Dès cette saison, les alpinistes qui tenteront l’Everest devront redescendre au moins deux kilos de déchets collectés au-dessus du camp II, intégrés aux huit kilos déjà obligatoires. Une nouvelle règle qui vise enfin les camps supérieurs — là où s’accumulent depuis des décennies bouteilles d’oxygène vides, tentes déchirées et déchets humains.
La nouvelle règle
Depuis 2014, les alpinistes doivent redescendre au moins huit kilos de déchets au camp de base, sous peine de perdre une caution de 4 000 dollars. Une règle longtemps contournée par les prétendants à l’Everest : pour remplir leur quota, beaucoup ramassaient des détritus dans les zones basses — plus accessibles — en délaissant les camps supérieurs.
C’est précisément ce que veut empêcher le Sagarmatha Pollution Control Committee (SPCC), qui introduit une nouvelle obligation : au moins deux kilos devront désormais être collectés au-dessus du camp II, notamment dans les camps III et IV sur la voie du col Sud, rapporte The Himalayan Times.
La mesure a été approuvée par le Department of Tourism népalais et entrera en vigueur dès la saison d’ascension du printemps 2026.
Pour s’assurer de son application, une équipe de contrôle sera stationnée au camp II afin de vérifier les charges des alpinistes qui redescendent, explique également Tourism Times. Jusqu’ici, les contrôles se limitaient essentiellement au camp de base.
« Les grimpeurs remplissaient l’obligation de huit kilos en collectant des déchets plus bas, laissant ceux des camps d’altitude sur place », a expliqué Tshering Sherpa, directeur exécutif du SPCC, cité par The Himalayan Times.
Les camps d’altitude dans le viseur
Depuis l’essor des expéditions commerciales dans les années 1980, la voie normale de l’Everest, par le col Sud, s’est peu à peu transformée en autoroute. Chaque printemps, plusieurs centaines d’alpinistes — auxquels s’ajoutent sherpas d’altitude et équipes logistiques — se répartissent dans une chaîne de camps installés entre la cascade de glace du Khumbu et le col Sud, à près de 8 000 mètres.
C’est dans ces camps battus par le vent et le froid que s’accumule l’essentiel des déchets laissés par des décennies d’expéditions : bouteilles d’oxygène vides, tentes déchirées par les tempêtes, emballages alimentaires ou matériel abandonné.
Au fil des saisons, ces camps d’altitude sont devenus de véritables décharges suspendues. Autour du col Sud — dernier camp avant le sommet — 40 à 50 tonnes de déchets pourraient encore subsister, selon plusieurs responsables sherpas ayant participé à des opérations de nettoyage sur la montagne.
À raison de deux kilos redescendus par alpiniste, il faudrait plusieurs décennies pour évacuer entièrement ce stock. La nouvelle règle vise donc surtout à empêcher que ces déchets continuent de s’accumuler.
Car, à ces altitudes, redescendre un kilo de matériel demande presque autant d’efforts que de le monter. Et dans la zone de la mort, où chaque pas coûte de l’oxygène, la tentation de laisser derrière soi ce qui ne sert plus reste forte.
Les excréments aussi dans le viseur
À partir de cette saison, les membres des expéditions ne pourront plus utiliser leurs propres sacs pour les déjections humaines. Ils devront obligatoirement employer ceux fournis par le SPCC et la municipalité rurale de Khumbu Pasang Lhamu, précise Tourism Times.
Ces sacs seront enregistrés puis récupérés au retour des expéditions afin d’éviter qu’ils soient abandonnés sur la montagne.
Le SPCC envisage également de définir une zone spécifique de dépôt d’ordures au camp IV en cas d’urgence. Les déchets pourraient alors être redescendus lors des saisons suivantes, indique encore The Himalayan Times.
Un Everest de plus en plus réglementé
En parallèle de ces nouvelles règles, les autorités népalaises ont lancé plusieurs campagnes de nettoyage d’ampleur. Depuis 2019, l’armée népalaise organise chaque printemps des opérations sur l’Everest et d’autres sommets himalayens : plus de 110 tonnes de déchets ont déjà été redescendues lors de ces missions.
Des initiatives privées, comme l’expédition Eco Everest, menée par des guides népalais depuis 2008, ont elles aussi permis de retirer plusieurs dizaines de tonnes de déchets historiques laissés par les anciennes expéditions.
Cette volonté de reprise en main passe aussi par un durcissement de la réglementation. En février dernier, le Népal a ainsi adopté un projet de loi visant à durcir les règles d’accès au sommet. Parmi les mesures envisagées : l’obligation d’avoir déjà gravi un sommet de plus de 7 000 mètres… au Népal, avant de pouvoir obtenir un permis pour l’Everest, comme nous l’expliquions récemment.
Objectif affiché : limiter la présence d’alpinistes inexpérimentés, mieux encadrer l’industrie des expéditions et protéger l’environnement de la montagne. Un défi de taille pour les autorités népalaises qui, jusqu’ici, malgré les images d’embouteillages près du sommet, ont continué de délivrer chaque année davantage de permis pour le toit du monde.
Reste à voir si ces nouvelles règles seront réellement appliquées sur le terrain. Comme l’a résumé Rishi Bhandari, secrétaire général de l’Association des opérateurs d’expéditions du Népal, cité par The Himalayan Times : « Le plus important désormais n’est pas d’écrire des règles, mais de s’assurer qu’elles soient réellement mises en œuvre. »
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