Mathieu Blanchard est un homme pressé. A peine remis d’un foudroyant UTMB où il a décroché une 3e place, à moins d’une heure du vainqueur, François D’Haene, le traileur est en route pour le Maroc où il compte bien « titiller les Marocains » si la forme est au rendez-vous, nous confie-t-il dans une longue interview. La forme, justement, parlons-en. Comment l’étoile montante de Salomon se prépare-t-il pour cette épreuve qui pourrait bien lui donner du fil à retordre ?
250 km à courir en sept jours et six étapes au cœur du Sahara, en autosuffisance alimentaire, le Marathon des Sables est tout sauf une partie de plaisir. Le 1er octobre, au Maroc, près de 700 concurrents seront pourtant au départ de sa 35e édition. Parmi eux, des "coureurs lambda", « de 16 à 83 ans « aime bien rappeler l’organisation - tous bien entraînés, on le leur souhaite, vu l’épreuve- quelques célébrités, dont l’inclassable aventurier Loury lag et trois ex participants de Koh-Lanta, Dorian, Alix et… Mathieu Blanchard qui, s’il est associé à cette assez improbable team, va également faire cavalier seul en tant que coureur élite. Pas de quoi, inquiéter un Rachid El Morabity ou un Mohamad Ahansal, indéboulonnables vainqueurs du Marathon des Sables ? Voire.

Mathieu Blanchard a tour à tour étonné lors de son record du GR A1, fait un peu sourire certains lors de son passage éclair dans l’émission de Denis Brogniard, et fait rire carrément jaune ceux qui l’attendaient au détour à Chamonix le 28 août et qui l’ont vu décrocher la 3e place du podium avec un chrono de 21:12:43. Or, voilà qu’il va se retrouver le 2 août au départ d’une épreuve qui pourrait valoir un vrai choc thermique à ce Français, québécois d’adoption. Interviewé à quelques jours de son départ pour le Maroc, il s’explique sur sa préparation.
Chaleur, sable, comment vois-tu cette épreuve, plutôt éloignée de ton terrain d’entrainement habituel ?
« Ca ne me semble pas si dur que ça, vu la distance, répartie sur plusieurs jours. En termes de volume, ça ressemble à une semaine d’entrainement pour l’UTMB. Soit 200 à 250 km hebdomadaire mais sans le gros dénivelé, donc à priori, plus facile. Mais en montagne on profite des montées pour marcher, et donc récupérer un peu. Là, on a affaire à du plat tout le temps. Et, si j’en juge par mon expérience du marathon, où l’on court longtemps, essentiellement sur du plat, ce n’est pas forcément simple. Sur la distance, les jambes commencent à chauffer. Ajoute à cela la chaleur, et ça peut rendre la course difficile. Par ailleurs, en période d’entrainement, j’avale un gros volume de course mais, une fois rentré chez moi je peux récupérer, entre automassages et 9 heures de sommeil dans un bon lit. Là on va dormir quasiment par terre, dans le froid des nuits du désert et la récupération risque d’être moindre.
La course est en auto suffisance alimentaire, comment comptes-tu gérer ce paramètre ?
C’est un point clef. Notre sac est limité en poids. 15 kg maximum, tout compris, vivres et matériel de sécurité. Or chez moi, je peux absorber de grosses quantités de nourriture, et de calories. Là, je vais perdre environ 6000 calories par jour et ne pourrai en emporter que 2000 en me concentrant sur des aliments offrant un rapport de 1 à 5, autrement dit, 100 grammes pour 500 calories. Soit 1500 calories réparties en 500 calories par repas auxquels tu ajoutes 500 calories, entre les gels et les barres avalés en cours de route. L’impact n’est donc pas le même au niveau de l’énergie. Cela dit, mon expérience à Koh-Lanta pourrait m’être utile. On n’y mangeait pas beaucoup et les efforts étaient souvent intenses. J’ai donc déjà ressenti cette sensation d’hypoglycémie. Il faut juste baisser un peu d’intensité et ne pas faire le fou. J’aurais peut-être pu prendre un kilo de nourriture de plus, mais j’ai joué la légèreté, essentielle en course. C’est un risque, mais je le prends, après avoir étudié beaucoup l’expérience d’explorateurs comme Loury Lag, par exemple. Par ailleurs, contrairement à ce que je fais habituellement pour une compétition en montagne, je ne me suis pas spécialement affuté au niveau poids. Généralement je perds 3 à 5 kg avant la course, histoire d’être le plus léger possible. Là, je pars à 68 kg pour mon 1,74 m. Je pourrai donc puiser dans mes réserves.
Le sac est capital dans le Marathon des sables, comment as-tu préparé le tien ?
Là, je me suis vraiment creusé la tête, j’ai adopté une nouvelle approche pour grapiller le moindre gramme. Au final, j’ai trouvé le sac de couchage le plus léger possible, 200g. Idem pour mon sac à dos, je ne l’ai pas encore pesé, car je dois encore reconditionner en petites poches ma nourriture lyophilisée, mais je tends vers les 6,5 kg, soit le minimum exigé par l’organisation. Reste qu’à l’entrainement, ces jours-ci, j’ai 10 kg sur le dos. Entrainement que j’ai commencé dès le 10 septembre, une fois récupéré de l’UTMB qui a laissé quelques traces quand même.
Tu vis au Québec, ni le sable ni la chaleur ne te permettent de t’entrainer dans des conditions similaires à celles du MDS. Comment as-tu intégré ces paramètres ?
Tout simplement avec une séance de sauna par jour. J’ai un peu d’expérience de la chaleur, mais d’une chaleur humide, lors de courses en Guadeloupe, ou en Polynésie, ce qui est plus dur que la chaleur sèche du désert. Il faut bien sûr se protéger la peau du soleil et surtout travailler son accroche dans le sable. L’idée étant de mettre un pied dans l’axe et l’autre, derrière, en perpendiculaire, comme une ancre. Il parait que l’essentiel du Marathon des sables se déroule sur des sections plates où le sable est dur, ou carrément rocailleuses. Il y a peu de parties molles, de grosses dunes où, j’ai cru comprendre, les côtés situés à l’ombre sont plus fermes que ceux exposés au soleil. Là, en début de course, je vais me mettre aux fesses des Marocains et observer comment ils évoluent. C’est leur terrain, ils savent comment s’y prendre. Je vais apprendre, avant de pouvoir évoluer en autonomie, car je n’ai pu m’entraîner qu’un peu sur les dunes camarguaises, qui ne font que deux mètres.
Ca m’excite, pour moi, c’est tout nouveau et j’ai un peu la boule au ventre. Sur un ultra classique, j’arrive à dormir la veille maintenant. Mais là, ça remet un peu de bois dans la cheminée, c’est cool de ne pas toujours faire la même chose !
Quelle préparation mentale adoptes-tu ?
Je suis accoutumé à la douleur. Tu sais qu’elle va venir et que la vraie limite est plus loin que ce que te proposent ta tête et ton corps. Après un down, tu sais que tu peux avoir un up. Alors, avant chaque course je liste une série des réponses positives à une question essentielle : pourquoi je suis là aujourd’hui ? Chaque course est unique pour moi. Et il m’appartient de définir pourquoi je la fais. Aussi, quand en cours de route je n’ai plus de lucidité ni d’énergie, je sors mon petit papier de ma poche, les réponses sont là. Et du coup je passe la vague. Ces raisons, elles sont intimes et aussi, plus largement, elles me rappellent que j’ai l’occasion de vivre une aventure exceptionnelle, qui me sort de ma zone de confort. Sans compter, que je me souviens alors que après tout ce travail fait en amont je ne peux pas jeter l’éponge. La seule raison possible qui pourrait m'arrêter, ce serait la blessure, la fracture, ou le mal des montagnes, comme je l’ai déjà vécu en 2018, dans l’Atlas, au Maroc. Et puis je n’oublie pas que je cours aussi en équipe, avec des partenaires de niveaux très différents. Alice (de Koh Lanta) entend juste finir le MDS. Loury va courir pieds nu, autant dire qu’il n’ira pas vite. Et Dorian, c’est un bon coureur sur route mais sur du très long, il a moins d’expérience. Donc chacun fera sa course mais j’ai aussi envie de partager un bon moment avec mes coéquipiers que j’apprécie énormément. »
Les Marocains restent les rois sur cette épreuve, as-tu étudié leur approche ?
J’ai regardé des vidéos, ils sont vraiment impressionnants, au-dessus du lot. C’est comme en marathon : il y a les Kenyans, et il y a les autres. Leur facilité et leur agilité sont déconcertantes, mais ils sont chez eux et pour la famille Morabity, courir dans le désert, c'est comme pour moi courir sur le Mont Royal, à Montréal, ou dans le Lubéron. Mais j’ai bien envie d’aller les titiller sur leur terrain ! Et on va être ensemble pour une semaine, dans le camp, j’espère bien pouvoir les rencontrer et comprendre leur philosophie.
Quel est ton objectif sur cette course atypique pour toi ?
Donner le meilleur de moi-même, mais c’est dur de te répondre. Car ce qui m’inquiète, c’est la récup de l’UTMB. Un mois seulement s’est passé depuis Chamonix. Je n’ai pas d’indicateur de mon niveau de récupération. Je verrai donc après la première étape. Si mon corps répond, je vais aller taquiner les Marocains. Sinon, je prendrai le Marathon des sables sous l’optique « touriste », car ma prochaine étape, c’est l’Ultratrail Cape Town fin novembre, course très compétitive, et j’aimerais autant y arriver en forme et bien clore la saison.
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