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La Meije
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  • Alpinisme & Escalade

Mort du guide Bruno Gardent, alpiniste et promoteur de l’esprit libre de La Meije

  • 18 décembre 2024
  • 3 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

C’est l’une des grandes figures de la Grave, qui a disparu lundi dernier : Bruno Gardent, guide de haute montagne et élu de la commune des Hautes Alpes. Auteur de la première solitaire hivernale de la directe de la face nord de la Meije, au cœur du massif des Écrins, il était également l’un des plus fervents artisans de l’esprit de cette station atypique.

« Salut Bruno, figure de la Grave, avec ton franc-parler, tes idées arrêtées, ta volonté. Tu as été le guide de ton chemin…. Repose en paix après ce dernier combat. La Meige, que tu scrutais tous les matins, va prendre soin de toi. », publiait hier sur Facebook la Compagnie des guides de la Vanoise, en hommage à leur compagnon, mort d'un cancer lundi 16 décembre.

Alpinisme - disparition. Bruno Gardent, l’homme libre de la Meije s’en est allé
➡️ https://t.co/Na7FNx4Inv pic.twitter.com/QMA7ElN7mf

— Le Dauphiné Libéré (@ledauphine) December 17, 2024

Menuisier charpentier, compagnon du tour de France, ce Parisien d'origine, avait trouvé son coin de paradis à la Grave, face à La Meige, son terrain de prédilection, dont sa famille paternelle était originaire. Il s'y s’imposera vite comme l’un des guides les plus appréciés. Une passion qu’il s’était attaché à transmettre – on lui doit notamment un guide de l’escalade sur glace, paru chez Glénat en 1990. Un métier dont il défendit sans faillir les valeurs.

En 2021, il déclarait ainsi : « Il faut cesser de montrer que la montagne n'est qu'un support à des émotions fortes. Dans ma génération, pour aller en montagne, on était bien obligé d'affûter un peu l'outil. D'apprendre à grimper, d'apprendre à marcher et à se déplacer. Maintenant, grimper peut être juste une activité en soi, juste le but (…). Dans un premier temps, je me disais ‘à chacun sa montagne, finalement ce n’est pas grave. Il y a la pratique sportive et la consommatrice'. Mais en fait, ça nous rattrape et la pratique consommatrice est prédatrice de l’autre. Elle porte même la nécessité de la réglementation. (…) Il y a une tendance à la réglementation, à la normalisation. Moi je trouve cela dommage, parce que, autant on peut comprendre qu’il y ait des modes opératoires dans l'aviation par exemple (…) Mais [dans l’alpinisme ] on est dans un domaine où la personne choisit d'aller. Personne n’est obligé d'y aller. Donc on pourrait laisser une liberté d'action, de prise de risque, mais c'est de moins en moins vrai aujourd’hui (…) On parle beaucoup d'alpinisme raisonnable. Je n'arrive pas à comprendre, parce que l'alpiniste n’est fondamentalement pas raisonnable. L'alpinisme raisonnable, je pense que là, c'est vraiment une tromperie »

Un alpiniste aguerri

Une philosophie qui n’étonnera pas ceux qui dans les années 90 l’ont vu réaliser la première hivernale en solitaire de la directe de la face nord de la Meije. « Une montagne où l’on devient alpiniste », comme le disait Gaston Rebuffat, dont la face nord fait frémir les alpinistes les plus aguerris. Cette face, Bruno Gardent la connaissait bien. Avant son ascension solitaire, il y avait réalisé la 2e hivernale, en février 1989, avec Pascal Tournaire et Jean Charles Verchère. Plus de quinze ans après la 1re hivernale que Christian Exiga et Jean-Claude Marmier avaient faite, eux, avec dépose en hélicoptère pour l'approche (et reprise en hélicoptère au sommet à cause de graves gelures). 

Pas plus que ne s'en étonneront ceux qui l'ont vu aux côtés de Christine Janin dans une partie de son projet des 7 summits. Ni ceux qui ont suivi son combat en faveur de La Grave comme un espace de liberté non sécurisé où l’on skie sous sa propre responsabilité. Son idée première étant avant tout d'éduquer les gens plutôt qu’aménager la montagne.

Au coeur de la polémique sur le 3e tronçon du téléphérique

Longtemps adjoint à la sécurité montagne et au tourisme de La Grave, Bruno Gardent s’est pourtant retrouvé au cœur de la polémique sur l’extension du téléphérique à un troisième tronçon, projet dont il était l’un des porteurs. En 2021, il expliquait certes au Monde « Regardez la géographie alentour : ici, ça aurait pu être La Plagne !  S’il n’y a pas d’immeubles partout, c’est que la population a dit oui au tourisme, mais pas à n’importe quel prix. Ça n’a jamais dévié. »

Mais dans le même article, il s’insurgeait contre la crainte des opposants au 3e tronçon du téléphérique de voir ressusciter le projet de méga-station reliant l’Alpe-d’Huez aux Deux-Alpes ? Voire l’étendre à La Grave. « Fantasme », répondait Bruno Gardent. « La SATA a une culture d’aménageur, c’est vrai, on a eu besoin de les éduquer. Mais ils ont compris que la valeur de La Grave, c’est la différence. » La liaison est-elle impossible, comme l’avance la filiale de la SATA ? « Pas complètement, admettait-il. Mais il faudrait que les locaux soient d’accord, la mairie aussi, et ce n’est pas parti pour. » 
Pour l’heure, ce projet extrêmement controversé reste en suspens, et l’avenir dira si Bruno Gardent avait raison de se montrer aussi optimiste.

Une cérémonie civile en hommage à Bruno Gardent se tiendra aux Hameau Les Hières, à La Grave, demain, Jeudi 19 décembre 2024 à 10h30.

 

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