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Plastique
  • Santé

L’étude choc : des carottes aux serviettes hygiéniques, le plastique est partout

  • 3 mars 2020
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

9,2 milliards de tonnes produites depuis 1950, le plastique est là, partout autour de nous. La Fondation Heinrich Böll, la Fabrique écologique et Zero Waste France publient aujourd'hui “L’Atlas du Plastique”, une étude très étayée démontrant l'omniprésence du plastique dans notre vie quotidienne et nos écosystèmes. Le constat est accablant, et pointe des sujets encore peu évoqués. Mais tout n’est pas perdu, des alternatives existent. 

“Moins de 10% de tout le plastique mis en circulation a été recyclé”. Jens Althoff, directeur du bureau de Paris de la fondation Heinrich Böll - think tank allemand qui s’intéresse aux problématiques de transitions écologiques - livre d’emblée ce chiffre peu réjouissant. Et ce n’est qu’un élément parmi tant d’autres extrait de la très riche étude, "L’Atlas du plastique", parue aujourd’hui.

https://www.youtube.com/watch?v=cNlKijCTyFM&t=4s

Comment en est-on arrivé là ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 10 millions de tonnes de déchets plastiques finissent dans les océans chaque année, la pollution des sols serait encore plus importante (4 à 23 fois celle des océans)... mais l'homme est aussi directement touché via les aliments produits dans des sols contaminés : il ingère ainsi 5 grammes de plastique par semaine, l’équivalent d’une carte de crédit.
La France reste une énorme productrice de déchets plastiques, avec 70 kg par an et par personne, soit 4,8 millions au total, selon Laura Châtel, responsable du plaidoyer de "Zero Waste France", association indépendante de protection de l’environnement qui prône la réduction des déchets à la source,

La dépendance est plus importante que jamais, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Ce n’est que dans l’après-guerre, à une période où le monde occidental était en pleine reconstruction, et en plein essor économique, que le plastique s’est imposé dans nos sociétés, avant de conquérir le reste du monde. Facile à produire, peu cher, très résistant, ses caractéristiques “miracles” ont rapidement fait son succès.

La majorité du plastique sert aux emballages. Les efforts à faire en la matière restent énormes, mais nous pouvons agir en tant que consommateurs. (© Atlas du plastique 2020 / GEYER)

Depuis 2005, c'est l'explosion

Devenu indispensable - on le retrouve partout, de nos smartphones à nos vêtements en passant par le bâtiment et les travaux publics et bien sûr dans les emballages - le plastique a pénétré tous les secteurs. Sa production s’est largement intensifiée ces dernières années; la moitié du plastique produit dans l’histoire l’a été depuis 2005, avec des projections à la hausse pour les décennies à venir. 

Si les conséquences sur nos écosystèmes sont déjà bien connues, notamment sur les milieux marins, et font l’objet de nombreuses campagnes, il touche également l'homme. L’étude révèle tous les dangers “invisibles” des substances chimiques présentes dans le plastique. Asthme, obésité, cancer, diabète, stérilité ... le plastique, de sa production à son élimination, augmente le risque de nombreuses pathologies. Les femmes sont plus particulièrement touchées du fait, entre autres, de leur réaction aux toxines et de la contamination fréquente des produits d’hygiène qu’elles utilisent. Combien savent que les tampons contiennent 6% de plastique et que les serviettes hygiéniques peuvent en détenir 90%, issus du pétrole. Les cosmétiques sont eux aussi des sources de contamination : certains sont composés de plus de 100 produits chimiques, parfois dangereux pour la santé, et de microplastiques susceptibles de passer dans le placenta, et donc dans le fœtus.

Que dire alors de notre alimentation, première victime de cette omniprésence du plastique. On estime que sur les 400 millions de tonnes produites chaque année, un tiers environ finirait d’une manière ou d’une autre - notamment sous forme de microplastiques - dans nos sols. Si cela a des conséquences directes sur les écosystèmes qui permettent leur fertilisation, ce plastique se retrouve aussi dans notre assiette.

Enfin, point rarement évoqué, la production de plastique est fortement émettrice en CO2. Sur un total de 420 à 570 milliards de tonnes de CO2 rejetés chaque année, la production de plastique représenterait 56 milliards. 99% de cette production se fait à partir de matières premières fossiles.

14% seulement des emballages plastiques recyclés

Depuis de nombreuses années déjà, une solution a été prônée : le recyclage. Mais, comme en matière d’énergie, le meilleur plastique n’est pas celui que l’on recycle mais celui qu’on ne produit et ne consomme pas. Car si trier ses déchets est un acte positif, ce n’est pas la réponse. Lucie Schmid, Vice-Présidente de "La Fabrique écologique" - Think et Do-Tank qui a pour objectif de promou­voir la transition écologique - qui a participé à l’étude, va dans ce sens : “la réduction de la consommation et de la production de plastique est la seule solution viable à terme”. 

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le recyclage ne représente qu'une mince part dans le cycle du plastique, 14% à peine. (© Atlas du plastique 2020 / EPA)

Les emballages représentent à eux seuls 40% du plastique produit chaque année, or la majorité d’entre eux sont à usage unique et surtout très peu recyclés, contrairement à ce qu’on pourrait croire - le volume s'élève à 14% seulement et le plus souvent il s’agit d’un “décyclage” et non d’un recyclage : le plastique perd en qualité et ne peut plus être utilisé pour le même usage. Les progrès à faire en la matière sont encore gigantesques, tant dans les techniques que dans les taux de recyclage. Beaucoup d’entreprises préfèrent encore acheter du plastique neuf, moins cher et souvent de meilleure qualité.

En France cette tendance est encore plus forte, puisque 45,5% du plastique provient des emballages. Mais dans ce contexte un peu désespérant, avouons-le, le point positif est que l’emballage est certainement le secteur où l’on a le plus de marge de manoeuvre en tant que consommateur. De plus en plus de solutions existent : vrac, consigne, emballage durable. Encore faut-il les utiliser...

Du "drive tout nu"à la fontaine à eau

Si la lecture de cet Atlas est parfois un peu démoralisante, les auteurs ont tout de même mis un point d’honneur à démontrer que des alternatives existent et que certaines sont déjà mises en oeuvre, notamment en France. Plutôt que de plaider simplement pour le recyclage, ils préfèrent mettre en avant le récent mouvement “Zéro déchet”, dont la philosophie n’est pas de traiter les déchets, mais d'élaborer des stratégies pour ne pas en avoir besoin. Ces approches “zéro déchet” se multiplient à travers le monde. Associations, collectivités locales, entreprises, des initiatives à diverses échelles sont visibles. En France, les magasins Biocoop ont arrêté la vente de bouteilles d’eau en PET et proposent de l'eau filtrée en libre service, à Toulouse “Le drive tout nu”, un magasin drive sans emballage jetable (remplacé par des bocaux consignés) a vu le jour et ne cesse de se développer - un deuxième magasin vient d’ouvrir, pour ne citer que quelques exemples.

De plus en plus d'initiatives émergent, dans la droite ligne du mouvement "zéro déchet" dont l'idée est de mettre en place des stratégies pour éviter le plastique à la racine. (© Atlas du plastique 2020 / ZWE)

L’Atlas du plastique est disponible gratuitement ici.

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