La Française a littéralement dominé le Tour de France Femmes. Et ce n’est pas un hasard. Ce sont ses compétences techniques toutes disciplines confondues, sa mentalité de vététiste et son instinct de gagneuse forgé par plus de dix ans de compétition tout-terrain qui l’ont propulsée au sommet du cyclisme sur route féminin.
La victoire de Ferrand-Prévot sur le Tour n’a rien d’un coup d’éclat. C’est l’aboutissement d’années à maîtriser de disciplines bien plus engagées — et souvent plus chaotiques — que la route. Son bagage en VTT cross-country, où l’on joue à la limite de l’explosivité et où la technique est essentielle, a façonné ce qui est aujourd’hui la cycliste la plus complète du monde.
« Les Jeux olympiques étaient le but de ma carrière. Gagner le Tour de France, c’était plus un rêve d’enfant qu’un objectif que je m’étais vraiment fixé », a-t-elle déclaré. « Ce sont donc deux victoires totalement différentes, incomparables, mais toutes deux exceptionnelles. »
Même si elle les considère comme des accomplissements séparés, c’est bien sa maîtrise de la compétition et son pilotage de classe mondiale qui lui ont offert l’or et le jaune sur les deux plus grandes scènes du cyclisme. Et ce, à un an d’intervalle seulement.

Retour à la route : « Gagner le jaune en 3 ans »
Juste après avoir décroché l’or en VTT aux JO de Paris 2024, Ferrand-Prévot n’avait pas tardé à annoncer la couleur. Après avoir enfin conquis le seul titre qui lui échappait — l’or olympique en cross-country, à domicile — elle devait déclarer dans la foulée :
« Je veux gagner le Tour de France Femmes dans les trois prochaines années. »
La connaissant, on la croyait volontiers. Mais personne n’aurait imaginé que cela arriverait aussi vite. Certains doutaient de sa capacité à passer d’efforts intenses d’1h30 typiques du VTT aux longues sessions de 4 à 5 heures d’une course par étapes. Et pourtant, c’est une montée d’une heure à bloc dans le Col de la Madeleine qui allait sceller le sort de ce Tour.
« J’ai appris, avec le VTT, à rouler à ma limite pendant une heure », a-t-elle expliqué après son coup de force sur la Madeleine, samedi dernier. « Je savais que je devais gérer un effort d’1h20 à 1h30. C’est comme en VTT : tu dois aller dans le rouge, mais sans exploser. Je sais bien gérer ce genre d’effort. »

Entraînement croisé, cap sur le jaune
L’année dernière, elle a donc orienté sa préparation vers la route, mais son parcours mixte entre route et tout-terrain a fait des miracles. Elle a accumulé les kilomètres, souvent en s'entraînant avec son compagnon Dylan Van Baarle (Visma-Lease a Bike).
Ses premières sorties sur route, comme le UAE Tour en février, ont montré qu’elle manquait encore un peu de puissance sur les pentes raides. Mais elle a capitalisé sur sa technique, peaufinée au fil des années sur les chemins, les cailloux, les racines, les pavés. Et la confirmation est arrivée sur le Paris-Roubaix Femmes en avril, avec une victoire magistrale. Le message était clair : elle avait le niveau WorldTour, et désormais, elle visait le jaune.

Mentalité VTT : « L’inspection du parcours, c’est crucial »
En VTT, les épreuves se courent sur des circuits fermés. L’inspection du tracé est donc essentielle. Lorsque le parcours du Tour de France Femmes a été dévoilé, Ferrand-Prévot l’a étudié avec l’œil d’une vététiste. « En VTT, on inspecte le circuit dans les moindres détails. On connaît chaque saut, chaque racine, chaque virage », a-t-elle expliqué la semaine dernière. « Je savais que la Madeleine serait décisive. Je l’ai reconnue à l’entraînement. », explique-t-elle.
Elle s’est souvent entraînée accompagnée de ses parents, qui lui passaient des bidons ou faisaient du motorpacing pour affiner sa préparation. Après Paris-Roubaix, elle a même perdu quatre kilos pour mieux grimper. « Chacun se prépare à sa manière. À Roubaix, j’étais plus lourde parce qu’il fallait de la puissance sur les pavés. Mais pour grimper, il faut des watts par kilo. J’ai fait ce choix, j’ai travaillé pour. »
Elle a ainsi construit un plan d’attaque clair, avec le moins d’imprévus possible, et un objectif précis : tout donner dans l’étape reine vers la Madeleine. Selon le site d'information « Lanterne Rouge », elle a développé 5,04 W/kg pendant 64 minutes et 50 secondes, l’un des meilleurs chiffres jamais enregistrés chez les femmes.

Une technicienne hors pair : « Rien n’a été improvisé »
Le VTT exige de garder sa concentration et son intensité pendant 60 à 90 minutes, sans jamais craquer. C’est cette lucidité à haute intensité qu’elle a importée sur ce Tour.
Après un abandon à la Vuelta Femenina en mai, elle a recentré toute sa saison sur le Tour. Dès la première étape à Vannes, une 3e place a envoyé un signal fort : elle était là pour jouer la gagne. Tout au long de la semaine, elle a mis à profit son expérience du pilotage en route, gravel, singletracks ou boue belge. Elle est tout simplement l’une des coureuses les plus techniques du peloton — hommes et femmes confondus. La seule à avoir été championne du monde sur route, en cyclo-cross et en VTT la même année.
« Gagner le Tour de France, ce n’est pas de l’improvisation. C’est le fruit de sacrifices que je ne suis pas sûre de pouvoir refaire », a-t-elle dit dimanche. « Je pense d’abord à mes parents. Je les embarque dans ma folie, mes galères. Ils me suivent en reconnaissances, en Bretagne, dans les Alpes, ils me passent les bidons. Sans eux, je ne serais pas là. »
Sa maîtrise du vélo s’est révélée précieuse dès les premiers jours, dans un début de course tendu où plusieurs favorites sont tombées ou ont abandonné. Certes, les absences de Marlen Reusser (Movistar) et d'Elisa Longo Borghini (UAE) ont simplifié le classement général. Mais sa gestion parfaite des descentes, du placement et des risques lui ont permis de rester dans le match jusqu’aux Alpes, où elle a tout mis bout à bout pour décrocher une victoire éclatante.
La championne la plus polyvalente du cyclisme
Le maillot jaune est la cerise sur le gâteau d’une carrière hors norme. Tout le monde connaît ses stats :
• 14 titres mondiaux en VTT, dans toutes les disciplines (cross-country, marathon, short-track, relais par équipes).
• Des titres en cyclo-cross, route, gravel.
• Une médaille d’or olympique à Paris, après avoir failli tout arrêter après Rio en 2016.
Pauline Ferrand-Prévot gagne des titres mondiaux depuis l’adolescence. Elle a été maîtresse des singletracks, des champs boueux, des chemins en gravier, et maintenant, des ascensions alpines sur asphalte. Elle devient la première Française à gagner le Tour de France Femmes, succédant à Bernard Hinault (1984) et Catherine Marsal (1990), derniers vainqueurs français d’un grand tour. Dimanche, elle semblait presque submergée par l’émotion. Mais cette victoire sur route est le fruit de toutes ses années à forger son talent hors route.
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