Cinq Français dans « l’ultra le plus dur et le plus froid du monde », cette année. Dont deux figurent parmi les favoris, Thierry Corbarieu et Guillaume Grima. Ils ont beau avoir respectivement gagné cette épreuve en 2019 et fini 2e en 2025, rien n’est gagné pour eux quand on sait que cette course compte moins de 3% de finishers. Partis hier, 1er février, à 13 h 00, heure locale, 21 h 00, heure française, les quatorze participants à la Yukon Arctic Ultra doivent boucler 600 km à pied, seuls et en quasi-totale autonomie entre Teslin et Faro, dans le Grand Nord canadien. En ce lundi 2 février, le trio de tête est tricolore, mais la course ne fait que commencer. La barrière horaire est fixée à douze jours. Et les vainqueurs sont attendus autour du 8 février. Si tout va bien.
Interviewé quelques semaines avant le départ de la Yukon Arctic Ultra, Guillaume Grima, déjà bien acclimaté aux températures extrêmes du Grand Nord canadien, misait sur une vague de froid pour gagner des points. Il faudra sans doute qu’il revoit un peu sa stratégie. Car à l’heure où nous bouclons notre article, il ne fait que – 8° C la nuit à Teslin, dans le grand Nord canadien où se tient la course du 1 au 13 février, et le ressenti ne devrait pas descendre en-dessous des – 12°C. On est loin du record de froid (- 48°C) observé l’année dernière. Seules quelques chutes de neige pourraient perturber les coureurs dans les jours à venir.
Reste que les quatorze traileurs en lice vont devoir rester prudents. Sur leur site, les organisateurs rappellent inlassablement aux participants que le froid est leur pire ennemi. Dans le passé, certains y ont perdu quelques doigts, ou pire, des mains et des pieds. « Des situations qui, dans des conditions normales, ne poseraient aucun problème peuvent devenir mortelles en plein hiver dans le Yukon. Merci d’en tenir compte à tout moment », lit-on sur le site de la course.
Trois distances – dans trois disciplines, course à pied , fatbike et ski -attendent les coureurs qui tous sont partis de Teslin en direction de Faro. Un 235 km (une nouveauté ), un 350 km, et l’épreuve « reine », 600 km choisie notamment par cinq traileurs français : Sébastien Mosconi, Maxime Bachelot, Paul Clement et surtout les deux favoris : Thierry Corbarieu, vainqueur de l’épreuve en 2019, et Guillaume Grima, 2e en 2025 derrière Mathieu Blanchard.
Sur leur route, qu’est-ce qui attend les traileurs ?
Rencontre avec des chiens de traîneaux
Cette année, l’ultra suivra pour l’essentiel le sentier du légendaire Yukon Quest, course avec chiens de traîneau. Ce qui signifie, expliquent les organisateurs, « que certains de nos athlètes, tôt ou tard, rencontreront des chiens et des mushers sur la piste. C’est très excitant, mais cela signifie aussi que notre règle de ne pas se reposer ou dormir sur la piste NE DOIT PAS être enfreinte. »
Comme en 2025, c’est dans une région plus sauvage et surtout plus isolée que les années précédentes que les coureurs s’aventurent : « Les paysages autour de la route de Canol Sud et Nord sont absolument magnifiques ! », se réjouit l’organisation. « Il y a plus de neige dans cette région du territoire et elle est plus alpine. Elle est aussi plus isolée ! Les athlètes qui parcourent la distance de 600 km se rendront 6 fois à un point de contrôle éloigné. Nous avons de longs tronçons de piste où la distance par rapport à l’autoroute la plus proche est importante. » Un défi pour l’équipe et les athlètes. Un environnement plus éloigné augmente l’élément de danger, signifie des temps de voyage plus longs et éventuellement des temps d’attente plus longs – par exemple, si l’on est bloqué dans un endroit éloigné, en attendant un transport, aussi le risque d’engelure n’est pas à écarter.
Quelques rares ravitos
De l’eau, du thé, du café et parfois du chocolat chaud, attendent les participants qui pourront également y prendre un repas. « Un seul », précise l’organisation qui exige que chacun ait de quoi assurer ses rations de calories quotidiennes (entre 6 000 et 10 000) dans sa pulka de 30 à 40 kg maximum.
Un marquage minimal
« Le sentier est balisé avec nos propres marqueurs et ceux de la Yukon Quest », apprend le site de l’épreuve. « Nous utilisons des bâtons en bois avec du ruban fluorescent au sommet. Sur certaines parties du sentier, il y a également des marqueurs permanents que vous pouvez utiliser pour vous orienter ». Il est donc difficile, mais pas impossible, de se perdre, prévient-on. Les traileurs devront faire preuve de bon sens, surtout si des motoneiges ont roulé sur des bâtons ou si la neige fraîche et le vent recouvrent les balises.
Des nuits courtes et dehors
« La plupart des postes de contrôle isolés ne permettent pas de dormir à l’intérieur et il est très difficile d’y faire sécher le matériel », rappellent les organisateurs. « Une auto-surveillance constante, une bonne gestion des couches, une hydratation et une alimentation adéquates, des temps de repos appropriés et le maintien du système de couchage aussi sec que possible sont essentiels. », insistent-ils. Trouver le bon compromis sur le poids de l’équipement est donc crucial : disposer de tout le nécessaire pour rester en sécurité, tout en évitant ce qui n’est pas indispensable. Tout un art auquel Thierry Corbarieu travaille inlassablement et qui pourrait faire la différence. Comme 80% des coureurs, il va sans doute dormir le plus souvent dans sa propre tente, dans un sac de couchage et un sac de bivouac. Car plus rapide, moins lourd et moins gênant en général.
Un record à battre
Celui de Mathieu Blanchard qui, à pied, a bouclé la course en 2025 en 190 : 03, contre 186 : 50 heures pour le Danois Casper Wakefield. Marque très relative, puisque le parcours était différent cette année-là. En revanche le tracé 2026 reprend plus ou moins celui de 2025. A noter que cette année- à, sur cette distance on n’avait eu aucun finisher en « ski », seulement en fat bike. Et aucun finisher dans les trois disciplines sur la distance de 350 km.
Suivre la course en direct
Guillaume Grima, Paul Clément et Maxime Bachelot, sont en tête à l’heure où nous bouclons cet article. Si Thierry Corbarieu est qu’en 16e position, il prend sans doute le temps de prendre ses marques. Nul doute qu’il fait partie de ceux qu’on va suivre de près.
Photo d'en-tête : Callum Jolliffe/ Yukon Arctic Ultra- Thèmes :
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