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Liv Sansoz ski alpinisme
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Dans la tête de Liv Sansoz, en route pour la Patrouille des Glaciers et les hautes altitudes

  • 15 avril 2024
  • 8 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

La liste des exploits de Liv Sansoz, multiple championne du monde d’escalade, guide de haute montagne et parapentiste, est longue. Et à 47 ans, la Savoyarde n’est jamais à court de nouveaux défis. Le dernier en date ? La Patrouille des Glaciers, une course mythique qui relie Zermatt à Verbier en 53 kilomètres. Une étape de plus en en vue d’un « projet assez ambitieux », mêlant sommet de 8000 mètres et parapente, prévu cet été. De quoi nous donner envie de discuter avec elle de son parcours, de sa préparation et de son engagement pour une pratique plus responsable.

Liv sera sur le départ de la Patrouille des Glaciers mardi, à 22 heures. Un nouveau challenge pour cette grimpeuse, alpiniste, adepte aussi bien de cascade de glace, de dry-tooling, de ski de pente raide que de parapente ou encore de base jump. Vous l’aurez compris, nous avons affaire à une hyperactive. Car après avoir été double championne du monde d’escalade, avoir sauté depuis la plus haute paroi d’Europe, en Norvège, gravi les 82 sommets alpins de plus de 4 000 mètres des Alpes (première française), elle ne compte pas s’arrêter là. Preuve en est avec son dernier projet : la 24e édition de la Patrouille des Glaciers. 

Liv Sansoz ski alpinisme
(Daniele Molineris / Storyteller-Labs)

C’est la première fois que tu vas participer à la Patrouille des Glaciers (PDG) ? 

Oui. Et c’est même la première compétition de ski-alpinisme que je vais faire. J’y vais avec deux clients qui m’ont sollicitée. C’est toujours très chouette d’emmener des gens en montagne et d’essayer de faire le mieux possible avec eux. […] J’ai accepté d’abord parce que je trouvais le challenge intéressant. Car à la base, ce n’est pas du tout mon sport. Je n’ai jamais trop fait ça, mis à part quelques sorties en ski de rando. Je viens du monde de l’escalade, pas des sports d’endurance. Et puis, avec Zébulon [Bertrand Roche, ndlr], on a un projet assez ambitieux pour cet été. Alors je me suis dit que ça faisait une raison supplémentaire, une autre motivation, de très bien s’entraîner tout au long de cet hiver. Et que cette préparation pour la PDG allait aussi me servir pour la suite. 

Liv Sansoz ski alpinisme
(Daniele Molineris / Storyteller-Labs)

Comment t’es-tu préparée ? Tu t’es entraînée avec tes clients j’imagine ? 

J’ai pris un coach de mon côté pour me préparer. Pour m’aider à mettre de la vitesse. Je suis plutôt une personne endurante. […] Mais sur la Patrouille des Glaciers, il va me falloir être capable de mettre un certain rythme, une certaine vitesse, avec de l’endurance bien-sûr. Donc je me suis dit que prendre un coach me permettrait de bien faire les choses. Et après, avec les deux personnes que j’emmène, des clients mais aussi des amis que je connais très bien, avec qui j’étais en expédition au Népal à l’automne, on a fait un certain nombre de journées en montagne. À raison de presque un week-end sur deux. À base d’entraînements spécifiques, du ski encordé, du foncier, mais aussi de sorties visant à faire la reconnaissance du parcours. 

Tu nous en dis plus sur ton projet perso de l’été ?

Avec mon conjoint, Zébulon, on est encore assez humbles et discrets dessus. Parce que c’est un projet assez ambitieux. Disons que la probabilité de réussite est assez basse. On pense partir sur un 8000 avec les voiles de parapente cet été. […] J’aime bien faire les choses et en parler après. Plutôt que de trop mettre le projet en avant et qu’il ne se passe rien. Surtout qu’il y a beaucoup de paramètres aléatoires que l’on ne va pas maîtriser. Comme la météo, le vent… On n’a aucune assurance que cela va marcher. Mais c’est tout ce qui fait le challenge. L’important c’est d’essayer et d’aller le plus loin possible. 

Liv Sansoz ski alpinisme
(Daniele Molineris / Storyteller-Labs)

Tu es impliquée auprès de Protect Our Winters, une association qui rassemble la communauté des pratiquants de sports outdoor pour user de notre passion commune afin d'agir en faveur du climat. Et ce, depuis la création de l’antenne française, en 2015. Comment vis-tu avec cette contradiction, que l’on a un peu tous, et qui est encore plus forte chez les athlètes, à savoir la nécessité de préserver l’environnement mais aussi cette envie de faire de jolies choses en montagne ? 

Ce n’est pas toujours facile. Déjà, on n’est pas tout le temps en expédition. Ensuite, clairement, je me suis dit : « Quitte à prendre l’avion, autant partir le plus longtemps possible. Une fois dans l’année plutôt que plein des petits voyage ». Et puis, ça fait un paquet d’années que j’ai réduit l’avion. Derrière le projet des 4000 [82 sommets alpins de plus de 4 000 mètres des Alpes, ndlr], c’était ça l’idée. Vivre une aventure incroyable à la maison, sans avoir à se déplacer avec un avion ou quoi. […] Outre l’avion, il y a aussi d’autres paramètres sur lesquels on peut essayer de faire attention. Notamment notre consommation et notre alimentation, à prendre en compte. Je suis par exemple végétarienne depuis plus de trente ans.

Après, effectivement, je sais que je ne suis pas blanche comme neige. Que les athlètes ne sont pas blancs comme neige. […] On reçoit aussi beaucoup de matériel différent. Notamment les paires de skis pour ma part. J’ai celles à tester, celles avec lesquelles j’aime skier et celles que je prends pour des projets en particulier. Comme pour la Patrouille des Glaciers. 

Disons que ce n’est pas toujours une position très confortable, qu’il faut continuer d’avancer. Le statut d’athlète nous permet aussi de toucher une communauté, et de la sensibiliser. Sans être donneur de leçon, parce que, je le répète, personne n’est blanc comme neige. […] Je pense que l’on a intérêt d’être honnêtes envers nous-mêmes. Et de faire le mieux possible, avec nos convictions. On voit quand-même que notre terrain de jeu prend une claque dramatique, ça c’est certain. Tous les jours. À travers des transformations massives, des éboulements ou juste la diminution de la hauteur des glaciers, de la neige aussi. Tout est différent. C’est assez choquant - et en plus, ça s’accélère. […]

Je crois que toutes les personnes qui sont sur ce terrain de la montagne en ont conscience et on essaie de faire le mieux pour notre planète. Et puis, effectivement, on peut se dire : « Ça fait quatre ans que j’ai ce projet en tête. Et j’y vais cette année ». Parce qu’il faut aussi continuer d’avancer dans nos projets, de faire les choses qui nous animent. Et vivre ces expériences qui nous appellent. […] Même si, attention, je ne suis pas dans une course en avant pour aller en Patagonie, au Népal. Car avec les années, tu acceptes aussi une certaine modération. On n’est pas obligés de partir loin chaque année pour faire quelque chose de beau, qui nous plaît, qui colle à note personne. Et qui nous anime. 

Liv Sansoz ski alpinisme
(Daniele Molineris / Storyteller-Labs)

Le changement climatique touche également les professions de la montagne. Est-ce que ça impacte ta pratique de guide de haute montagne ? 

Ça nous impacte tous, en effet. Déjà, juste sur une saison d’hiver, on va avoir des variations de température qu’il n’y avait pas avant. Il y a quelques années, les saisons étaient installées et plus longues. Dont l’hiver. Avec des neiges plus stables. On pouvait envisager de faire des raids jusqu’au mois de mai. […] Il ne neige pas suffisamment, ce qui fait que les glaciers ne se reforment pas là-haut, parce qu’il n’y a pas assez eu de quantités de neige pendant l’hiver. Et que les étés sont canicules. Donc ça fond encore plus vite. Nous, au niveau de notre pratique, on a de grosses variations de températures qui font que la neige change beaucoup, que la nivologie est plus complexe.

Trouver des bons endroits avec de la bonne neige est aussi souvent plus difficile. Et aussi, en plein hiver, on va avoir un anticyclone pendant trois à quatre semaines. L’idéal pour faire des courses d’alpinisme que l’on aurait pu faire début juin. [En tant que guide, ndlr], il faut aussi vite s’adapter. Se réadapter. Avec des conditions qui changent plus vite qu’avant. Je trouve que les saisons sont moins installées. Avant, il y avait une vraie saison d’hiver. Une vraie saison d’été. Et là, au cours de l’hiver, il peut vraiment faire doux, beau. Pas de précipitations, pas de neige. Où, comme entre dimanche et lundi, on a pu passer de +28°C dans la vallée des Chamonix, à +15/16°C. Des variations vraiment importantes d’un jour à l’autre.

Et puis, on a beaucoup de phénomènes de vents en altitude. Ce que l’on n’avait pas avant. Du vent qui souffle avec des chutes de neige, c’est vite compliqué. Ça va peler les crêtes, certaines faces aussi. On va être sur de la glace au lieu d’être sur de la neige parce que le vent a tout balayé. Cela fait que les conditions en montagne sont différentes, plus complexes. Mais d’une manière générale, l’humain s’adapte. Et les guides s’adaptent. […] Le métier va peut-être plus complexe d’ici les années à venir. Peut-être que les saisons pour guider seront plus courtes. Mais il y a toujours des gens qui auront envie d’aller en montagne. 

Liv Sansoz ski alpinisme
(Daniele Molineris / Storyteller-Labs)

Pourquoi as-tu décidé d’être guide de haute montagne ? Parce que tout ce que tu as fait jusqu’à présent a toujours été tourné sur ta performance en tant qu’athlète. Et là, avec le métier de guide, il y a une réelle dimension de partage. Je crois aussi que tu voulais faire ce métier quand tu étais ado, avant d’avoir été happée par l’escalade…

C’est vrai que petite, je lisais beaucoup de livres de montagne. Et j’étais assez attirée par ce milieu-là. J’ai fait, par la suite, beaucoup de compétitions en escalade. Et j’ai réalisé que c’était un métier qui était dur, que je voulais faire un métier pour travailler son cerveau, pas être tout le temps dans le monde du sport, etc. Mais en fait, après le projet des 82 4000, où j’étais avec de amis parfois plus forts que moi, parfois non - et que je devais gérer - je me suis dit que c’était génial de vivre ces moments-là, avec des gens. Ça m’a un petit peu retitillé de faire ce métier de guide. Je me suis dit : « Regarde quand-même quelle est la liste de courses pour aller à l’examen probatoire ». Je me suis rendue compte que j’avais tout, sauf deux voies en escalade sur calcaire sur coinceurs. Et je suis vite aller les faire. Et j’en envoyé mon dossier. 

Je ne regrette absolument pas ce choix. Parce que je trouve que c’est un métier passion. Honnêtement, on a un bureau assez incroyable. On évolue tous les jours dans des paysages magiques. Et comme tu l’as dit, c’est un métier de partage, un métier de transmission aussi. On va emmener des gens à vivre leur rêve. Tout en vivant des choses avec eux en parallèle. On va partager nos connaissances. Et aussi parler de l’environnement, montrer comment évoluent les glaciers notamment. […] Tous les jours, je me dis que j’ai trop de la chance de faire ce métier-là. C’est vrai que c’est parfois un peu plus dur, qu’il fait froid, que les conditions sont un peu tendues, que c’est dangereux. Mais c’est un métier qui est magique. 

Liv Sansoz ski alpinisme
(Daniele Molineris / Storyteller-Labs)

En parallèle de ta pratique de la montagne, tu as étudié la psychologie. Ce côté prépa mentale, ça t’aide dans ta vie perso et dans ton métier de guide ? 

En effet. J’ai fait un master recherche en mobilisation cognitive et cognition sociales. Et après cela, un diplôme universitaire en coaching et performance mentale. Ça m’aide certainement, c’est vrai. Disons que je pense être naturellement assez portée sur l’humain. J’essaie toujours de comprendre les gens, leurs difficultés, et de débloquer les choses. Déjà dans l’action. Parce que si tu es avec une personne qui a peur sur une arête, il faut désamorcer la peur tout de suite. Puis rassurer. Et continuer pour le bon déroulé de l’ensemble de la course et de l’ascension. 

Et puis, le côté performance mentale m’a toujours intéressée. Parce qu’en tant que compétitrice, je voyais bien que j’avais des amies qui étaient hyper fortes à l’entraînement, qui faisaient des trucs incroyables que je n’étais pas capable de faire. Et puis, le jour J, je répondais toujours présente. Et elles, pas forcément. J’ai toujours lu beaucoup de choses sur l’aspect mental. 

Après, en tant que guide, ce côté haute performance, je n’en ai pas vraiment besoin. Mais c’est quelque chose que j’ai acquis avec le haut niveau. Mais je pense qu’être humain avec les gens que l’on emmène en montagne, notamment quand ils sont en difficulté, c’est hyper important. Quand on passe deux jours complets avec des personnes que l’on ne connaît pas, s’intéresser à ce qu’elles font, comprendre leur parcours, leur démarche, c’est hyper enrichissant. Pour elles comme moi. […] Même si, à un moment, quand on est dans une course engagée, c’est sûr qu’il faut y aller. Que l’on n’est plus là pour discuter. Qu’il faut avancer. Que l’on se met en mode performance. Mais quand on est au refuge, quand on prépare la course avant, quand on discute au téléphone, on est de suite dans l’humain. 

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