Certains collectionnent les Running Stones depuis des années en vue de décrocher un dossard à l'UTMB et croisent les doigts pour la loterie. D'autres ont parfois moins de scrupules et déboursent 2 200 euros pour un dossard solidaire. Car si l'initiative des organisateurs part d’une bonne intention… elle comporte des failles.
En moins de 24 heures, les 285 dossards solidaires pour participer à l’UTMB 2026, le rendez-vous le plus important de la planète trail fin août à Chamonix, ont été écoulés. L’ouverture des inscriptions s’est faite le 16 décembre 2025 au matin, et déjà plus rien le 17 sur le principe du "premier arrivé, premier servi". Le coût de ce dossard ? 2 200 euros minimum, frais de dossier inclus. Et une promesse : celle d’être qualifié directement, en faisant un don à une association, sans passer par le redouté tirage au sort qui écarte chaque année des milliers de traileurs.
Concrètement, comment ça marche ? « Lors de la souscription à un dossard solidaire, le coureur est amené à faire un don minimum de 2 200 euros à la fondation UTMB Cares », est-il écrit sur le site officiel de l’organisateur. UTMB Cares « reversera le don à l’association choisie par le coureur parmi celles proposées », soit 2000 euros. Les 200 euros restant « serviront à financer un fond de solidarité internationale ou d’autres projets globaux et à couvrir les frais bancaires et administratifs ». Le don doit se faire par carte bancaire, et en une seule fois. Dès l’argent transmis, le traileur obtient sa place sans tirage au sort à l’UTMB. Bien sûr, cela n’affranchit pas le participant de payer son dossard (439 euros pour l'édition 2025 du 170 km) ni d’avoir un UTMB Index valide pour la course de son choix. Impossible par exemple de n’avoir jamais couru un 100 kilomètres et de s’inscrire sur l’épreuve reine de l’UTMB.
Quinze associations retenues par l'UTMB
Le coureur se doit également de choisir une association parmi celles validées par la Commission solidarité des Amis de l'UTMB Mont-Blanc. Pour le dossard solidaire 2026, quinze ont été retenues, de Première urgence internationale à la Banque alimentaire de Haute-Savoie en passant par Les Amis de l’UTMB Mont-Blanc Environnement, l’Association française des hémophiles ou encore la Fondation pour le logement. À ce stade, impossible de choisir « son » association en dehors de la liste proposée mais cela pourrait évoluer. De même, un projet caritatif personnel ne pourra pas être pris en compte. En revanche, vous pourrez soumettre une association de votre choix aux organisateurs qui l'étudieront en vue d'une éventuelle intégration l'année suivante. Sans garantie car, on l'imagine, cette liste est très convoitée. Elle pourrait toutefois être étendue à l'avenir : « Une réunion aura lieu en janvier, pour réfléchir à l’évolution que pourrait prendre ce dossard solidaire », nous confie confie Fabrice Perrin, directeur d’UTMB Group en charge du sport et du développement durable.
Cela dit, suffirait-il d’avoir des moyens financiers importants pour être sûr de participer à l’UTMB ? « Même si c’était 5 000 euros le dossard solidaire, je pense qu'il partirait quand même, mais on ne veut pas entrer dans une surenchère », explique justement Fabrice Perrin. Pourtant, à ce stade, c’est malheureusement l’image que le règlement actuel pourrait renvoyer. Les 285 acheteurs de ces dossards ont-ils tous des intentions louables et un engagement profond en lien avec l’association qu’ils soutiennent ? Le doute est permis au regard de l’engouement de plus en plus fort et incontrôlable autour du trail. D'autant qu'il suffit de calculer le coût d'une préparation à l'UTMB pour comprendre que 2 200 euros ce n'est pas si cher payé quand on doit année après année la renouveler, faute d'être tiré au sort. Sans compter que, pour les Français, les dons aux associations ou aux ONG sont partiellement déductibles des revenus imposables.
Pourquoi ne pas introduire un peu de solidarité concrète ?
Sur le papier, l’intention est pourtant bonne : surfer sur le succès international de l’UTMB pour aider des associations. D’ailleurs, le directeur UTMB Group aimerait mettre davantage encore de dossards solidaires à la vente même si, à ce stade, le sujet n’est pas à l’ordre du jour. Mais peut-être faudrait-il contrebalancer cette impression de « il suffit de payer 2 200 euros pour courir l’UTMB » en introduisant une solidarité plus concrète ? Si, par exemple, en plus de soutenir l’association financièrement, le participant devait agir sur le terrain auprès de l’association choisie ? Prenons le cas d'un traileur ayant donné à l’association Arve réfugiés. Il pourrait prendre quelques heures de son temps pour donner des cours de français ou un soutien administratif aux migrants arrivés dans la région du mont Blanc et de la vallée de l’Arve.
Pensons aussi à la Western States 100 aux États-Unis, course tout aussi mythique que celle de Chamonix et qui figure parmi les quatre rendez-vous ultratrail incontournables de l’année. Il n’y a pas si longtemps, il était obligatoire de faire huit heures de bénévolat pour participer à son tirage au sort. Cela pouvait passer par de l’entretien de sentiers ou de la présence aux ravitaillements. Certaines courses américaines l'exigent encore aujourd’hui. C'est le cas du 100 miles de l’Angeles Crest Run en Californie ou du Silverheels Trail dans le Colorado. Un bel exemple à suivre pour continuer à mettre en oeuvre la solidarité dans le monde du trail, moyennant un engagement financier, mais aussi sur le terrain.
Article publié le 17 12 2025 à 13h05, mis à jour à 17h54.
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