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ski roues par Nordeex
  • Santé
  • Training

On a skié en Bretagne et c’est génial !

  • 10 décembre 2019
  • 5 minutes

Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche est navigateur professionnel, ultra-trailer et reporter amoureux de la nature et des montagnes. Alpinisme, escalade, ski de randonnée ou paddle, aucun sport outdoor n’est étranger à ce grand voyageur.

Chaussures et skis aux pieds, bâtons en mains, nous avons skié sur de magnifiques pistes bretonnes accompagné d’un moniteur de cette discipline méconnue : le ski roues. Autrefois cantonné aux biathlètes et aux fondeurs pour parfaire leur préparation physique en été, le ski roues, ou rollerski, est devenu un sport outdoor à part entière.  

L’excitation est palpable. Je dois me pincer pour réaliser que je vais skier à quelques minutes de chez moi à la station de « Surzur » à proximité de Vannes et du Golfe du Morbihan. Collant chaud, gants, buff, genouillères, coudières et casque sur la tête, j’ai l’impression de rajeunir de 20 ans, au moment du plein essor du skate et du roller que je pratiquais sur les parkings et à la rampe d’Arradon, mon village de jeunesse.

Maël Croyal, mon moniteur de ski roues, m’attend. Son prénom sonne davantage breton que jurassien, vosgien ou savoyard mais je lui laisse une chance de me convaincre. « Tiens, voilà tes skis et tes chaussures, je t’ai amené des bâtons également », explique-t-il au bord de la piste. Je me chausse, me dresse debout avec mes roues aux pieds et réalise que mes bâtons peuvent titiller mes narines tant ils sont grands ! Il a dû me confondre avec une autre initiation, je ne culmine pas à la taille de Michael Jordan ! « C’est la bonne taille, c’est parfait, il faut au moins que les bâtons t’arrivent au menton ou au nez », dit-il, très convaincant. Pour le coup, notre initiation débute sans bâtons comme au jardin des neiges de Val d’Isère. 

https://www.youtube.com/watch?v=YyFbVRGQPbs&t=6s

Un chasse-neige sur le bitume ?

« Vas-y, montre-moi comment tu avancerais », m’incite Maël, paré de sa veste sans manches estampillée « Fédération Française de Ski ». Très vite, il me congratule, mes « pas de patineur » ne sont pas très esthétiques mais apparemment, « j’ai le geste ». Dès mes premiers pas, je sens des muscles jusqu’alors inconnus qui chauffent bien plus que lors de mes sorties de trail, de vélo ou de ski. Ça brûle dans les fesses, les cuisses se contractent, les mollets sont durs et en plus je dois gainer tout le corps pour avoir une efficacité maximale lors de ma poussée. Mon rythme respiratoire s’accélère, en symbiose avec mes battements de cœur. Je comprends pourquoi la VO2 max des biathlètes et des fondeurs d’élite est la plus élevée, tous sports confondus !

Au fait, comment on s’arrête ? « Tu écartes légèrement tes pieds et donc tes skis, puis tu resserres les avants très doucement comme pour faire un chasse-neige tout en contractant tes cuisses pour éviter que tes skis se touchent », explique mon prof. Quoi ? Un chasse-neige sur le bitume ? J’essaie la technique et, constatant que ça fonctionne très bien, je me lance plus rassuré sur les pistes.

Aucun « tire-fesse » ni télésiège

« Tiens, prends tes bâtons et essaie de skier avec maintenant », me glisse Maël. Bâtons en main, piste en ligne de mire, je me lance fièrement en m’imaginant avoir la même stature que Martin Fourcade et ses cinq médailles d’or olympique en biathlon. « Tes fesses sont trop en arrière, essaie de te redresser davantage, il faut que ton nombril se trouve juste au-dessus de tes pieds », me lance Maël, cassant mon image idéalisée. « Voilà c’est bien mieux ça ! », m’encourage-t-il. Place à la piste ! Bon, même si ce qu’on appelle « pistes » se révèlent être les routes qu’on emprunte en vélo ou en voiture, ça fait plus sérieux de les nommer « pistes ».


Très vite, la première chose qui me surprend est la vitesse qu’on est capable d’atteindre. Plus la « piste » est propre et lisse avec un bel enrobage, plus la vitesse s’élève en même temps que la sensation. C’est génial ! Je ventile bien, j’ai l’impression de faire un footing mais en plus ludique, aux bords des routes de campagne longeant les champs. 

Maël me montre plusieurs techniques possibles pour accroître l’efficience de la poussée et de la glisse, c’est impressionnant de voir à quel point il peut accélérer et me mettre une banderille comme un cycliste lâchant le peloton dans une montée de col. D’ailleurs, nous discutons des lieux idéaux à la pratique et j’apprends que le ski roues n’a pas de frontières tant que l’on prépare en amont sa sortie pour éviter d’emprunter des routes où un « stop » sépare une intersection après une descente.

« Je pratique le ski roues depuis longtemps et un peu partout, même dans les Alpes et sur des cols », assure Maël qui est aussi instituteur suite à une reconversion. Dans les descentes, on sent le souffle de l’air nous chatouiller le visage sans se sentir en danger à condition que le trafic ne soit pas dense. Arrivé en bas de la petite descente, au pied d’un petit pont bucolique, je ne vois aucun « tire-fesse » ni télésiège. « On va reprendre la descente dans l’autre sens », décide Maël, précisant qu’on en « profitera pour travailler les techniques de montée ».

En ski de fond comme en biathlon, les athlètes descendent mais montent aussi de nombreuses côtes, pas moyen d’y échapper si je veux suivre les roues de mon moniteur. C’est dur, fatiguant et très « cardio », le cœur s’emballe, le souffle aussi, mes bâtons partent dans tous les sens, mes pieds ne sont plus synchronisés du tout et je dois être loin de l’image du parfait biathlète. Petite pause, petite explication et vrai changement : « le pas de montée » m’est expliqué et me permet de beaucoup moins me fatiguer en plantant mes deux bâtons en même temps que je pose mon ski gauche. Génial ! « Il existe beaucoup de techniques différentes dans le ski de fond et les athlètes d’élite continuent de faire évoluer celles-ci », détaille-t-il tout en m’en présentant quelques-unes.     

(Maël Croyal)
(Maël Croyal)
(Maël Croyal)

Le succès de Fourcade comme accélérateur

En France, le ski roues est encore assez méconnu et seulement pratiqué par une niche de sportifs aimant la montagne l’hiver. Désormais, grâce à la médiatisation croissante du biathlon à la télévision et aux succès de Martin Fourcade notamment, ce sport devient plus pratiqué. « Tous mes cours pour enfants ont été pris d’assaut en début de saison, je leur propose du biathlon en ski roues avec des carabines laser et ils adorent ça ! C’est très ludique », souligne Maël. Comme un signe de cet intérêt croissant que portent les Français envers cette discipline, l’enseigne Décathlon propose des ski roues d’excellentes factures dans ses boutiques. « Ce sport, en plus d’être complet en faisant travailler tous les muscles du corps et l’appareil respiratoire, n’est pas très onéreux, comptez seulement 200 € pour acquérir du matériel très convenable », rapporte l’ancien ingénieur.

Ravi et satisfait d’avoir skié à trente minutes de chez moi, je rentre légèrement fatigué de mes 16 kilomètres d’initiation à ce sport que je ne connaissais que trop peu. Le succès du club « Ski Golfe », créé par Maël Croyal au printemps est fascinant : tous les cours affichent complets comme en témoignent les trente adhérents. « J’encadre cette discipline à titre bénévole donc les prix sont forcément attractifs », avoue l’amoureux de la montagne exilé dans le Morbihan. Finalement il n’y a qu’une station ou l’on n’attend pas la neige, c’est celle de Surzur.   

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