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Liv Zeb parapente
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Liv Sansoz & Zeb Roche en route pour la première en parapente du K2

  • 12 juin 2024
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Quatre ans, qu’ils y pensent : voler ensemble, en parapente biplace, depuis le 2e montagne la plus haute du monde (8611 m) après l’avoir gravie sans oxygène. Autrement dit, une première. L’aboutissement du quête du dépassement de soi, mais à deux. Loin des records et de la course aux 8000 pour la guide de haute montagne et grimpeuse de haut niveau Liv Sansoz et son compagnon, Bertrand Roche, plus connu sous le nom de Zébulon ou Zeb, alpiniste et parapentiste ayant déjà volé deux fois depuis l’Everest. « Les chances que toutes les conditions soient réunies sont infimes », nous racontent-ils, tant le défi est immense et le danger réel. Mais « nous allons veiller l’un sur l’autre », nous confient-ils depuis le Pakistan où ils ont posé leur sac il y a quelques jours avec un autre maître des airs, Jean-Yves Fredriksen dit « Blutch », et un certain Benjamin Védrines, en quête du record de vitesse d'ascension sur cette montagne.

Le rêve de Liv et Zeb a été décalé par deux fois, après l’accident de parapente en compétition du parapentiste qui en 2021 l’a laissé avec de multiples fractures. Et le final du guide à assurer pour Liv, validé en 2023. Mais, « Cette année, c’est la bonne… », sont-ils convaincus. Décoller du K2 en parapente, ce projet est bien différent de ceux que le couple d'alpinistes a pu partager jusqu’à présent … « 8611m ! ce n’est pas rien… », expliquent-ils.

« L’hypoxie, le froid, les conditions de la montagne, parvenir à accorder nos deux organismes à l’altitude pour être en forme au même moment, ne pas tomber malade, ne pas se blesser… Tous ces éléments font que la probabilité de réussite est très faible mais existante. Et la grande question reste quand même celle du décollage en état d’hypoxie… C’est sans doute cela que nous allons chercher, une réponse à nos questionnements, une envie de nous découvrir sur cette montagne, de voir jusqu’où nous pouvons ou voulons aller… tout en préservant une certaine éthique de la montagne et de l’Himalayisme », disent-ils.

A savoir, grimper sans oxygène, par la voie normale, « qui sera certainement déjà équipée », nous raconte Liv Sansoz, interviewée lundi dernier. « On ne parle donc pas de style alpin, mais d'un désir certain de faire les choses bien » avec un notamment un porteur de haute altitude pakistanais qui, après leur vol, redescendra leur matériel du dernier camp.

Liv Zeb Nanga Parbat
Nanga Parbat vue de l'avion. (LivZebAsso)

A plus de 8000 m, la densité de l'air n'a rien à voir avec celle des Alpes

« On sait qu’on est dans nos limites physiques », précise-t-elle. Car Zeb peut compter sur son expérience de la très haute altitude pour avoir fait deux fois l’ascension de l’Everest et sur ses 40 ans d'expérience en parapente. Mais Liv, guide de haute montagne, longtemps compétitrice en escalade (deux fois championne du monde, et trois fois vainqueure de la coupe du monde, en épreuves de difficulté et en escalade de bloc) est moins familière de ces sommets, hormis son ascension des Tours du Trango (6300 m), au Pakistan. C’est d'ailleurs lors de cette expédition qu'elle a aperçu pour la première fois le K2, « une montagne assez fascinante, un peu magnétique, qui marque mon imaginaire depuis longtemps »,  dit-elle.

C’est donc une grosse expédition pour elle, mais aussi pour Zeb, car à plus de 8000 m, la densité de l’air n’a rien à voir avec celle des Alpes, précise-t-il. « Sans parler qu’à cette altitude, sans oxygène, on sait qu’on est à la limite de l’humain », raconte Liv. « Mais on a fait ce choix de monter sans artifice. L’idée n’est pas de donner de leçon, mais c’est notre vision ».

Un biplace de 2,3 kg... contre 6kg en 1991

Pour s’y préparer, ils ont multiplié les angles d'attaque. Enchaînant ski alpinisme avec la Patrouille des Glaciers, de quoi construire une grosse base d’endurance. Mais aussi des approches plus spécifiques pour le K2, avec des entraînements parfois plus courts mais plus intenses, chose qu’ils n’avaient pas vraiment l’habitude de faire. Tout cela inclus dans une saison de guide déjà bien chargée, comprenant notamment une expédition avec des clients sur un 7000 m. « Un bon test pour se préparer le K2 » .

« Et puis », ajoutent-ils, il y a aussi « cette petite course contre le poids, où il a fallu trouver, dans chaque catégorie de matériel ce qu’il y avait de plus léger pour la très haute altitude. Enfin, il y a eu les essais des prototypes Niviuk, deux ailes solos pesant chacune 1,120kg et un biplace de 2.3kg (avec lequel les deux parapentistes ont l’intention de décoller depuis le K2). Comme le dit Zeb, « cela change la donne par rapport à son premier biplace sur l’Everest en 91, avec une voile pesant alors plus de 6 kg ! »

Skardu. (LivZebAsso)

Avant-tout garder l'esprit de cordée

Après une étape à Skardu, les deux parapentistes vont prendre demain la route d’Askole en jeep. De là commencera un trek de 5-6 jours pour atteindre le camp de base du K2. Avec eux, Benjamin Védrines, parti pour établir un record d'ascension sur le K2, Blutch, et Seb Montaz à la caméra avec lesquels ils partagent la logistique. Mais sans doute pas le même timing.  Même s’ils se plaisent à rêver « si la magie pouvait opérer », de se retrouver « tous les quatre là-haut à décoller ?! ».

Il faut y croire dur quand on connait toutes les conditions à réunir pour réussir cette descente en parapente de 3611 mètres qui devrait durer 20 minutes max, explique Zeb. Tout dépendant ici de l’orientation du vent : « Idéalement, il faudrait qu’il soit face à nous. Mais en latéral, ça peut marcher aussi », dit-il. « Il faut aussi caler la voile dans la neige sans qu’elle s’envole. Nous partons en biplace, la suspension est plus longue, nous avons donc besoin de plus d'espace et de suffisamment de vent - jusqu‘à 40 à 50 km/h de vent ; mais 15 à 20 serait top ! - car à deux, on a plus de mal à courir. » 

Une affaire plus complexe qu’en solo, mais qui permet de « garder l’esprit de cordée », expliquent-ils. Pour Liv, moins expérimentée que Zeb, c’est aussi une sécurité. Car si au-dessus de 4000 m elle se sent dans son élément, explique-t-elle, elle ne sait pas comment elle pourrait réagir en état d'hypoxie. Si le sort est contre eux, le couple de parapentistes à d'autres options de décollage en contrebas du sommet. Mais si les planètes s’alignent, c’est de 8611 m qu’ils voleront ensemble.

Beaucoup de points d'interrogations donc sur cette tentative qui pourrait aboutir autour de la mi-juillet. Normal, personne à ce jour n’a réussi à voler depuis le K2 « mais c’est ce qui fait tout le challenge » pour un couple qui dit « n’avoir plus rien à prouver aux petits jeunes » et qui rappelle que prévaut ici non la notion de record, mais de plaisir. D'autant qu’à deux, c’est encore mieux.

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