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Climbing Blind - Jesse Dufton
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Film : Jesse Dufton, aveugle, grimpe Old Man of Hoy en tête

  • 6 novembre 2020
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

À l'âge de quatre ans, Jesse Dufton a été diagnostiqué d’une maladie génétique rare qui détruit les cellules de la rétine. À 30 ans, sa vision a été réduite à une simple perception de la lumière avec un champ de vision d'environ 1 ou 2 %, ce qui ne l’empêche pas de grimper en trad. En tête. Et rien moins que le légendaire pilier du "Old Man of Hoy" : 137 m de grès rouge balayés par les vents. Un parcours exceptionnel relaté dans « Climbing blind », un documentaire rare, primé au « Écrans de l’aventure » 2020.

« J'ai commencé à grimper très jeune », raconte Jesse Dufton sur son site, « J'avais deux ans quand mon père m'a fait faire ma première voie ! Je me suis mis à faire de l'escalade traditionnelle en plein air et du bloc à Fontainebleau. Mon père faisait partie d'un club d'alpinisme, et il était aussi membre d'une équipe de secours en montagne. On partait faire de l’escalade le week-end partout au Royaume-Uni. C'est lui qui m'a appris à grimper, et j'ai fait ma première voie en falaise à l'âge de 11 ans. À cette époque, j'avais encore environ 20 % de vision centrale floue, mais aucune vision périphérique. Je voyais à peu près bien pour placer un coinceur, mais pas assez pour visualiser les voies depuis le sol.

A la fac de Bath, j'ai rejoint le club d'alpinisme et j'ai pu faire beaucoup d’escalade. On allait régulièrement faire de la falaise. Je m’y suis fait plein d’amis ; c’est là que j’ai rencontré Molly (celle qui allait devenir son guide en escalade puis sa femme, ndlr). Là aussi, que j’ai commencé à grimper en style alpin et à faire de l'escalade sur glace. Mais à cette époque, ma vue a commencé à sérieusement se détériorer. Au point qu’au moment de mon doctorat, je ne pouvais même plus lire.  J’ai commencé à avoir des problèmes pour grimper, mais ça ne m’a pas arrêté pour autant. J'ai juste appris à m'adapter, avec le soutien de mes amis.

Climbing Blind - Jesse DuftonClimbing Blind - Jesse DuftonClimbing Blind - Jesse Dufton

Deux premières au Groenland

Après mon doctorat, j'ai déménagé dans les Midlands (région au centre du Royaume-Uni, ndrl) où j’ai fait pas mal d’escalade indoor. J’avais trouvé une bonne salle où, grâce à un pointeur laser, je pouvais me diriger vers les bonnes prises, ça m’aidait à grimper. J’ai continué à faire pas mal de sorties en falaise avec mes copains de la fac, mais c’est en avril 2017 que j’ai organisé mon expédition la plus ambitieuse : un mois au Groenland, par des températures de -20°C . Là, j’ai fait deux premières avec Molly. Du jamais-vu je crois pour un grimpeur aveugle ! Ma vue continue aujourd’hui de se détériorer et au moment où j'écris ces lignes, il me reste très peu de vision. Cela signifie que je peux voir quelques lumières floues, mais je ne peux pas voir ma main lorsque je l'agite devant mon visage. »

Une situation qui ne l’empêche pas de continuer à vivre sa passion pour l’escalade. En 2017, Jesse Dufton rejoint l’équipe nationale britannique de handisport. Mieux encore, le grimpeur se lance en juin 2019 un énorme défi : escalader « The Old Man of Hoy ». Un pilier de grès rouge de 137 mètres de haut sur la côte ouest de l'île Hoy dans les Orcades, au nord de l’Écosse. Il ne faut pas moins de deux ferries pour l’atteindre. Un site mythique en écosse, dont l’ascension est redoutable pour n’importe quel grimpeur de bon niveau. Mais apparemment impossible pour un aveugle. Surtout quand il entend le faire en tête ! 

C’est cette aventure que va décider de suivre le réalisateur Alestair Lee, sidéré par tant d’audace et de courage. Spécialiste de films d’escalade, et plus généralement de sports extrêmes, le Britannique a pourtant shooté les athlètes les plus engagés, sur les spots les plus étonnants de la planète. On lui doit, entre autres, "The Last Great Climb" (2014), "Explorers: Adventures of the Century" (2013) ou encore "The Prophet" (2010).
Aux côtés de Jesse, mais aussi de Molly, l’épouse du grimpeur - sa femme, et ses yeux aussi au pied de la falaise - Alestair Lee va filmer leur préparation, l’approche et l’ascension du « Old Man of Hoy » et en tirer "Climbing blind" (grimper en aveugle, en anglais), un documentaire émouvant extrêmement bien monté.

Climbing Blind - Jesse DuftonClimbing Blind - Jesse DuftonClimbing Blind - Jesse DuftonClimbing Blind - Jesse Dufton

"Grimper en tête ? Une très mauvaise idée !"

« The old man of Hoy » ? C’est une grande voie mythique, explique un grimpeur local interviewé dans le film, qui connaît le site comme sa poche. La voie normale, c'est du E1 (du 6a+>6a P3, ndlr). 137 m de roche friable. Du grès sablonneux. Toujours balayé par les vents et des turbulences. On se demande comment ça tient encore debout ! L’endroit parfait pour une aventure en escalade ! Mais une sacrément mauvaise idée pour un grimpeur aveugle, surtout en tête ».

« La première difficulté », explique-t-il, « c’est d’arriver au pied de la falaise. C’est un terrain très technique, avec des risques de chutes mortelles. Le pilier est très vertical, mais la première longueur est assez facile, comme un escalier avec de grands rebords. C’est dans la deuxième qu’il faut être un bon grimpeur, car il faut escalader en pleine face ». Plus haut, toute la difficulté tient dans la recherche d’itinéraire, surtout pour un aveugle. C’est là que sa partenaire, Molly, va être essentielle. Elle va le guider depuis la base. Or, l’itinéraire fait plusieurs fois le tour du piton et Molly à certains moments ne pourra pas le voir… « Ca semble un peu léger pour être honnête ! » conclut le grimpeur, sceptique.

"Tu le fais justement parce que c'est difficile !"

D’autant, comprend-on, que si Jesse doit faire totalement confiance à Molly à l’heure de choisir ses prises, elle doit aussi lui accorder une confiance totale à l’heure d’escalader à son tour. Jesse étant en tête, c’est lui qui l’assure. Mais ces deux-là vont prouver le 4 juin 2019 à 22 h 30, à l’issue de près de huit heures d’escalade et d’une heure trente d’approche, que leur projet était possible.

« C’est l’ascension la plus difficile que j’ai jamais faite », commente Jesse. « Mais tu ne le fais pas parce que c’est facile. Tu le fais justement parce que c’est difficile. Pour le défi. Tu recherches la satisfaction, mais on n’obtient pas de satisfaction s’il n’y a pas le risque de l'échec. Et je ne serais peut-être pas devenu un aussi bon grimpeur si je n’avais pas eu ce handicap. Le danger ? On me demande souvent si ça m’aide de ne pas voir le vide ... Pas vraiment, je sais où je suis et je connais les conséquences si je tombe. Et pour moi, traverser la route est bien plus dangereux qu’escalader !

Je grimpe en tête parce que là, je suis responsable. Notamment de la sécurité de ma partenaire.", poursuit-il. " L’escalade, c’est là où je suis en contrôle. En fait, je ne suis pas disabled (handicapé en anglais, ndlr), je suis aveugle, grimpeur et « able » (capable, en anglais, ndlr), conclut-il.
Impressionnant. Tout simplement.

https://youtu.be/WcB39nBSv3Y

"Climbing blind" est disponible en VOD sur Vimeo.

Article initialement publié le 24 octobre 2020, mis à jour le 7 novembre 2020.

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