Ils seront 16 000 demain, dimanche 21 juillet, à vivre le fantasme absolu du cycliste amateur : courir la mythique « Etape du Tour ». Cyclistes passionnés, athlètes de toutes les disciplines et de tous niveaux, ils vont s’élancer cette année sur la 20e étape du Tour de France 2019, entre Albertville et Val Thorens. Créée en 1993, cette épreuve est réservée aux mordus du vélo du monde entier. Une chance unique de se mettre dans la peau d’un coureur professionnel et de profiter des routes de la Grande boucle en conditions réelles.
Qu’est-ce qui motive ces sportifs, comment se préparent-ils ? Réponse de deux personnalités atypiques, le chef étoilé Jean Sulpice, et le parathriathlète Thibaut Rigaudeau, tous deux sur la ligne de départ de la 29e édition.
L’idée est simple : permettre à tout un chacun de courir l’une des étapes du Tour, en avant-première. Rallier l’arrivée reste un cependant un vrai défi, il s’agit, rappelons le, d’une des courses cyclistes les plus dures du monde. Qu'on en juge, les chiffres de cette année donnent le tournis : 135 km, 4 563 m de dénivelé, 3 cols, dont 1 "hors catégorie" (particulièrement dure) et, pour pimenter le tout, une arrivée à 2 365 m d’altitude, la plus haute de l’histoire de cette épreuve destinée aux amateurs.

Parmi les 16 000 coureurs au départ, dont 7% de femmes, on trouve tous les profils : des semi-pros - ceux qui se battent pour la victoire ont un niveau très élevé - mais surtout des amateurs plus ou moins entraînés. L’épreuve séduit aussi chaque année des personnalités. En 2018, Franck Schleck, ancienne star du peloton, était présent, mais aussi Antoine Denariaz, champion olympique de ski, ou encore Franck Cammas, skipper de renom.

Sur la ligne de départ, demain, deux figures de la gastronomie et du sport ont retenu notre attention. Deux profils très différents, ils ont en commun la passion pour le sport et le goût du partage.
Interview, à quelques heures du coup d'envoi de cette nouvelle édition.
Jean Sulpice, chef étoilé : “Il y a beaucoup de similitudes entre l'Etape du Tour et un service au restaurant”.
A 41 ans, le chef de L'Auberge du Père Bise , restaurant deux étoiles Michelin, situé à Talloire, au bord du Lac d’Annecy, sait où il met les pieds. Issu d’une famille de sportif - son frère Patrice, est un ex coureur de haut niveau - il a déjà participé à l’Étape du Tour en 2018, terminant à une très belle 128e place. “On m’a inscrit l’année dernière, le parcours passait 'à la maison', c’était une bonne occasion de tenter l’aventure", raconte-t-il. " J’ai adoré l’ambiance, alors j’ai resigné cette année, d’autant qu’on arrive à Val Thorens”. La station des 3 Vallées, le chef la connaît bien. Il y a tenu pendant 15 ans un restaurant qu’il a mené, là aussi, jusqu’à la deuxième étoile.

Modeste, il ne s’étend pas sur sa première participation, malgré son résultat impressionnant. “Je viens pour me faire plaisir et pour relever le défi", poursuit-il. "Je n’ai jamais vu le sport dans un esprit de performance, mais je reste perfectionniste, c’est certain”. Perfectionniste, il l’est par nature ; on n’obtient pas deux étoiles par hasard. “Quand j’entreprends quelque chose, je le fais à fond, que ce soit en cuisine ou dans la vie", explique ce Savoyard d'origine, considéré comme l’un des plus grands chefs français de sa génération. "Pour le vélo par exemple, je m’intéresse au matériel, à l’alimentation, à la gestion de l’effort, c’est passionnant", dit-il.
La vie de cuisinier ne laisse pourtant pas beaucoup de temps pour soi. L'Auberge du Père Bise est ouverte midi et soir, sept jours sur sept, en cette période. Il trouve néanmoins le temps d’aller s’entraîner quelques matinées dans la semaine, sans jamais se forcer. “Le sport fait partie de ma vie, de mon équilibre. Ça me permet de relâcher la pression et le stress. Mais je le fais avant tout par plaisir et non par devoir”, explique-t-il. La difficulté est moins de trouver le temps que de gérer la fatigue. Reste que faire du sport fait partie de son quotidien, tout au long de l’année. Été, automne, hiver, printemps, le chef adapte son entraînement en fonction des saisons, comme en cuisine : “En hiver je fais surtout du ski de randonnée", explique-t-il. "En automne plutôt du VTT, en été du vélo de route ou de la course à pied, j’aime varier les plaisirs”.
Le Tour de France est un mythe, qui ne le laisse pas de marbre. “Faire la même étape que les pros, et les voir quelques jours après sur le même parcours, c’est très stimulant et passionnant d’analyser, d’essayer de comprendre comment, eux, à leur échelle, gèrent leur effort”. La découverte et le partage, c’est aussi cela que Jean Sulpice vient chercher dans l’Étape du Tour. “On a tous notre propre histoire, nos contraintes, mais le sport permet de réunir des gens très différents autour de la même chose. Au fond, c’est un peu comme la cuisine".
Les similitudes entre sport et cuisine sont nombreuses, c’est sans doute ce qui explique que beaucoup de chefs soient aussi des sportifs, comme lui. “Pour réussir à boucler l’Étape du Tour, il faut être passionné et perfectionniste dans la préparation. Ces deux éléments sont également essentiels pour être un bon cuisinier”. Dans la gestion de l’effort, l’analogie est frappante selon lui : “Un service ne se passe jamais pareil, comme en sport, c’est toujours différent. Et surtout, pour aller au bout, il faut savoir se gérer, c’est primordial.”
Compte-tenu de ses résultats, aux fourneaux comme en selle, on ne doute pas trop de ses capacités en la matière. De quoi espérer encore mieux cette année ?
Pour le suivre en live dimanche, dossard n°617, c'est ici.
Thibaut Rigaudeau, parathriathlète (malvoyant) : “Pendant la reconnaissance, je me suis rendu compte qu’on allait en chier”.
La France excelle en triathlon. Mais saviez-vous qu’elle est aussi une nation qui compte en paratriathlon ? Thibaut Rigaudeau, 28 ans, est arrivé récemment dans la discipline, il n’a que quatre courses à son actif. Pourtant, les résultats sont déjà au rendez-vous. Lors de la dernière manche de la Coupe du monde, à Montréal, au Canada, il est monté sur la troisième marche du podium. En tant que triathlète, le vélo fait partie intégrante de son quotidien, mais l’Étape du Tour n’en n'est pas une formalité pour autant.

Dimanche, Thibaut s’élancera sur son tandem pour les 135 km entre Albertville et Val Thorens. À ses côtés, Julien Chesnais, journaliste pour l’Équipe et Vélo Magazine. “Je n’avais jamais pensé participer à cette épreuve, c’est de Julien que vient l’initiative”, raconte-t-il. Le projet a germé en décembre 2018. La fondation l’Equipe a contacté l’ASLAA, l’Association Sports et Loisirs pour Aveugles et Amblyopes. Thibaut l’avait rejoint pour s’entraîner en tandem, dans l’objectif de se préparer pour le triathlon. “On m'a proposé l’idée, ça m’a intéressé, j’ai postulé. J'ai immédiatement accroché avec Julien, et j’ai été sélectionné.” Ses aptitudes physiques ont aussi penché dans la balance, mais comme Jean Sulpice, il ne s’étend pas sur ses performances.
Enfant, déjà, il a les yeux braqués sur le Tour de France. “Je passais les vacances chez mes grand-parents. Mes deux grand-pères suivaient le Tour, donc je faisais de même”. Pourtant, c’est plutôt pour le défi que pour le mythe de la Grande boucle qu’il se lancera demain. “J’ai toujours rêvé de gravir un col en vélo, c’était l’occasion”, confie-t-il. Des cols, il en aura trois au programme cette fois-ci, et non des moindres : Cormet de Roseland, Côte de Longefoy, l’ascension jusqu’à Val Thorens, il devrait être servi.
Sa préparation n’a pas été si simple. “Le triathlon a rapidement pris de la place, du fait de mes résultats. J’ai mis la priorité là-dessus, mais cela reste une bonne manière de s’entraîner pour ce type d'épreuve". Étudiant en école de kiné, il consacre dix à douze heures par semaine à son entrainement. Au-delà de son quotidien d’athlète, il a aussi reconnu le parcours en deux fois. “Je me suis rendu compte qu’on allait en chier, ça monte beaucoup !”. Le tandem n’est pas un avantage, son poids faisant défaut dans les cols. “On a quand même changé le développement”, précise-t-il, « sans quoi il aurait été difficile d’arriver au bout ».
Cette reconnaissance a été l’occasion de tourner quelques images d’un film qui sortira au festival “Tous en selle”, le 26 septembre prochain. Une équipe les suivra également pendant l’étape. “C’est une belle expérience. L'occasion aussi de mettre en valeur le handisport et, pourquoi pas, de donner des idées à certains”.
D’ici là, son programme va être chargé. Thibaut a été sélectionné pour les championnats d’Europe de paratriathlon à Valence, en Espagne, le 14 septembre. Après l’Étape du Tour, les défis ne manqueront donc pas, avec dans un coin de la tête les Jeux olympiques. “À l’origine, je visais ceux de Paris en 2024, mais les choses vont peut-être aller plus vite que prévu…”, confie l'athlète. Rendez-vous à Tokyo l’année prochaine ?
Pour le suivre en live dimanche, c'est ici.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

