse, chercheur en physiologie de l'exercice et ultramarathonien, s'est intéressé de près à cette question. Il a réalisé une étude portant sur 100 000 arrivées d'épreuves disputées entre 1975 et 2013, consistant à parcourir la plus grande distance possible dans un temps imparti. Des formats allant de 6 heures à 240 heures (10 jours). Il a montré que plus la course était longue, plus l'âge auquel les athlètes atteignent leur meilleur niveau était élevé. Sur les courses de six heures, les meilleurs résultats étaient obtenus par des coureurs relativement jeunes, avec un âge moyen de performance maximale de 33,7 ans. Sur les épreuves de 48 heures, ce pic était atteint beaucoup plus tard, à 46,8 ans en moyenne. Et sur les courses de 240 heures, les meilleures performances étaient réalisées par des athlètes âgés d'un peu plus de cinquante ans.

Cela ne signifie évidemment pas que les ultratraileurs plus âgés bénéficient d'un avantage physiologique sur leurs cadets. Les effets du vieillissement sur les muscles, les tendons et les ligaments sont bien réels, et quiconque affirme que « l'âge n'est qu'un chiffre » vend surtout de l'illusion. Selon Beat Knechtle, si les vétérans résistent aussi bien au déclin dans les ultras les plus longs, c'est surtout parce que ces courses exigent des longues années d'apprentissage. « L'expérience joue un rôle essentiel », résume-t-il.

L'avantage de l'expérience

Une conclusion à laquelle arrive également Yassine Diboun, entraîneur d'ultratrail installé dans l'Oregon) « On peut considérer que Pommeret est un cas à part », reconnaît-il. « Mais je connais beaucoup de coureurs qui restent extrêmement compétitifs jusqu'à la fin de la quarantaine, voire au début de la cinquantaine. » Diboun sait de quoi il parle. Ancien membre de l'équipe américaine médaillée d'argent aux Championnats du monde de trail, plusieurs fois dans le Top 10 de la Western States 100, il a lui-même terminé 9e de la Bighorn 100 cette année, à 47 ans. Ce n’est pas rien quand on sait que cet ultra organisé dans les Rocheuses est particulièrement exigeant. Selon lui, trois qualités acquises au fil des années permettent de compenser une partie des effets du vieillissement :

1. La patience

« Avec le temps, on apprend à courir plus intelligemment, pas simplement plus fort », explique-t-il.

2. Les compétences techniques

Avec les années les articulations, les tendons et des ligaments gagnent eux aussi en résistance, autant d'atouts indispensables pour encaisser les longues ascensions et les descentes les plus exigeantes. « Au fil du temps, on développe sa proprioception et sa robustesse, explique Yassine Diboun. A la longue, cela devient presque une seconde nature, vous devenez quasiment indestructible. Un coureur de 22 ans, c'est une Ferrari. Mais emmenez une Ferrari en tout-terrain, elle ne sera pas très à l'aise. Prenez un Hummer, en revanche, et il s'en sortira beaucoup mieux. » Ludo Pommeret en est un bon exemple. Pendant des décennies, il a travaillé ce qu'il considérait comme son principal point faible : les descentes. Aujourd'hui, elles sont devenues l'une de ses plus grandes forces.

3. La capacité à résoudre les problèmes

« On peut accumuler des kilomètres et des séances de grande qualité, puis tout voir basculer le jour de la course simplement parce que le système digestif ne suit plus », poursuit l’entraîneur. Or « Sur un ultra, il faut absorber énormément de calories. Il faut habituer son organisme à digérer suffisamment de nourriture, de liquides et d'électrolytes, tout en maintenant cet équilibre pendant, par exemple, cent miles. Cette dimension nutritionnelle est souvent sous-estimée. »

Même analyse pour Jeffery Simons, psychologue du sport à la California State University East Bay : « L'ultratrail ne récompense pas forcément le coureur le plus rapide ni celui qui possède la meilleure capacité aérobie. Une très grande partie de la performance repose sur les connaissances, l'expérience, la stratégie et la persévérance. »

Bien plus qu'une question de technique

Reste que le succès des vétérans en ultratrail - comparé aux disciplines plus courtes - ne s'explique pas uniquement par leurs progrès techniques. Une partie du phénomène pourrait également relever d'un biais de sélection. Car, à un moment ou à un autre, tous les coureurs ralentissent.

Selon les tables d'âge de la fédération américaine d'athlétisme publiées en 2025, les hommes dépassent leur pic physiologique : 

après 29 ans sur le mile et le 5 km 
après 30 ans sur 10 km 
après 31 ans sur semi-marathon
après 35 ans sur marathon.

Les chiffres diffèrent légèrement chez les femmes, mais la tendance générale reste identique. À mesure que leur vitesse maximale diminue, beaucoup de coureurs choisissent alors de relever un nouveau défi en allongeant les distances. À l'inverse, avance Jeffery Simons, les meilleurs jeunes coureurs ne sont peut-être tout simplement pas encore attirés par les formats les plus longs. « S'ils participent à ces courses avant tout pour les terminer, et non pour les gagner, leurs motivations peuvent être très différentes. » Aucune étude ne vient confirmer cette hypothèse, précise-t-il, mais elle mérite d'être prise en considération.

L'effet de l'âge… et aussi de l'expérience de vie

Des facteurs liés au mode de vie pourraient également entrer en jeu. Le plus évident concerne le temps disponible. Les ultras, surtout les plus longs et les plus techniques, exigent un investissement considérable à l'entraînement. Les coureurs plus âgés disposent souvent d'une plus grande liberté. « Leurs enfants ont grandi et ont quitté la maison, explique Diboun. Les catégories de plus de 40 ans comptent parmi les plus relevées. »

Le phénomène pourrait être plus complexe encore. Une étude de psychologie publiée en 2023 sous la direction d'Owen R. Thornton, de l'Université de Caroline du Nord, a montré que les ultramarathoniens les plus performants présentent des niveaux plus élevés « d'auto-efficacité », de résistance mentale et d'intelligence émotionnelle. Tout en affichant une variabilité émotionnelle plus faible.

L'auto-efficacité correspond à la confiance que l'on a dans sa capacité à réussir. L'intelligence émotionnelle désigne la faculté de reconnaître, comprendre et utiliser ses émotions afin qu'elles ne détournent pas l'athlète de son objectif. Quant à la variabilité émotionnelle, elle renvoie aux brusques changements d'humeur, ces passages parfois violents de la confiance absolue au découragement total que connaissent tant d'ultratraileurs. Toutes ces qualités constituent des atouts majeurs face aux innombrables difficultés rencontrées pendant un ultra, qu'il s'agisse de l'altitude, des conditions météo changeantes ou des exigences d'une course comme la Hardrock 100. Certaines d'entre elles, estime Diboun, peuvent être développées à l'entraînement. « Les répétitions en côte, les séances sur piste ou les gros blocs d'entraînement permettent d'acquérir une excellente condition physique, qui nourrit aussi la résistance mentale. Et plus on se sent fort physiquement, plus on gagne en confiance. »

Mais les coureurs plus âgés disposent d'un avantage que les séances d'entraînement ne peuvent offrir, ils ont simplement davantage d'expérience de vie. « Ils ont traversé beaucoup plus de hauts et de bas, explique Diboun. Ils ont forgé une véritable dureté mentale, une carapace que beaucoup de jeunes coureurs n'ont pas encore eu le temps de développer. Un mental forgé par l'expérience, cela ne s'enseigne pas. Il faut le vivre. », résume-t-il.

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