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Mission survie : rendre l’eau potable avec (presque) rien

  • 5 août 2019
  • 4 minutes

David Manise David Manise

Bien sûr vous auriez dû emporter votre filtre à eau et/ou vos pastilles de type Micropur.  Mais oubli, sac perdu ou stock épuisé, quelle qu’en soit la raison, vous vous retrouvez ce jour-là  au milieu de nulle part et sans moyen de rendre potable cette eau trouble pas vraiment engageante. Pas de panique, Outside a demandé comment s'en sortir à David Manise, la référence française en matière de survie.

Quand, dans mes stages, je dis qu'on survit 3 jours sans eau POTABLE - j'ai quelques anecdotes pour en témoigner – et j'insiste sur POTABLE, il y a des semaines, comme ça, notamment en zone tropicale, où le mot solitude prend tout son sens... 

Savoir trouver de l'eau mais surtout savoir la rendre potable est une compétence précieuse. Une eau non potable peut réellement représenter un danger de déshydratation, et aller jusqu'à nous mettre vraiment HS pour plusieurs jours ou plusieurs semaines.

Dans un article aussi court, je vais volontairement zapper les aspects radiologiques et chimiques du traitement de l'eau, et parler essentiellement de ce qui touche aux pollutions biologiques, qui sont statistiquement le principal risque lié à l'eau en milieu naturel, et en amont des zones habitées et cultivées.

Seule option parfois, traiter de l'eau stagnante (David Manise)

Dans l'eau, 4 types de micro-organismes pathogènes

Les parasites. Comme la douve du foie, les échinocoques, etc. Ils sont relativement gros, faciles à filtrer (même avec un filtre improvisé), mais ils résistent très bien aux traitements chimiques comme aux UV. 

Les protozoaires. Parmi eux, les amibes, le cryptosporidium, etc. Eux aussi relativement gros et une partie d'entre eux pourront être filtrés avec des moyens improvisés. On ne peut pas toujours les éliminer avec une filtration au chlore. Seul le DCCNa (présent dans certains types de Micropur et dans les Aquatabs) peut en venir à bout (avec un temps de contact de 2h dans de l'eau froide).

Les bactéries. Salmonelles, coliformes, etc, etc. Beaucoup plus petites, elles nécessitent une filtration à 0,2 microns pour être arrêtées (impossible à reproduire avec des moyens improvisés). La plupart des filtres d'outdoor du commerce vont jusque-là, et permettent d'éliminer les bactéries de votre eau. Les bactéries sont également sensibles aux produits de traitement chimique comme le chlore et le DCCNa.

Les virus. Ils sont filtrés de manière incomplète par les filtres du commerce. Heureusement, ils sont très sensibles aux produits chimiques de traitement de l'eau, et même aux UV. 

La solution idéale consiste donc à avoir un filtre de terrain digne de ce nom (filtrant à 0,2 microns ou mieux, avec un étage de charbon actif et un complément chimique pour gérer les virus).


Comment improviser pour éviter les risques majeurs?

D'abord, rendre l'eau traitable

Une eau traitable par des moyens chimiques est une eau CLAIRE. Limpide. Autrement dit, une eau dans laquelle on ne trouvera pas de particules en suspension (qui peuvent absorber les produits chimiques en question et les rendre inutiles), ni de produits chimiques dissous. Et notamment pas de tannins, qui sont des antioxydants qui annuleront aussi l'effet des produits chimiques de traitement de l'eau. Bref, il faut de l'eau claire pour que le traitement chimique soit efficace. 

Pour éliminer les particules en suspension (ainsi que les parasites potentiels qui pourraient flotter ici et là), un simple filtre improvisé avec une bouteille d'eau minérale, un bouchon percé et un mouchoir en papier bourré au fond fonctionnera parfaitement. Faute d'un mouchoir, on peut aussi utiliser un tampon périodique, un chiffon non coloré propre, etc.

Premier objectif : enlever les particules en suspension (David Manise)
Au fond d'une bouteille en plastique, un mouchoir en papier servira de filtre (David Manise)

Pour éliminer les produits dissous, en revanche, la seule chose qui fonctionnera sera un passage à travers du charbon actif. Du charbon de bois ne fera pas l'affaire (et en plus ça risquera d'augmenter, à cause de la cendre, le pH de l'eau et de rendre le traitement chimique inutile). Si votre eau reste colorée après filtration et que vous n'avez pas de filtre au charbon actif, il est possible que le traitement chimique soit inefficace ou partiellement efficace. Parfois on choisira de boire l'eau quand-même, mais pour le coup on pourra le faire en connaissance de cause (et en pesant le pour et le contre avec un peu plus de lucidité).

Evidemment, si l'eau est déjà claire, inutile de faire quoi que ce soit : on peut y mettre directement notre traitement chimique, respecter le temps de contact (indiqué dans la notice), et boire.

Et l'ébullition ?

L'ébullition va éliminer tout ce qui est vivant dans l'eau : parasites, protozoaires et bactéries, mais pas (tous les) virus. En effet, de nombreux virus pathogènes (rotavirus, hépatites, etc.) sont seulement inactivés à des températures dépassant de loin les 100°C. Faute de mieux, c'est clairement une bonne option. Pas parfaite, mais carrément mieux que rien ! 

Inutile de laisser bouillir l'eau pendant plusieurs minutes, d'ailleurs, pour tuer les parasites, protozoaires et bactéries : amener à ébullition et laisser refroidir sera suffisant (même à très haute altitude, oui). Et pour les virus, même de laisser bouillir 25 minutes ne sera pas toujours suffisant.


Que faire du risque viral, du coup ?

Rien des points suivants ne constituera une garantie totale, mais ils mettront des pourcentages de chances du bon côté : 

  • avoir ses vaccins à jour (hépatite A, notamment) ;
  • secouer l'eau 60 fois dans une bouteille pour l'oxygéner après ébullition et la laisser 12 heures en plein cagnard (méthode SODIS) ;
  • ajouter un peu de jus de citron dans l'eau, ou encore un morceau de cuivre ou d'argent (vraiment pas facilement mesurable, mais faute de mieux ça aidera un petit peu) ;
  • tout ça à la fois ...

Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du forum vie sauvage et survie, il est également  à l’origine du CEETS, Centre d’Etude et d’Enseignement des Techniques de Survie.

Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment :  La vie est injuste, et à la fin tu crèves. « Un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique » et Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.

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