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Marathon des sables
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  • Trail Running

Marathon des Sables : à la veille de la 40e édition, « ce n’est pas l’évolution que j’espérais », regrette son fondateur

  • 27 mars 2026
  • 12 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Du 3 au 13 avril, plusieurs centaines de coureurs s’élanceront dans le désert marocain pour la 40e édition du Marathon des Sables : près de 270 kilomètres à parcourir en autosuffisance alimentaire, en six étapes. Façonnée pendant 37 ans par son fondateur, Patrick Bauer, l’épreuve a été reprise il y a trois ans par Cyril Gauthier. Depuis, formats multipliés, organisation repensée, ambitions élargies : le Marathon des Sables a changé d’échelle. Modernisation nécessaire ou perte d’identité ? Derrière ces transformations, deux visions s’affrontent, celles de deux hommes longtemps partenaires, aujourd’hui en désaccord.

À la tête du Marathon des Sables depuis 2023, Cyril Gauthier n’est pas arrivé comme un pot de fleur, loin de là. Pendant plus de dix ans, il a prépare son terrain. Intégré à l’organisation de la course dès 2010, il y prend progressivement une place centrale, jusqu’à en assurer la direction conjointement avec les fondateurs, Patrick Bauer et Marie Bauer, entre 2012 et 2017. En 2014, il devient le principal actionnaire, détenant 35 % du capital de l'entreprise, avec une idée déjà bien installée : préparer la suite. « Ce qui était convenu avec le couple fondateur et l’ensemble des actionnaires, c’est que je reprenne la totalité de l'organisation lors de leur départ », explique-t-il aujourd’hui.

Du côté de Patrick Bauer, la transmission ouvre pourtant une nouvelle ère : « Il y a cinq ans, on partageait encore ma voiture dans le désert. Et puis un jour, il m’a tendu la main en me disant qu’il voulait aller plus loin. » Après 37 éditions, il se retire alors même que l’épreuve est au sommet de sa notoriété. « Il faut savoir lâcher quand tout va bien, quand on est encore passionné, confie-t-il. Ce n’est pas simple, mais c’est important de passer le relais avec sérénité. »

Si Bauer insiste sur le respect qu’il porte aux choix de son successeur, il ne cache pas sa déception face aux transformations engagées. « Je ne veux pas faire polémique », prévient-il d’emblée. « Mais ce n’est pas du tout ce que j’espérais pour l’évolution du Marathon des Sables. » Au fil des décennies, l’épreuve s’était construite autour d’un imaginaire puissant : celui d’une aventure magique, du désert comme terrain d’introspection, et d’un rendez-vous annuel immuable. Un équilibre qu’il estime aujourd’hui bousculé. « Le Marathon avait sa marque de fabrique. Maintenant, je trouve qu’il n’y a plus la même âme. »

Cyril Gauthier Marathon Des Sables
Cyril Gauthier (Ian Corless / Marathon Des Sables)

D'une épreuve unique à sept formats

C’est sans doute dans la multiplication des formats que cette opposition de visions apparaît le plus nettement. En quarante ans, le Marathon des Sables est passé d’une épreuve unique à un ensemble de sept formats déployés sur plusieurs continents. Deux ou trois versions pourraient encore voir le jour « pour finir sa modélisation globale ». L'évolution reflète clairement la stratégie de Cyril Gauthier, entrepreneur de formation et fondateur de l’Ultra Trail World Tour, circuit international réunissant certaines des courses les plus emblématiques de la planète, que l'homme d'affaires a vendu à Ironman.

Cette dynamique s’inscrit dans une trajectoire amorcée bien avant sa prise de pouvoir. Dès 2017, il impulse la création du MDS Half (120 km) à Fuerteventura (Canaries). Une initiative que Patrick Bauer reconnaît volontiers comme pertinente à l’époque : « Cela permettait à des coureurs de se projeter vers le “big one” ». Ce qui n’était au départ qu’un test est rapidement devenu un modèle exporté au Pérou en 2018, dans le désert du Wadi Rum en Jordanie en 2022, puis en Namibie, en Cappadoce… jusqu’à Chamonix avec le format Crazy Loops, « une station d’hiver qui n’a rien d’un désert», rappelle Bauer.

Patrick Bauer Marathon des sables
Patrick Bauer, à droite (Ian Corless / Marathon Des Sables)

Pour Cyril Gauthier, cette diversification ne trahit pas l’ADN de la course, elle l'élargit. « Le désert ne doit pas être réservé à ceux capables de parcourir 250 kilomètres », défend-il. Du Legendary aux formats 120 km, en passant par les déclinaisons trek (format sans autosuffisance, avec bivouacs plus confortables et sans barrières horaires), ou encore le format Handi lancé en 2024, puis les Crazy Loops en 2025, l’ambition est d’ouvrir l’expérience du désert « à monsieur et madame tout le monde, à des profils de coureurs plus diversifiés et atypiques.»

Pour le fondateur, cette expansion interroge le sens même de l’épreuve. « On avait une perle dans un bel écrin, un rendez-vous annuel incontournable de tous les ultra-trailleurs du monde entier. Aujourd’hui, quand je vois plusieurs Marathon des Sables dans le monde, je ne m’y retrouve pas. Je comprends la logique de développement, mais pas cette boulimie d'organisation. Ce n’est pas ma manière de voir les choses. Malgré que ce soit une évolution pour certains, pour moi c’est plus une régression. »

Le mythe, à partir du moment où il y en 10 dans le monde, cesse d’être un mythe. 

Patrick Bauer

La multiplication des formats dilue-t-elle l’expérience originelle ou permet-elle, au contraire, de la faire vivre à plus grande échelle ? Les chiffres traduisent en tout cas un changement d’ampleur : d’environ 1 000 participants annuels à l’époque où seul le Legendary existait, le Marathon des Sables revendique désormais près de 6 000 coureurs à travers le monde. Une croissance que Cyril Gauthier relativise : « On parle de diversification, mais on reste loin d’événements à des dizaines de milliers de participants. »

Marathon des sables
(M. Miro Photo / Marathon des sables)

Quelles autres évolutions ?

Au-delà de la multiplication des formats, les transformations du Marathon des Sables touchent à la logistique, l’expérience coureur, et « à la philosophie même de l’épreuve ».

J'ai essayé de regarder le Marathon des Sables, pas comme je voulais qu'il soit, mais comme il était réellement. Il y avait 80% des choses extraordinaires dans son ADN. Et puis il y avait 20% des choses qui ne me convenaient pas.

Cyril Gauthier

Sur la question du transport, la rupture est nette. « Il n’y a plus d’avions affrétés », regrette Patrick Bauer. Pendant des années, l’organisation mettait en place des vols dédiés depuis Paris ou Londres jusqu’à Ouarzazate, facilitant considérablement l’accès à la course. Une pratique que Cyril Gauthier qualifie aujourd’hui d’« hérésie absolue et totale » : les sept avions repartaient à vide, générant une empreinte carbone difficilement justifiable. Désormais, les participants empruntent des vols commerciaux existants, une solution moins confortable, mais, selon lui, plus cohérente : « Tu gardes une trace carbone, mais tu n’en rajoutes pas une. »

Cette justification environnementale irrigue également l’organisation du parcours. Historiquement, le Marathon des Sables avançait comme une caravane itinérante, avec un bivouac différent chaque jour, un modèle exigeant sur le plan logistique mais au cœur de l’imaginaire de la course. « C’était mon grand trip avec mes pisteurs, se souvient Bauer, faire découvrir de nouveaux endroits chaque jour. »

Aujourd’hui, le nombre de bivouacs a été réduit de six à trois, chacun étant occupé pendant deux jours : un choix assumé avant tout pour réduire l’empreinte environnementale de la course, et non pour des raisons économiques. Une étape sur deux se court en boucle, ce qui réduit considérablement les déplacements. « On est passés de 67 camions à 24, et de 146 4x4 à 48 », détaille Gauthier. Les mauvaises langues diront qu’on a voulu économiser de l'argent. C'est tout le contraire, parce qu'être plus responsable, ça coûte très cher. »

Pour Bauer, la perte est ailleurs : « C’est moins varié. On reste dans une zone plus limitée. C’était une fierté de faire découvrir la diversité des paysages marocains. Et c'était aussi notre rôle, vis-à-vis du Maroc, de faire découvrir la beauté des sites que le pays nous offrait. » Par rapport aux camions de l'armée royale, qui l'ont accompagné pendant plus de 25 ans, « c'est dommage, parce qu'il y avait une telle complicité...»

Ces transformations s’étendent également à l’expérience quotidienne des participants. L’alimentation en est un bon exemple. Là où l’organisation proposait autrefois des repas collectifs, moments de convivialité et d’ancrage culturel, la logique actuelle privilégie l’autosuffisance et la réduction des déchets. « C’était aussi ça, l’accueil marocain », regrette Bauer, pour qui ces instants participaient pleinement de l’identité de la course. À l’inverse, Gauthier met en avant moins d’emballages, moins de produits industriels (« Le petit yaourt qui faisait rêver à la cantine, c’est terminé », résume-t-il), une consommation de viande réduite, en cohérence avec les pratiques locales.

L’introduction des téléphones, de la musique ou d’animations, qui remplace les cours de Tai Chi ou de Qi Gong le soir au coucher ou au lever du soleil, tranche avec l’isolement relatif des premières éditions. Bauer évoque une forme de « pollution sonore et visuelle », regrettant un temps où les téléphones étaient interdits, et où il avait mis en place un système de courrier distribué sous les tentes, une « poste du désert » baptisée Darbaroud, qui faisait circuler jusqu’à 70 000 messages en une semaine.

Camp Marathon des sables
(Marathon des sables)

Du côté des secours, les hélicoptères ont été remplacés par des buggies médicalisés capables d’intervenir rapidement sur le terrain. Enfin, la suppression des groupes électrogènes dans les camps des bénévoles, qui a permis de diviser la consommation électrique par cinq, la suppression du tee-shirt finisher remplacé par un bracelet moins coûteux en ressources... Cyril Gauthier revendique ces choix comme nécessaire pour inscrire l’événement dans les temps modernes. « Oui, c’est frustrant, reconnaît-il. Ce sont plein de petits changements désagréables au quotidien, mais on n’était pas allés assez loin. Et ça demandait des décisions fortes, que personne ne voulait prendre par peur de détruire l’événement. Mais si on veut continuer à faire exister une course aussi incroyable que le Marathon des Sables, il faut prendre ces décisions. »

Qu'en pensent les coureurs ? Si les visions de Patrick Bauer et Cyril Gauthier s’opposent frontalement, le regard des premiers concernés, les coureurs, apparaît, lui, nettement plus pragmatique. Nombreux sont ceux qui ont connu le Marathon des Sables sous différentes directions. Et si le départ de Patrick Bauer, figure historique et unanimement appréciée, a suscité des inquiétudes, l’arrivée de Cyril Gauthier n’a pas été accueillie avec hostilité. Chez ces « récidivistes », certains changements sont même salués, à commencer par des contrôles techniques jugés plus efficaces et une organisation globalement plus structurée. Mais comme résume justement Patrick Bauer « les coureurs s’habituent à tout ».

Marathon des sables
(A. Deroeux / Marathon Des Sables)

Un Marathon plus inclusif envers les femmes et les personnes en situation de handicap

Dans un registre moins conflictuel, le Marathon des Sables s’est également transformé sur le plan de l’inclusivité. Celui qui commence désormais les briefings de chaque étape en parlant des cycles menstruels, des tampons et des serviettes hygiéniques, a vu plus loins que s’attaquer uniquement aux enjeux environnementaux. Une entrée en matière volontairement directe, qui illustre une approche décomplexée de sujets longtemps considérés comme tabous. À l’origine de cette prise de conscience : les retours des participantes elles-mêmes, recueillis à travers des enquêtes de satisfaction et relayés par des équipes d’organisation plus jeunes, souvent plus sensibles à ces questions. « On s’est rendu compte que la gestion des règles étaient un stress majeur pour les femmes, bien avant la peur de ne pas finir la course», explique-t-il. « C'était un sujet, qui, en tant que mec, je n’y avais jamais pensé. » Des ajustements concrets ont suivi : installation de toilettes sur les checkpoints et des espaces 100% féminins dans les bivouacs.

Dans la continuité, l’organisation s’est également engagée sur le terrain de l’inclusion du handicap. Là encore, l’impulsion vient directement du parcours de l'entrepreneur, qui a déjà expérimenté ces démarches dans le cadre de ses activités professionnelles. « Il fallait montrer que l’inclusion n’est pas qu’un mot. » L’introduction de formats permettant à des personnes en fauteuil de participer est devenue l’un des marqueurs les plus visibles de cette nouvelle phase.

« À force d’insister, on s’est rendu compte que cette course n’avait pas de sens si elle ne portait pas aussi une mission », explique-t-il. Il la résume en deux axes : sensibiliser à la fragilité des environnements naturels, et démontrer, à travers l’expérience, une forme concrète de mixité sociale et d’égalité.

Marathon des sables
(Florent Fournier / Marathon Des Sables)

Une fracture sur le terrain associatif

Au-delà de la course elle-même, le Marathon des Sables a longtemps porté une dimension sociale forte. En parallèle de l’épreuve, Patrick Bauer avait crée l'association Solidarité Marathon des Sables, devenue aujourd’hui Solidarité Enfants des Sables. Implantée à Ouarzazate, l’association œuvre notamment pour l’accès au sport des jeunes et l’alphabétisation de leurs mères. Mais cette structure, dont près de 70 % du fonctionnement était historiquement financé par la course, traverse aujourd’hui une période délicate. Avec le changement de direction, le partenariat n’a pas été reconduit et les flux financiers associés ont cessé — une rupture d’autant plus choquante qu’elle intervient dans un contexte où Cyril Gauthier revendique par ailleurs un engagement sociétal fort, mais qui en dit long sur la relation entre les deux hommes.

Patrick Bauer ne cache pas son désarroi : « Il faut tout reconstruire. » Au-delà du financement, c’est aussi le lien direct avec les coureurs qui s’est distendu. Autrefois, des visites du centre étaient organisées en amont de la course, avec des bus affrétés pour favoriser les rencontres et encourager les dons. « Aujourd’hui, on n’est pas dans la même direction, alors rien n’est fait pour nous amener des concurrents et nous aider à avoir des dons », regrette-t-il. « Je ne veux pas mettre de l’huile sur le feu, mais nos relations ne sont pas au top. Sinon, je serais invité sur la course, j'aurai accompagné la transition pendant un an ou deux....» Bauer sera malgré tout à Ouarzazate dimanche, à la veille du départ des coureurs, et espère mobiliser des dons sur place.

L’organisation, qui avait supprimé la dernière étape du parcours, dite « de solidarité », a instauré à la place une contribution de 30 euros prélevée sur chaque inscription, désormais reversée à des projets de proximité et à des associations locales. « Il y a beaucoup de marketing, il ne faut pas se leurrer », avance Patrick Bauer, évoquant des promesses de dons, après une levée de fonds d’un million d’euros consécutive au séisme au Maroc, qui seraient restées sans suite — une affirmation que nous n’avons pas été en mesure de vérifier. « C’est affligeant, une déception totale. »

Marathon des sables
(Ian Corless / Marathon Des Sables)

Deux visions, deux rapports à l’argent et à la liberté

Si leurs visions s’opposent aujourd’hui, cela tient sans doute à leur rapport au modèle économique de la course. Lorsque Patrick Bauer lance le Marathon des Sables dans les années 1980, rien n’est acquis. Pendant près de vingt ans, l’épreuve se construit dans l’incertitude, avec des moyens limités et sans garantie de pérennité. Selon Cyril Gauthier, le fondateur « a mangé du riz pendant vingt ans ». Une fois l’équilibre trouvé, il a été soigneusement préservé, quitte à à figer certains aspects de son fonctionnement. C’est précisément ce que Gauthier dit avoir remis en question lorsqu’il était encore aux côtés des fondateurs. Selon lui, la force du Marathon des Sables risquait de devenir sa faiblesse. « Une fois qu’ils ont trouvé le modèle, ils ont rien voulu changer. Ce que je considérais comme une micro-évolution était vu comme une maxi-évolution », explique-t-il.

Contrairement à son prédécesseur, Cyril Gauthier ne dépend pas économiquement du Marathon des Sables. « Si j’ai pu racheter le MDS, c’est avant tout parce que les fondateurs savaient que je n’en avait pas besoins pour vivre. », explique-t-il. À la tête d’un groupe industriel dans la logistique et le marketing, IGL (Incentive Gestion Logistique), il dispose donc d’une indépendance financière qui lui permet de tester, investir, transformer, sans pression immédiate de rentabilité. « Mon salaire sur le Marathon des Sables, c’est zéro, affirme-t-il. Je peux faire des choses que d’autres ne font pas parce que mon driver n’est pas l’argent. Mais, attention, je reste avant tout entrepreneur !, rappelle-t-il. Je suis convaincu que dans 10 ans le MDS sera rentable.»

Sur un point, les deux hommes sont d'accord : refuser les sponsors et les partenariats éloignés de leurs valeurs, afin de préserver l’indépendance de l’événement face aux logiques marketing. Patrick Bauer, « l’artisan », a longtemps refusé les logiques d’industrialisation ou les sollicitations d’agences extérieures. Pour Cyril Gauthier, la politique est clair : il n'acceptera que des sponsors qui investissent dans sa mission handicap. « Je n'ai pas envie de faire des activations de marketing dans tous les sens, parce que j'ai toujours été frustré de voir les événements plus dirigés par les gros sponsors que par les dirigeants eux-mêmes.»

Marathon des sables
(M. Miro Photo / Marathon des sables)

Quel avenir pour le Marathon des Sables ?

Finalement « quand on tombe amoureux d’une course, on en voit toutes les qualités. Mais on ne voit plus forcément ses défauts », analyse Cyril Gauthier. Son regard, d’abord extérieur puis intérieur, l’a conduit à identifier ce qu’il considère comme des axes d’amélioration, au risque d’apparaître, parfois, comme celui qui « n'apporte que des mauvaises nouvelles. »

« Si on veut faire évoluer un événement, il faut aussi savoir s’en retirer à un moment, poursuit-il, dans une réflexion qui semble autant tournée vers son prédécesseur que vers lui-même. On a tous des durées de vie limitées dans la construction de modèles parce qu'après, on ne voit plus la course comme elle est. On voit finalement ce qu'on a envie de voir. Je passerai la main dans 10 ans, parce que je pense que là aussi, je serais has been. Aujourd'hui, pour moi, la chose la plus importante, c'est que je ne quitte jamais l'ADN qui m'a fait adorer le Marathon des Sables en tant que coureur, l'adorer en tant que bénévole, l'adorer en tant que dirigeant, et c'est pour ça que je veux remettre, les pendules à l'heure. »

Malgré leurs divergences, un point les rapproche pourtant : la conviction que le Marathon des Sables dépasse largement le simple cadre sportif. Tous deux évoquent cette « magie » propre à l’épreuve, sa capacité à créer du lien entre des individus que tout oppose. C’est peut-être là que réside, au-delà des débats, la véritable continuité de l’événement.

Reste désormais à savoir ce qu’il deviendra. Cyril Gauthier se donne une décennie pour mener à bien sa transformation, avec l’ambition d’en faire un levier d’évolution sociétale, notamment sur les questions d’inclusion, d’équilibre et de mixité sociale.

Patrick Bauer est avant tout fier d’avoir laissé derrière lui « une empreinte qui a toujours été positive », et souhaite simplement que l’épreuve fasse vivre aux autres ce qu’il a lui-même cherché à transmettre. « Je souhaite que Cyril Gauthier fasse vivre cette épreuve le plus longtemps possible, qu’il en organise autant que j’en ai organisé, et qu’il donne du bonheur aux gens. »

Malgré la distance prise, il n’est pas question pour lui de tourner la page avec amertume. « Je ne vais pas l’enterrer, je ne vais pas le mettre dans mon linceul, mon Marathon des Sables », insiste-t-il. La fin de son règne ne signe pas pour autant la fin de son histoire avec le désert. « Je ne peux pas quitter le désert comme ça. On a été mariés longtemps », avoue-t-il. Aujourd’hui, il consacre l’essentiel de son temps à son association et travaille à la création d’un nouvel événement, dont une première édition a déjà vu le jour cette année. « Ce n’est pas une course », précise-t-il, contraint par une clause qui l’empêche d’organiser une épreuve concurrente. L’ambition est ailleurs : attirer progressivement davantage de participants pour, d’ici deux à trois ans, financer à 100 % le fonctionnement de la Fondation Solidarité Enfants des Sables.

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