Figure incontournable du cyclisme d'endurance, Sofiane Sehili, 41 ans, est un habitué des podiums des plus grandes courses d’ultradistance – Silk Road Mountain Race, Transcontinental, Atlas Mountain Race. Le 2 juillet dernier, le français s’est lancé un nouveau défi : traverser l’Eurasie à vélo, de Lisbonne à Vladivostok, via le Tadjikistan, la Mongolie et la Chine, dans le but d’établir un record du monde de vitesse. Un périple de près de 15 000 kilomètres, en autonomie complète, brutalement stoppé à la frontière russe début septembre, suite à son arrestation pour « franchissement illégal de la frontière ». Il serait en détention provisoire à Vladivostok. Une situation encore très confuse, survenant dans un contexte politique très tendu entre la Russie et la France.
Le 2 septembre 2025, Sofiane Schili publie sur Instagram un message laconique où il raconte avoir été stoppé net à la frontière orientale russe : « J’ai essayé deux fois d’entrer en Chine, sans succès [via deux frontières éloignées de 200 kilomètres l’une de l’autre]. J’ai été arrêté par les autorités russes et placé en détention provisoire ». Une information que va relayer Le Monde le 5 septembre. Dès le lendemain, c’est la presse russe qui s’empare du sujet.
« Un citoyen français, Sofiane Sehili, a été arrêté à Vladivostok et placé dans un centre de détention provisoire (SIZO). Il est accusé de franchissement illégal de la frontière russe. » (Fontanka.ru). Ce que confirme le même jour le média indépendant très suivi Meduza, citant l’agence de presse russe TASS : « Selon les services d’urgence du Primorié, le cycliste français Sofiane Sehili a été arrêté à Vladivostok.»
Chez les proches du bikepacker, l’inquiétude monte. D'autant que les rares informations qui filtrent sur sa situation sont contradictoires. Dans le même temps, le Département des douanes du district Extrême-Orient (ДВТУ) publie en effet un communiqué formel démentant toute arrestation. Relayé par Bezformata le 7 septembre qui affirme : « Les services de douane n’ont procédé à aucune arrestation concernant Sofiane Sehili. »
Un démenti qui brouille les cartes : l’athlète se dit arrêté, plusieurs médias russes parlent de détention, les grandes agences de presse russes relaient l’accusation… mais les autorités douanières dénient toute responsabilité. Du côté français, aucune communication officielle. Ni l’ambassade à Moscou, ni le Quai d’Orsay n’ont, pour l’heure, confirmé la localisation ni le statut de l’athlète. Le seul relais reste la presse, russe comme française, qui cite des sources locales.
Quels risques encourt-il ?
En Russie, le franchissement illégal de frontière peut relever d’une infraction administrative. Les risques seraient alors minimes : une amende de 100 à 500 roubles (1 à 5 euros) ou un avertissement, selon l’Article 18.2 du Code des infractions administratives. Mais en cas de poursuites pénales, les peines pourraient aller beaucoup plus loin, jusqu’à la privation de liberté. Dans les précédents connus, la majorité des affaires de voyageurs étrangers se sont soldées par des amendes ou des expulsions rapides.
C’est compter sans un contexte politique qui ne se prête guère à la clémence. A l’heure où l’offensive russe en Ukraine se poursuit, les relations entre la France et la Russie de Poutine sont très tendues. D'autant qu’un autre Français, le chercheur Laurent Vinatier, est toujours en détention en Russie. Il a été condamné à trois ans de prison pour ne pas s’être déclaré agent de l’étranger. Sofiane pourrait donc, pour un fait mineur, se retrouver au cœur d'un imbroglio politique. Tout comme le jeune Lennart Monterlos, 18 ans, bikepacker arrêté en juin en Iran, dont on reste sans nouvelles.
Depuis qu’il est passé pro en 2012, abandonnant son métier de documentaliste, Sofiane Sehili a parcouru la planète et enchaîné des milliers de kilomètres. Du Kirghizistan, lors de la Silk Road Mountain Race au Maroc, pour l’Atlas Mountain Race. Sans parler, bien sûr, du Tour Divide aux États-Unis [4 500 kilomètres reliant le Canada à la frontière mexicaine], remporté en 2022. Mais s’il a souvent souffert de la solitude, du froid, de la chaleur, d'attaques de chiens errants ou des inévitables problèmes mécaniques, jamais il n’a connu d'incident majeur avec les autorités ou la police.
« Echouer si près du but, c’est déchirant. », écrivait-il le 2 septembre dans une story sur Instagram alors qu’il annonçait qu’il était bloqué à la frontière sino-russe. « Désormais, j’ai dix mois pour décider si je veux repartir une nouvelle fois pour ce record… ou s’il restera un échec pour toujours ».
Son destin reste suspendu aux déclarations officielles qui, pour l’instant, se font attendre.
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