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Maryline Nakache
  • Aventure
  • Trail Running

Maryline Nakache : « La Sainté-Lyon, c’est une course qu’il faut vivre au moins une fois dans sa vie »

  • 3 décembre 2023
  • 5 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Traileuse aussi acharnée qu’hyperactive, Maryline Nakache est arrivée 3e  de la SaintéLyon. Une course mythique qu’elle a découvert pour la première fois la nuit de samedi à dimanche. Et qui est bien loin de la technique TDS (145 km ; 9100 D+) qu’elle a remportée cet été. Mais la Marseillaise de 39 ans est avant tout guidée par le plaisir et la soif de découverte. C’est d’ailleurs ce qui l’a poussée, il y a presque deux ans, à troquer sa vie d’ingénieure pour la vanlife. Nous l’avons rencontrée samedi à Lyon, quelques heures avant qu’elle ne prenne le départ.

Son palmarès parle pour elle : championne de France de Trail Long en 2018, vainqueure de la 6000D la même année, de deux Eco-Trail de Paris (2019 ; 2022), et plus récemment, une belle 1e place sur la TDS (145 km ; 9100 D+) venue confirmer ses superbes performances de l’année – 2e sur le Lavaredo Ultra Trail (120 km ; 5850 D+) et victoire sur le Marathon des Sables (250 km en six étapes), ce qui, pour sa première participation relève de l’exploit. Car certes, Maryline Nakache est habituée aux courses d’endurance, mais celle-ci est particulièrement relevée, avec des étapes pouvant atteindre 90 kilomètres par jour, le tout en auto-suffissance par des températures insoutenables (jusqu’à 48° cette année). Des conditions difficiles que semble apprécier la traileuse qui s’est lancée dans un tout autre défi en cette fin d’année : les 78 kilomètres de la SaintéLyon, une course réputée roulante mais non moins exigeante, -7°C étant annoncés sur les monts du Lyonnais entre samedi et dimanche.

Comment tu sens à quelques heures du départ de cette 69e Sainté-Lyon ? 

Plein de sentiments différents s’entremêlent. Je suis excitée. J’ai hâte. J’ai peur – mais ça c’est du bon stress aussi. En même temps, je me languis d’être demain après-midi, quand je serai arrivée. C’est difficile avant une course de savoir ce que l’on ressent vraiment. 

Pourquoi être venue sur cette course ?

Pas pour les paysages, pas pour le climat, c’est certain ! Mais pour les gens sympas, pour l'ambiance. […] La Sainté-Lyon, c'est une course qu'il faut vivre au moins une fois dans sa vie. J’en entends parler depuis si longtemps. Elle donne envie pour son ambiance, plus que pour le reste. 

Maryline Nakache
(Sportograf)

Comment t’es-tu préparée ? 

Je me suis surtout préparée en faisant de la route, et de la vitesse. Parce que c’est l’un de mes points faibles. De base, je suis un vieux diesel qui a besoin de temps pour se mettre en marche. Après la TDS cet été, j’étais dans une phase de repos. Mais j’ai quand-même crapahuté, je ne peux pas m’en empêcher. Parce que, étonnamment, j’ai très bien récupéré de cette course. […] Quand je suis en repos, c’est des sorties plaisir, du vélo, de la rando. Sans contrainte spécifique, sans entraînement. Et après, une fois décidée de faire la SaintéLyon, j’ai enchaîné sur la prépa marathon, en gardant quelques sorties trail. J’ai fait le Nice-Cannes [en novembre, ndlr]. Ça s’est bien passé, mais on a eu des conditions difficiles, d’énormes bourrasques de vent en pleine face, du début à la fin. Et comme ce n’était qu’un aller, le temps que j’avais prévu s’est rallongé – je voulais faire moins de 3h, et j’ai fait 3h02. 

La SaintéLyon est une course assez roulante, bien loin de la technique TDS que tu as remportée cet été. Quelle est ta stratégie ? 

Je n’ai jamais vraiment de stratégie. Je fais énormément les choses au feeling. Après, ça va partir très vite, je ne serai pas capable de suivre. Donc finalement, sur ce type de course-là, il faut être régulier. Partir assez vite quand-même parce que ça court. Mais ne pas se cramer non plus. Parce que c’est quand-même deux marathons. Auxquels s’ajoute un peu de dénivelé [2050 D+, ndlr]. C’est un peu le même style de course de l’Eco-Trail que j’ai déjà fait trois fois [dont deux victoires, en 2022 et 2019 ndlr]. Il y en a beaucoup qui finissent par ralentir. Et c’est là où je peux arriver à les rattraper. 

Tu as fait une séance de préparation mentale deux jours avant le départ. C’est quelque chose que tu as l’habitude d’intégrer à ta préparation ? 

Non, c’est tout nouveau. Je fais ça depuis un mois ; […] Ça ne me manquait peut-être pas forcément parce que mentalement, je suis forte sur les courses. Mais il y a certains aspects que je voulais travailler, notamment le stress, la confiance en moi. Avec Charles [son préparateur mental, ndlr], ça se passe très bien. On va voir ce que ça donne. 

Maryline Nakache TDS 2023
(TDS 2023 / Clément Simon)

On te décrit souvent comme étant « une étoile montante du trail ». Tu te reconnais dans cette définition ? 

Je ne me reconnais pas forcément là-dedans. Je ne pense pas être quelqu’un de doué, ni avoir des prédispositions pour le trail. C’est juste que j’adore ça. Je suis passionnée, c’est pour ça que petit à petit je progresse. Mon moteur, c’est le plaisir. Et puis, je croise les doigts, je me blesse rarement, même si ça peut quand-même arriver. Je suis assez régulière dans mes entraînements et assez acharnée. De façon générale dans la vie, quand j’ai une idée en tête, et que ça me passionne, que ça me plaît, je vais le faire à fond. 

À partir de quand le trail a commencé à prendre de la place dans ta vie ? 

C’est venu petit à petit. J’ai fait mon premier trail, un 12 kilomètres, pour être avec les copains. […] Et comme j’étais bien classée, ça motive pour s’entraîner. Même si, au départ, je n’ai pas l’esprit de compétition. Je pense que le tournant pour moi a été les championnats de France 2018. J’étais un peu inconnue au bataillon, et même moi, je ne m’attendais pas du tout à un tel résultat. Personne n’aurait parié là-dessus. 

Tu as récemment troqué ta vie d’ingénieure en sciences des matériaux dans le domaine des satellites spatiaux pour la vanlife. Pourquoi un tel changement ?

Parce que la vie est courte, qu’il faut en profiter. Et je voulais faire ça depuis longtemps. Ingénieur, c’était un beau métier. Ça m’a plu quand j’étais plus jeune, mais je ne me reconnaissais plus dans ça. Ce n’était plus des valeurs que je partageais. Je m’ennuyais. Je ne voyais plus pourquoi je faisais ça. C’est pour ça que j’ai décidé de changer de vie, quitte à gagner beaucoup moins. […] Finalement, ma vie en van ne coûte pas très cher aujourd’hui. Je me lance actuellement dans le coaching sportif et de nutrition.

Maryline Nakache van
(Maryline Nakache)

Comment gères-tu vanlife et entraînement ? 

Avec un peu d’organisation, ce n’est pas incompatible. Le côté pratique de la vanlife, c’est que l’on peut se poser là où on va s’entraîner. À l’envie. Si je m’entraîne au bord de mer, je me pose au bord de mer. Même chose pour la montagne. Après, c’est sûr que ce n’est pas d’un grand confort pour la récup’. Et c’est comme quand on est en camping, le quotidien prend du temps. Pour tout ranger, tout bouger, trouver de l’eau, des poubelles... On ne se rend pas compte, mais c’est toute une organisation. J’ai la chance d’être souvent dans le Sud, il fait beau, alors je vis en extérieur. 

Tu as un petit côté hyperactif non ?

Oui, c’est sûr. On s’engueule souvent avec mon entraîneur. Il me met des jours de repos que j’ai du mal à respecter. Mais on est un peu tous comme ça quand on fait de l’ultra. Quelque peu bigorexique. Quand on ne s’entraîne pas, on n’est pas forcément bien. C’est un peu une drogue. Mais il y en a qui savent se canaliser. Moi je n’y arrive pas. Même si ce n’est pas grand-chose, il faut toujours que je fasse un truc. Là par exemple, comme j’ai quand-même pris un peu de repos avant la SaintéLyon... je bous !

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