Son nom ne vous dira sans doute rien, mais, samedi dernier, à Madère, à l’arrivée de l’ultra-trail de Madère (MIUT), c’est lui qui a créé la surprise en bouclant les 118 km et 6700 m de D+ en 12h54'52'', à l’issue d'une course folle. Derrière lui, que des pointures. Le Portugais Miguel Arsenio, le Roumain Raul Butaci, le Suisse Jean-Philippe Tschumi, et le Français Germain Grangier. Pas de quoi l’affoler. L’ingénieur ardéchois de 27 ans avait un plan. Et il ne date pas d'hier, si l’on en juge par son parcours patient et minutieux ses trois dernières années.
« Que dire ?! Une journée de folie ! », s’exclamait ce week-end Paul Cornut-Chauvinc sur Instagram, au lendemain de sa victoire à Madère du MIUT 115, épreuve phare du Madeira Island Ultra Trail, étape du World Trail Major (WTM). Une superbe traversée nord-sud de l’île Madère affichant 118 km et 6 700 m de D+. Le jeune traileur prenait ce jour-là son départ pour son premier objectif de la saison. Non plus l’épreuve de 85 km et 4 000 m de D+ qu’il visait initialement, mais bel et bien un 100 M.
Changement de plan à 3 semaines du MIUT
Il y a deux semaines, on apprenait en effet qu’il modifiait son programme : « j’ai décidé de changer mes plans. Dans 3 semaines, je serai au départ du MIUT 115 km. Un nouveau défi, une grosse aventure… j’ai hâte ! L’athlète se montrait confiant : « Je viens de terminer un gros bloc d’entraînement : plus de 300 km en 2 semaines, bouclé par une course d’entraînement de 42 km avec une victoire à la clé. Le corps répond, la tête est là, et l’envie ne fait que grandir. »
La pression, il se l’est donc mise tout seul, et elle était minime, car à Madère ce jour-là, personne ne l’attendait. L’Ardéchois comptait certes à son actif une 2e belle place au Trail du Ventoux en 2024, mais les parieurs misaient plutôt sur le Portugais Miguel Arsenio (vainqueur des World Trail Majors 2024), le Roumain Raul Butaci ou encore le Suisse Jean-Philippe Tschumi (2e de la Diagonale des Fous 2024), sans parler de l'Isérois Germain Grangier (2e de la Diagonale des Fous en 2023). Ces grands noms du trail ont dû se contenter de lui laisser la première marche du podium, à l’issue d'une course acharnée.
"Rien n'avait été laissé au hasard"
Ils auraient pourtant dû se méfier, car si l’Ardéchoix les a laisser filer sur la première partie de course, préférant adopter une approche plus conservatrice. Au 60e km, il s’est révélé, faisant montre d'une fraîcheur étonnante à ce stade avancée de la course. Dès lors, il ne fit que monter en puissance, sans faillir. En ingénieur méthodique qu’il est. : « J’avais visualisé chaque kilomètre, rien n’a été laissé au hasard. » confiera-t-il à la presse à son arrivée.
Une victoire qu’il a savourée avec le calme d'un athlète habitué aux podiums, mais aussi aux hauts et aux bas de la compétition. Avant de s’adonner au trail il y a trois ans, Paul Cornut-Chauvinc a passé plus de 20 ans dans le monde du canoé kayak, au plus haut niveau. Une carrière couronnée en 2016. Pour sa première sélection internationale, le jeune Ardéchois revenait de Pologne avec le titre de champion du monde de kayak slalom juniors en équipe, et une 7e place en individuel, apportant une nouvelle médaille dans l’escarcelle de son club, Vallon Plein Air.
"Jongler entre deux univers qui me font vibrer"
Passé entraîneur du club Foix canoë kayak Eau Vive, l’athlète allie depuis trois ans deux passions dans son quotidien. Depuis qu’il a été repéré par ASICS. En octobre 2022, il sort vainqueur de la finale du Trail Elite Factory de la marque. De quoi décrocher un contrat athlète pro d’un an et intégrer le Team Asics Trail. Soit un accompagnement professionnel et personnalisé : équipement, stages en France et en Europe, suivi médical, préparation…
L’investissement de la marque aura été payant. Sa patience aussi. En décembre cette année-là, l’athlète effectue une séance de seuil et se fait une fracture de stress du col fémoral. La reprise sera difficile, mais il ne lâchera rien. Pas même quand la CCC, son objectif de l’année 2024, sera décevant : 38e en 12h35. Un coup dur, mais pas un point final pour lui : « Je ne dirai plus « échec » comme je le disais depuis l’instant où j’ai passé la ligne, mais plutôt prise de conscience de ce qu’il faut réaligner pour que tout fonctionne à nouveau ! », dit-il sur Instagram, ajoutant « Surcharge ?! Certainement... Physique mais surtout mentale… 🤯 »
Depuis, Paul Cornut-Chauvinc s’est ressaisi et aborde la compétition autrement, si l’on en juge par sa performance au MIUT. Et ce, sans sacrifier aucune de ses deux passions. A la veille de partir pour Madère, l’athlète était plongé d'ailleurs dans l’organisation de la N1 de Kayak. « Il va falloir jongler entre deux univers qui me font vibrer », disait-il alors. « D’abord, tout donner pour que les compétiteurs vivent un super week-end de course… Puis changer de casquette pour performer au maximum sur les sentiers de Madère ! Deux passions, deux rôles, une seule énergie : celle de vivre chaque instant à fond. »
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