500 dollars pour dix jours… Depuis 1992 l’accès à certaines régions du Népal, telles que le Haut Mustang supérieur et le Haut Dolpo restent très élevé, comparé à d’autres zones du pays. Au point de décourager la plupart des trekkeurs, s’inquiètent des autorités locales qui viennent de se mobiliser pour mettre fin à ces « permis premium » afin de favoriser le tourisme. Au risque d’affecter la culture et l’environnement de régions restées pratiquement intouchées jusque-là ?
Lorsque le Népal s'est ouvert au trekking et à l'alpinisme, deux des cinq districts transhimalayens (une zone couvrant 18% du territoire) ont été interdits aux étrangers, à savoir le Haut Dolpo et le Haut Mustang. Des régions fascinantes imprégnées de culture tibétaine et très convoitées par les trekkeurs, mais que Katmandou souhaitait protéger, tant pour des raisons culturelles qu’environnementales. Depuis leur réouverture en 1992, il est possible d’y accéder, mais en en payant le prix fort. Car contrairement aux autres zones de trekking, chaque visiteur doit payer à l'Annapurna Conservation Area Project (ACAP) 500 dollars pour 10 jours et 50 dollars supplémentaires par jour supplémentaire. Rien à voir avec les tarifs pratiqués dans les trois autres districts. Dans l’Humla par exemple il en coûte 50$ par semaine par personne, et dans le Manang de 75 à 100$ suivant la saison.
Depuis, le Népal est devenu une république fédérale et bien des choses ont changé. Notamment dans le Haut Mustang. Une autoroute relie désormais Pokhara à Jomsom et Lo Manthang, la capitale de ce district, jusqu'à la frontière chinoise. Aussi les habitants de la région estiment-ils qu'il n'est plus logique aujourd’hui de faire payer des droits aussi élevés, car cela a un impact sur l'économie locale. Et ils entendent bien faire bouger les choses, chiffres à l’appui. Sur les 71 707 touristes qui ont visité le Mustang en 2022/23, seuls 3 388 se sont rendus dans le Haut Mustang. Le tourisme dans la région aurait donc presque retrouvé les niveaux pré-covid, mais les « permis premium » freinent bien évidemment l’essor des zones jadis interdites.
"Les droits de permis pour les zones réglementées sont trop élevés et nous aurions beaucoup plus de touristes et de revenus locaux s'ils étaient supprimés", affirme ainsi dans le Nepal Times Tashi Norbu Gurung, président de la municipalité rurale de Lo Manthang. D’autant, ajoutent les élus, que la majeure partie de la taxe est reversée à l'ACAP et que les municipalités locales n’en voient pas vraiment la couleur. Soutenu par les présidents des municipalités rurales voisines, Tashi Norbu Gurung a donc récemment présenté une pétition au Premier ministre Pushpa Kamal Dahal, au ministre de l'intérieur Narayan Kaji Shrestha, au ministre en chef de la province de Gandaki Surendra Pandey et au ministre des forêts et de l'environnement Birendra Kumar Mahato afin de retirer le Mustang supérieur de la liste des zones réglementées.
Si leurs arguments sont entendus à Katmandou, l’accès au Haut Mustang pourrait enfin être accessible au plus grand nombre dans une région connue pour ses paysages montagneux arides et désolés, son ancienne culture tibétaine et ses hauts lieux historiques. Et il pourrait donner également des idées dans le Haut Dolpo, soumis lui aussi au « permis premium ».
Tout comme le haut Mustang, cette région népalaise de haute altitude connue pour son extraordinaire beauté est restée largement intouchée par les influences extérieures, en grande partie à cause de son inaccessibilité mais aussi des restrictions de trekking qui en interdisaient l'accès jusqu'à il y a un peu plus de vingt ans. Un fragile équilibre culturel et environnemental encore protégé par les tarifs d’accès imposés aux visiteurs, mais qui pourrait être mis à mal par une ouverture plus démocratique certes, mais susceptible de générer certains des effets négatifs observés dans d'autres régions du Népal : développement des constructions non réglementées, augmentation du coût de la vie pour les locaux, vols d'antiquités et impact sur l'écologie fragile de la région. D’ailleurs parmi les défenseurs les plus ardents d’une baisse des tarifs dans le Haut Mustang, on compte les investisseurs de certains des nouveaux hôtels haut de gamme qui ont vu le jour à Jomsom, Lo Manthang et le long de la piste entre les deux, bien convaincus que la suppression du droit d'entrée augmentera la fréquentation touristique.
Pour en savoir plus sur les tarifs d’entrée dans les zones protégées, c’est ici
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