Le jeune voyageur de 18 ans Lennart Monterlos n’a plus donné signe de vie depuis le 16 juin 2025. Le Franco-allemand se trouvait alors en Iran, étape d’un long périple à vélo qui devait le mener de Besançon, sa ville d’origine, au Japon. Jeudi 10 juillet, ce qui était redouté par sa famille mais aussi par l’administration française a été confirmé : Lennart Monterlos a été arrêté par les autorités iraniennes. Pour quelles raisons ? Téhéran reste muet quant aux motifs de son interpellation, mais plusieurs hypothèses fusent, au regard des précédents connus dans la région.
Lennart Monterlos, un jeune Franco-allemand de 18 ans, rêve d’évasion, d’ailleurs, de challenge physique, bref, d’aventure. Aussi, après son baccalauréat obtenu à l’été 2024, celui qui sur Instagram se fait appeler "Vélo Rêveur" entame un long périple à vélo depuis Besançon, sa ville d’origine, jusqu’au Japon. Soit un long voyage sur les routes et les sentiers du monde. Il roule à travers l’Europe orientale, la Turquie et finit par rallier l’Iran. Là, le périple du blond filiforme, cheveux longs et visage juvénile, prend un autre tournant. Le 16 juin 2025, il cesse d’émettre photos ou vidéos sur ses réseaux sociaux (tous les contenus ont été supprimés depuis) et ne donne plus de nouvelles. La famille s’inquiète. Un accident ? Un problème ? Non, une détention pour un « délit » non précisé par les autorités iraniennes.
Lennart Montrelus, un jeune franco-allemand de 18 ans originaire de Besançon, est porté disparu en Iran depuis le 14 juin. Parti pour un voyage à vélo d’un an entre l’Europe et la Chine, il avait traversé plusieurs pays avant de rejoindre l’Iran, malgré les mises en garde des… pic.twitter.com/Q0PMBioSpF
— Association Femme Azadi (@femmeazadi) July 6, 2025
La nouvelle est tombée, relayée par le journal Le Monde, le 10 juillet 2025. Dans un entretien accordé au journal, le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghtchi indique que Lennart Monterlos a bien été arrêté « pour avoir commis un délit ». Quel délit ? Aucune information n’a filtré à ce stade. Son nom vient s’ajouter à ceux de Cécile Kohler et Jacques Paris, accusés d’espionnage pour le compte d’Israël et tous les deux arrêtés le 7 mai 2022, soit le dernier jour de leur voyage touristique. Ils sont toujours emprisonnés et encourent la peine de mort pour espionnage. Au regard du contexte et des tensions actuelles, les autorités françaises déconseillent fortement d’aller en Iran en raison de « risques d’arrestations arbitraires ».
Trois ans de prison pour un drone de loisir
Cette histoire n’est pas sans rappeler celle de Benjamin Brière, vanlifer détenu en Iran… pendant trois ans, entre 2020 et 2023. Le motif de son arrestation ? « Espionnage » et « propagande ». Le trentenaire originaire de Lyon est emporté par le Corps des gardiens de la révolution islamique – une organisation paramilitaire dépendante du chef de l’État iranien– pour avoir « pris des photographies de zones interdites » à l’aide d’un drone de loisir. Lui a toujours clamé son innocence, de son arrestation à son retour en France.
L’Iran, traumatisé par son histoire, entretient une relation tortueuse avec l’espionnage et la propagande, prétextes systématiquement employés pour justifier les arrestations arbitraires. Le Quai d’Orsay rappelait plus tôt dans la semaine que Téhéran menait d’ailleurs « une politique délibérée et assumée de prise d’otages des Occidentaux ». Benjamin Brière et son drone de loisir sont un exemple. Quant à Lennart Monterlos, il est encore tôt pour avancer une hypothèse mais précisons toutefois que les montres GPS, souvent utilisées par les cyclistes et les aventuriers de tout poil, sont interdites en Iran… En cause : leur système de communication satellitaire intégré.
A moins que Lennart Monterlos ait vu expirer son visa iranien ? Un point sur lequel les Iraniens ne plaisantent pas. Le 6 juin dernier, il expliquait sur ses réseaux "Je vais être contraint de quitter l'Iran". Son visa prenait fin le 25 juin. Et pour atteindre son objectif, fêter son anniversaire le 26 juin en Afghanistan, pays voisin, il allait devoir "faire du stop". Pour atteindre la frontière, il lui restait environ 2 300 km de routes s'étirant du sud vers le nord-est de l'Iran. A-t-il été retardé, se mettant ainsi en situation irrégulière, prétexte à une arrestation ? Tout est possible.
Zone sensible et « infractions sécuritaires »
Drone, montre GPS, visa, autre chose ? Pour l’heure, les autorités iraniennes n’avancent aucune piste. Mais le cas de Lennart Monterlos n'est pas isolé. Plus tôt cette année, en janvier 2025, Craig et Lindsay Foreman, un couple britannique voyageant à moto autour du monde, avaient déjà été arrêtés en Iran. Ils sont toujours détenus dans la prison de Kerman. Le motif : espionnage sous couvert de tourisme. Comme eux, un Allemand est détenu à Evin, une prison pour les détenus politiques et les étrangers, depuis un an. Les Iraniens ont reconnu sa détention en juin 2025 pour espionnage. Il aurait circulé en vélo à proximité d’une zone sensible, c’est-à-dire dans la région de Markazi connue pour abriter le site nucléaire d’Arak.
Un couple de bloggeurs australo-britanniques, Jolie King et Mark Firkin, ont eux passé quelques mois dans les geôles iraniennes en 2019. Ils utilisaient fréquemment un drone pour leur contenu. Résultat : arrestation pour « infractions sécuritaires », c’est-à-dire usage de drone sans permis. Lennart Monterlos, du haut de ses 18 ans, se trouve désormais au centre d'un jeu diplomatique sur lequel il n'a aucun pouvoir. A-t-il fait voler un drone ? Utilisait-il une montre GPS ? Son visa a-t-il expiré ? Peut-être. Cela ne justifierait en aucun cas sa détention en Iran.
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