Depuis samedi une large partie de l’Hexagone est exposée à des fumées provenant d'intenses feux de forêt sévissant au Canada. De quoi déclencher chez nous un épisode de pollution aux particules fines, le plus important observé à ce jour dans les Hautes-Alpes. Initialement, la majeure partie de ces nuages atteignant l'Europe a été trouvée à une haute altitude, environ 9 000 mètres, ce qui ne devait pas avoir de fort impact sur la qualité de l'air. Mais depuis hier, mardi 10 juin, la fumée est descendue, réduisant les altitudes. La donne pourrait donc être différente aujourd’hui et dans les jours à venir. Dans les Alpes, mais aussi dans une bonne partie de la région PACA. Doit-on s’en inquiéter ? Le point en 12 questions.
1. Quelle est la situation au Canada à l’heure actuelle ?
A l’heure où nous bouclons cet article, 212 feux sont actifs au Canada. Dont 110 non maîtrisés et 25 contenus. Les autorités canadiennes notent aujourd’hui qu’il y a 9 feux actifs de plus qu’il y a 24 heures au Canada. Et 84 feux actifs de plus qu’il y a 7 jours. Principales zones concernées : le centre du pays, le Saskatchewan et au Manitoba, où l’état d'urgence a été déclaré les 28 et 29 mai. Mais d’autres feux viennent de prendre de l’ampleur à l’ouest du pays, en Colombie-Britannique et dans l’Ontario.
Plus de 3,2 millions d’hectares sont déjà partis en fumée. Début juin, plus de 33 400 personnes avaient été évacuées.

2. Quelles en sont les causes ?
Chaque été, le Canada est confronté à des incendies de forêt. Le pays reste traumatisé par l’été 2023 où 15 millions d’hectares sont partis en flammes, mais ce début de saison inquiète par sa précocité et sa virulence. En cause ? Principalement le réchauffement climatique. La plupart des incendies jusqu’à présent ont été déclenchés par des activités humaines, souvent de façon accidentelle (feux de camp mal éteints, passage d’un train ou de véhicules dans une zone très asséchée.)

3. Comment ces fumées arrivent-elle en Europe ?
Copernicus, organisme international surveillant les phénomènes météorologiques de ce type, explique que : « La fumée de ces incendies de forêt a été transportée sur de longues distances à travers l'Atlantique jusqu'en Europe. Les premières observations de la fumée des incendies du Manitoba traversant l'Atlantique ont été confirmées par plusieurs observations satellitaires différentes ainsi que par les analyses CAMS du monoxyde de carbone (CO) (qui sont une combinaison du modèle CAMS et des observations satellitaires). » Et ce, dès le 18 mai pour la région méditerranéenne. Les prévisions du 2 juin indiquaient que davantage de panaches de fumée allaient atteindre l'Europe au cours de la première semaine du mois. Ce qui est confirmé aujourd’hui.

4. Que contiennent ces fumées ?
La fumée des feux de forêt est un mélange de gaz, de particules et de vapeur d'eau qui contient :
- de l'ozone
- du méthane
- du dioxyde de soufre
- du dioxyde d'azote
- du monoxyde de carbone
- des composés organiques volatils
- des particules fines (PM2,5)
- des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)
Alors que les niveaux les plus élevés de pollution atmosphérique se produisent à proximité d'un incendie, certains composants de la fumée ont une longue durée de vie photochimique, ce qui signifie que la pollution de la fumée peut être soumise à un transport à longue distance (à l'échelle continentale et intercontinentale) et peut potentiellement affecter la qualité de l'air à des milliers de kilomètres de l'incendie.
5. Quels sont les pays européens touchés ?
La France est particulièrement concernée : Avignon, Clermont-Ferrand, Marseille, notamment. L’institut suisse IQuair révélait que mardi après-midi, Lyon était la troisième grande ville la plus polluée au monde, juste derrière Delhi et Kinshasa ! Mais la pollution atmosphérique a un impact sur plusieurs villes européennes, dont Berne, Milan, Salzbourg…

6. Quel a été l’impact en France ?
AtmoSud, organisme surveillant la qualité de l’air, a déclenché une alerte pollution aux particules fines PM10, dès ce lundi 9 juin, à Briançon et sur l’ensemble de l’est des Hautes-Alpes. "A midi ce jour-là les niveaux ont atteint 90 microg/m3/h, dépassant nettement le seuil d’information recommandation de 50 microg/m3 journalier. A noter que cette pointe de particules fines PM10, qui comprennent une part importante de PM2.5, particules fines les plus nocives pour la santé, a été observée par les capteurs d’AtmoSud sur tous les sites d’altitude de la région Sud, sans pour autant atteindre des niveaux aussi élevés que sur l’est des Hautes-Alpes, » précisait Environnement magazine.
L’épisode actuel représente le pic de pollution aux PM10 le plus important constaté jusqu’ici dans les Hautes-Alpes. Les conditions météorologiques (absence de vent) étant peu propices à la dispersion jusqu’à ce mercredi et donc, à la baisse des concentrations des particules fines, la vigilance reste de mise.
7. Quelle est la situation ce mercredi en France ?
Dimanche et lundi, ce sont principalement les Hautes-Alpes et plus particulièrement la vallée de la Durance qui ont vu leur concentration en particules fines PM10 augmenter significativement. Mais depuis hier, c’est la majeure partie de la Région qui voit ses niveaux de concentrations en particules fines augmenter. Notamment Marseille. Une procédure d'information-recommandation a donc été mise en oeuvre dans les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes-Maritimes. Et le niveau d'alerte 1 déclenchée mardi dans les Hautes-Alpes, pour persistance des niveaux d'information-recommandation.
8. Comment devrait évoluer la situation en France ?
L’observatoire AtmoSud, chargé de surveiller la qualité de l’air dans la région, observe une évolution météorologique favorable. Son directeur, Dominique Robin, annonce : "En milieu de semaine on va changer de flux. On passe en flux de sud, on ne va plus être en flux d'ouest donc on n'aura plus les particules canadiennes (...) c'est la bonne nouvelle. Mais effectivement le sirocco va nous apporter des vents de sable", précise-t-il. Selon lui, le sirocco est moins nocif que les particules fines du Canada.
9. Quels sont les risques pour la santé ?
Les particules fines (PM2,5) représentent le plus grand risque pour la santé provenant des feux de forêt. Elles sont invisibles à l'œil nu et sont responsables de nombreux effets sur la santé. Elles peuvent causer des inflammations et une aggravation de l’état de santé des personnes atteintes de maladies cardiaques pulmonaires. Aucun niveau d'exposition connu n'est considéré comme sécuritaire pour certains de ces polluants. Cela signifie que la fumée peut avoir une incidence sur votre santé, même à de très faibles concentrations, insistent les autorités canadiennes qui suivent de près ce problème depuis des années. À mesure que les concentrations de fumée augmentent, les risques pour votre santé augmentent. La qualité de l'air peut être mauvaise, même si vous ne pouvez pas voir ni sentir la fumée.
10. Qui pourrait être particulièrement affecté par ces fumées ??
- Les personnes âgées
- Les fumeurs
- Les nourrissons et les jeunes enfants
- Les femmes enceintes
- Les personnes qui pratiquent un sport intense en plein air
- Les personnes travaillant à l'extérieur
- Les personnes souffrant déjà de problèmes de santé chroniques ou d'une maladie ( cancer, diabète, problèmes pulmonaires ou cardiaques…)
11. Quelles sont les précautions à prendre ?
Voici les bons gestes selon l’Ademe (Agence de la transition écologique) :
- Continuez à sortir, mais évitez les grands axes routiers aux heures de pointe (7 h - 10 h et 17 h - 20 h).
- Evitez les activités susceptibles d’entraîner un essoufflement.
- En cas de gêne respiratoire ou cardiaque (essoufflement, sifflement, palpitations…), signalez-le à votre médecin.
- Continuez à aérer votre logement 2 fois 10 minutes par jour, de préférence la nuit. Important car des polluants sont émis dans votre logement. Et s vous ne renouvelez plus l’air de votre logement, ils ne sont plus évacués.
12. Où se renseigner ?
Le service de Surveillance de l'atmosphère Copernicus (CAMS) fournit des données et des informations continues sur la composition atmosphérique. Il décrit la situation actuelle, fournit des prévisions quelques jours à l'avance et analyse de façon cohérente les enregistrements de données des années précédentes.
Et pour suivre l’évolution de la pollution atmosphérique dans votre région en temps réel, c’est ici.
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