Déployer des dameuses à hydrogène, ou encore réduire l'utilisation des remontées mécaniques. Ces deux propositions figurent parmi une vingtaine de mesures faites par le syndicat professionnel "Domaines Skiables de France", pour atteindre l'objectif de neutralité carbone d'ici 2037 dans les 250 stations de ski françaises. Encourageantes, mais seront-elles suffisantes ?
Dans les Alpes françaises, les glaciers pourraient fondre à 90% d’ici 2100. Un constat plus qu’alarmant, s'inquiètent les "Domaines Skiables de France" (DSF). Début octobre, ses 250 membres se sont réunis pour mettre en place des solutions concrètes afin de lutter contre la hausse de température d’1,5°C prévue d’ici 2030 par le Giec.
Les 250 stations de ski françaises se sont donc engagées à viser la neutralité carbone d’ici 2037. Le tout en se concentrant sur la réévaluation de cinq pôles majeurs présents sur les domaines skiables : « le climat et l’énergie », « l’eau et l’agriculture », « la biodiversité », « les paysages » et « les déchets ».
Cependant, on peut regretter dans ce rapport l'absence de la prise en compte des hébergements - donc du chauffage - des restaurants, et surtout des transports, un des plus gros émetteurs de pollution dans les stations. Combien de temps faudra-t-il attendre avant que ces facteurs majeurs soient incorporés dans la transformation des stations ? De même, on se demande pourquoi attendre 17 ans avant d'obtenir la neutralité carbone, quand nos voisins suisses et scandinaves s'y attèlent depuis plusieurs années déjà. Ou pourquoi ne pas voir à l'ordre du jour du DSF l'interdiction totale du plastique, comme l'a fait en 2019 la station italienne de Pejo 3 000.

Engins de damage à hydrogène
Objectif zéro carbone. C’est un peu la « carotte » qui guide tous les projets proposés par les membres des DSF, à commencer par « soutenir l’émergence de la dameuse à hydrogène », notamment en formant, d’ici cinq ans, tous les conducteurs d’engins de damage à l’éco-conduite.
Des « dameuses » intelligentes pourraient aussi voir le jour pour faire des économies d’énergie : « Une cinquantaine de domaines skiables français se sont dotés d’un système de mesure de hauteur de neige pour leurs engins de damage. Le système équipe environ 200 engins de damage en France et permet une optimisation de la production de neige de culture, une baisse de la consommation de carburant et des heures de damage. Courchevel a ainsi réduit de 15% sa production de neige de culture, de 8% sa consommation de carburant et de 5% les heures de damage. »
Électricité plus propre
L’un des plus gros défis actuels de ces stations est de revoir la production de l’électricité pour générer une énergie plus verte. Parmi les premiers pas faits en ce sens, « au moins 48 sociétés de remontées mécaniques se sont engagées dans une démarche durable pour réduire leurs émissions de CO2 en s’approvisionnant désormais exclusivement en énergies renouvelables : hydroélectricité, éolien et photovoltaïque ».
Serre Chevalier semble aussi se distinguer dans la course à l’électricité propre. Le domaine est « le premier et le seul domaine skiable au monde à produire sa propre électricité en combinant les trois énergies renouvelables. Des panneaux photovoltaïques souples sont installés sur les gares d’arrivée des télésièges. Le programme hydroélectrique utilise le réseau de neige de culture pour produire une énergie propre et renouvelable, à partir de la force de l’eau qui circule dans son réseau, par gravité. »
Les remontées mécaniques sont aussi dans le viseurs : « à Val Cenis, une plateforme informatique permet de connaître, en temps réel, la consommation des appareils et des locaux annexes, afin d’adapter leur fonctionnement selon les horaires de présence du personnel, l’affluence des skieurs, la température extérieure, etc. (…) Les économies d’électricité attendues à l’échelle d’une saison sont comprises entre 10 et 30% ». Un système qui tend à être généralisé à toutes les stations d’ici deux ans.
Eau et agriculture
Pour économiser l’eau et la neige dans les stations, « les exploitants dont la flotte d’engins de damage dépasse 6 engins de damage s’engagent à mesurer la hauteur de neige en différents points des pistes pour optimiser les volumes produits au fil de la saison »
Et parce que le réchauffement climatique ne touche pas que la saison hivernale, « en situation de sécheresse, les domaines skiables disposant d’un stock d’eau partageront la ressource avec les éleveurs de leurs territoires ». Une réserve qui pourra aussi être utilisée en cas d'incendie dans ces territoires.
Biodiversité et déchets
« Chaque exploitant disposera sous cinq ans d’un inventaire des connaissances environnementales des espaces naturels concernés (faune, flore, zones humides, zones d’hivernage, zones de reproduction, etc.). Cet inventaire est mis à jours dans les secteurs où des travaux se tiennent », indique la charte des éco-engagements des DSF.
Enfin, pour limiter la pollution en montagne, des sessions de ramassages dans les espaces naturels devront être organisées au moins une fois par an dans chaque station, doublées d’une « sensibilisation des skieurs à la réduction des déchets dans 100% des stations / sites, en partenariat avec des associations ».
En attendant que l’on puisse constater les bénéfices de ces premières initiatives qu'on aimeraient plus audacieuses encore, rappelons qu’à titre individuel, on peut aussi agir pour limiter son impact sur l’environnement. La Fondation Kilian Jornet propose de nombreux conseils pour y parvenir, à consulter ici.
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