La saison dans le massif du Mont-Blanc a repris le 25 mai, mais la « gravité » des accidents est en hausse. Paradoxalement, on compte moins d’opérations de sauvetage, et plus de victimes dans les montagnes. Stéphane Bozon, Commandant de Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix, revient sur l'interprétation de ces chiffres, tout en alertant sur les conditions montagnardes du mois d’août.
Il y a quelques jours, le journal Le Messager mettait en lumière la hausse des accidents mortels « chez les alpinistes et randonneurs depuis mai, par rapport à l’année dernière » dans le massif du Mont-Blanc - à hauteur de « 20 contre 12 ». Après vérification, il semblerait que ces chiffres sont plus compliqués à interpréter que ça. « Rien de plus alarmant que d’habitude » selon le Commandant Stéphane Bozon, qui insiste plutôt sur les précautions à prendre pour le mois d’août.
En comparant les chiffres d’accidents de montagne entre mai et juillet 2019 et 2020, Stéphane Bozon remarque « un petit peu plus de décès en alpinisme », soit 5 morts pour 113 opérations en 2019, contre 7 morts pour 92 opérations cet été. Mais « contrairement au mouvement d’alerte qui prend place depuis quelques jours, ces chiffres sont dans les normes habituelles », assure-t-il. Une hausse qu’il explique notamment par « une gravité plus marquée des accidents ».
Autrement dit, « la différence avec les années précédentes, c’est qu’après le confinement, les gens sont sortis rapidement pour essayer de rattraper le temps perdu. En sortant tout aussi intensément (en volume) depuis le 25 mai, on observe davantage de décès que l’année dernière. Mais ils sont liés à des fautes techniques individuelles, notamment dans des coins où l’assurage est très problématique », constate le Commandant de la PGHM.
Une probable dégradation après la vague de chaleur
Cependant, Stéphane Bozon tient à alerter les sportifs sur l’évolution des conditions en montagne pour le mois d’août. « Les conditions en montagne en juillet étaient très bonnes. En revanche, elles se dégradent en ce moment, notamment après la vague de chaleur. La montagne a séché, on craint une dégradation des conditions pour ce mois-ci », annonce-t-il.
Attention à une possible accentuation des phases caniculaires, « qui pourrait engendrer une déstabilisation de la montagne plus marquée qu’en juillet, notamment suite aux isothermes 0° qui ont été très hauts et à la chaleur - donc gare aux éboulements et aux chutes de pierre. Il faut rester particulièrement vigilant, et bien analyser la suite des événements. À moins que la tendance ne s’inverse avec des températures plus fraîches en août et des tombées de neige », ajoute le Commandant.
Préparer ses courses, les recommandations du PGHM
En randonnée pédestre :

Le Commandant de la PGHM recommande vivement de ne pas partir seul en randonnée. Avant de se lancer sur les sentiers, partagez votre itinéraire avec une tierse personne et ne quittez pas cet itinéraire. Étudiez un chemin à la hauteur de vos capacités physiques et techniques, et évitez de sortir des sentiers. Renseignez-vous sur la météo, et ayez un moyen de communication.
« Il faut être conscient de la préparation théorique des sites topographiques que demande une randonnée. À l’heure où fleurissent les topoguides, il faut impérativement repérer les endroits où il faut redoubler de vigilance, noter les sentiers qui deviennent raides. La principale cause d’accident en randonnée pédestre, c’est le trébuchage. Il faut aussi savoir qu’en début de saison, quand il y a encore des névés, si l’on n’a pas de crampons aux pieds et qu’on marche sur de la neige, c’est la glissade assurée - et potentiellement une chute mortelle », alerte-t-il.
En alpinisme :

Là aussi, la préparation physique et théorique est indispensable - et même plus importante qu’en randonnée. « L’alpinisme doit se faire par progressivité. On commence par des courses faciles, puis peu difficiles, assez difficiles, et enfin difficiles. Il faut augmenter crescendo sa pratique, et ne surtout pas surestimer ses capacités techniques et physiques. Pour préparer son ascension, il faut étudier la cotation par rapport à son niveau d’escalade et repérer les itinéraires de descente. On peut s’aider des topoguides, mais aussi de l’office de haute montagne à Chamonix. Et si l’on n'est pas sûr de soi, il vaut mieux payer les services d’un guide », explique le Commandant. Sans oublier de consulter la météo bien sûr ... et de s’en méfier : « attention aux orages, ils peuvent arriver plus vite que prévu ».
Pour en savoir plus sur la préparation de randonnée en haute altitude, c'est ici.
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