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Thérapie par l'escalade
  • Santé

L’escalade en guise de thérapie ? Oui, disent les scientifiques

  • 13 octobre 2020
  • 7 minutes

Ula Chrobak Ula Chrobak Ula Chrobak est une journaliste spécialisée en science et sports outdoor.

Née en Allemagne et en Autriche, la « psychothérapie par le bloc » gagne du terrain partout en Europe. Accessible à tous, l’escalade favorise l’expression de nos émotions les plus profondes et s'impose aujourd'hui comme une alternative aux thérapies classiques, concluent des études récentes.

Miriam Pracki, 36 ans aujourd’hui, en est convaincue. C’est l’escalade qui lui a permis de surmonter des années de problèmes psychologiques graves. En 2000, encore adolescente, cette Allemande a développé un trouble de l'alimentation. En 2010, elle avait déjà été hospitalisée trois fois et des cycles réguliers de dépression et de comportements autodestructeurs s’enchaînant, elle a été amenée à suspendre ses études universitaires. Or lorsque cette fan d'outdoor qui avait toujours active a appris qu'une nouvelle salle d'escalade s’ouvrait dans son quartier, elle a décidé de s’y mettre. Et les compétences acquises via l’escalade lui ont finalement ouvert la voie vers la guérison, explique-t-elle.

 "Pendant que vous grimpez, la seule chose importante, c’est le moment présent", dit-elle. "Vous ne pouvez pas penser à votre poids, ni à votre travail, ni à quoi que ce soit d'autre". Ce sport l'a fait se sentir forte ; elle se souvient avec excitation de l'émotion ressentie lorsqu'elle a réalisé sa première croix sur une voie déversante. "La sensation était incroyable", dit-elle. "Être forte en escalade m'a rendue plus forte dans la vie en général. J'ai pu transférer ce succès et cette positivité dans la vie de tous les jours". 

Au cours des quatre années qui ont suivi son premier apprentissage, elle s'est rétablie, a retrouvé un poids normal, a été diagnostiquée et traitée pour un trouble de déficit de l’attention et est enfin parvenue à terminer ses études. Aujourd'hui, elle est mariée et a des enfants - son mari est également grimpeur - et elle travaille comme architecte d'intérieur. Elle continue à faire du bloc et de l'escalade sportive, tant en salle qu’en extérieur.

Se concentrer sur le moment présent

"Ce sport est indéniablement prometteur sur le plan thérapeutique pour de nombreuses raisons", explique Katharina Luttenberger, chercheuse en psychologie à l'université d'Erlangen en Allemagne. "L'escalade peut provoquer une prise de conscience et favoriser la concentration sur le moment présent, comme peut en témoigner Miriam Pracki, ce qui est essentiel pour traiter la dépression".

Cette pratique est aussi on ne peut plus « objective », on ne peut pas tricher ou se mentir :  soit on se surpasse, soit on ne se surpasse pas. Il est donc plus difficile pour ceux qui luttent avec leur estime de soi de se jeter la pierre ou de minimiser leurs résultats en invoquant la chance, car ce n’est pas la chance ni le hasard qui vous permet d’atteindre le sommet. Ce sport est également chargé de métaphores. "Un patient dépressif a besoin de retrouver une prise dans la vie, on dit aussi qu’il faut s’extraire de sa dépression, ou lâcher prise pour aller de l'avant", rappelle Katharina Luttenberger. 

Des applications en hôpital

Cette réflexion sur les vertus de l’escalade a émergé en Allemagne et en Autriche mais elle gagne rapidement du terrain dans le monde entier, des praticiens comme Katharina Luttenberger étudient de près la « psychothérapie par le bloc » - une combinaison de thérapie par la parole et d'escalade - dans le cadre de recherches scientifiques très rigoureuses - et les mettent en œuvre en milieu hospitalier et dans leurs cabinets privés. Forts d’études étayées et grâce au soutien de nombreux experts, ces psychologues espèrent convaincre les services de santé que cette thérapie est une alternative valable aux approches plus traditionnelles de la thérapie par la parole.

En presque dix ans de recherches, Katharina Luttenberger et ses collègues ont ainsi élaboré un programme de dix séances. Chacune commence par de la méditation. Puis l'instructeur parle du thème du jour : l'estime de soi, la notion de confiance ou les relations avec les autres, par exemple. Le thérapeute dirige ensuite un exercice d'escalade qui illustre ce thème. Les patients peuvent ainsi s'attaquer à un bloc les yeux bandés, avec les conseils de l'instructeur ou d'autres patients. L’idée étant d’explorer sa peur. Sentiment qui se dissipe généralement, une fois qu'ils apprennent à se fier aux autres. L'exercice est ensuite suivi d'une discussion et d'un autre exercice de méditation ou de relaxation.

Une alternative aux thérapies par la parole

Un article publié en mars dernier dans le BMC Psychiatry, revue médicale britannique très sérieuse, a mis en évidence qu'un programme thérapeutique basé sur l'escalade était plus efficace contre la dépression que d'autres programmes exclusivement sportifs - et donc n'impliquant pas de thérapie - et qu'il était aussi efficace que les méthodes classiques de thérapie par la parole. 

L'essai a ainsi suivi 240 patients : un tiers a participé à une thérapie par l'escalade, un autre tiers a suivi une thérapie cognitivo-comportementale (TCC, une forme courante de thérapie par la parole), et le dernier tiers s’est vu donné un programme d'exercices à domicile. La santé du groupe qui a reçu le traitement par l'escalade s'est améliorée de manière significative, bien plus que ceux du programme sportif et de manière similaire au groupe qui a suivi la thérapie cognitivo-comportementale. "On sait que la TCC est très efficace, on la pratique depuis longtemps et elle est très documentée", rappelle Katharina Luttenberger, qui a dirigé l'étude. "Or nous avons pu démontrer que la thérapie par le bloc n'était pas inférieure à la TCC, et ça, c'est extraordinaire!".

La création d'un groupe témoin ayant une activité physique sans composante thérapeutique était en effet essentielle à l'étude. On sait que l'exercice, en général, a des effets positifs sur la santé mentale. La première étude de Katharina Luttenberger et de son équipe, menée en 2012 auprès de 47 participants, révélait d'ailleurs que le niveau de dépression avait baissé de manière significative chez les participants qui avaient fait du sport, par rapport à un groupe placé sur une liste d'attente comme groupe témoin. Mais cela n'avait absolument pas prouvé que la thérapie par le sport était meilleure que le simple fait de faire monter son rythme cardiaque et de faire bouger son corps. L'étude de 2020 a donc élargi les paramètres et a mieux démontré que la thérapie par escalade avait un potentiel réel. 

L'escalade, métaphore de la vie

"La façon dont les gens abordent un problème en escalade est très similaire à la façon dont ils abordent la vie en dehors de cette pratique", explique Lisa Vigg, psychologue qui a participé aux recherches de Katharina Luttenberger et qui a accompagné ses propres patients au cours de programmes thérapeutique associés à l’escalade en Allemagne. Grimper met en évidence des modèles de comportement que les thérapeutes et les patients peuvent ensuite travailler en salle d'escalade, un endroit sûr où pratiquer de nouvelles compétences.

Le psychothérapeute autrichien Alexis Konstantin Zajetz, explore, lui, la thérapie par l'escalade depuis le début des années 2000. On lui doit la création en 2005 de l'Institut de thérapie par l'escalade de Salzbourg. Lui-même grimpeur passionné, le potentiel de ce sport lui est apparu évident, compte tenu de la concentration intense qu'il requiert et des émotions fortes qu'il peut susciter. Aussi a-t-il commencé avec certains patients à intégrer des séances d'escalade dans la thérapie par la parole. Lors de l’une d’entre elles, lorsque Alexis Konstantin Zajetz a demandé à l’une de ses patientes de choisir une voie facile à escalader, elle a refusé de descendre en dessous d'une cotation difficile. "Elle était très exigeante envers elle-même", se souvient Alexis Konstantin Zajetz, elle avait peur de ce que les autres penseraient si elle ne grimpait pas à un certain niveau. Suite à cette expérience, il a pu travailler avec elle sur ses difficultés à se juger elle-même, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la salle d’escalade.

Un sentiment d'accomplissement

"Comparé à d'autres sports outdoor, le bloc est relativement accessible – une paire de chaussons et un sac de magnésie suffisent. Les salles sont de plus en plus nombreuses de nos jours, et les tarifs d’accès restent très abordables. De plus, c'est un sport ludique et intuitif", explique Alexis Konstantin Zajetz. "Dès les premiers jours, la plupart des gens peuvent effectuer un parcours avec un minimum d'instructions et relativement peu de technique, ce qui leur donne un réel sentiment d'accomplissement. Les grimpeurs avancés et les débutants peuvent s'entraîner côte à côte, en travaillant sur des voies séparées, ce qui favorise la sociabilisation", ajoute le psychothérapeute autrichien.

"Tout ce qui permet aux personnes souffrant de dépression d'être actives physiquement et socialement est une bonne chose", souligne Catherine Forneris, psychiatre à l'université de Caroline du Nord, aux États-Unis, même si les recherches actuelles sur la thérapie par le bloc laissent encore beaucoup de questions sans réponses". A ce jour, les études ne peuvent toujours pas nous dire ce qui est le plus efficace : Est-ce le bloc en lui-même ? L'exercice en groupe ? Les séances de pleine conscience ? Peut-être que tous ces éléments y contribuent, mais pour l'instant, on ne sait pas dans quelle mesure les différentes étapes du programme sont bénéfiques. Mais on devrait peut-être en savoir plus via les nouvelles études qui vont être lancées sur différents groupes de patients en dehors de l'Allemagne, se réjouit Catherine Forneris.

De quoi aussi permettre à cette approche thérapeutique d’être mieux reconnue. En janvier dernier, la première conférence sur la thérapie par l'escalade s'est tenue en Allemagne, 200 personnes y ont participé. Au programme : des ateliers sur les troubles mentaux tels que la dépendance, la dépression, l'anxiété et le syndrome de stress post-traumatique. Miriam Pracki y a également donné une conférence sur le rôle de l'escalade dans le rétablissement. "

De loin la thérapie la plus joyeuse

Reste que si en Allemagne plusieurs cliniques et hôpitaux disposent de murs d'escalade - de sorte que les thérapeutes peuvent prescrire un exercice de bloc dans le cadre d'une intervention - ailleurs, il n’est pas toujours facile d'accéder à la psychothérapie par le bloc. Les patients de Konstantin Zajetz sont ainsi amenés à payer leur entrée en salle d’escalade. Katharina Luttenberger espère donc que la situation changera dans les années à venir afin que ces « traitements par le bloc » soient finalement officiellement reconnus et couverts par les systèmes de santé. Cela pourrait être une bonne alternative pour les personnes qui se méfient des thérapies conventionnelles. Par ailleurs, elle prévoit de publier prochainement un manuel à l'intention des thérapeutes, basé sur le programme qu'elle a affiné suite à ses recherches. De son côté, Konstantin Zajetz organise des formations régulières à l'Institut de thérapie de l'escalade destinées aux instructeurs et aux psychologues intéressés par cette approche. 

Après avoir participé aux recherches de Katharina Luttenberger, Lisa Vigg, qui vit en Angleterre, envisage maintenant de consacrer toute sa pratique à la thérapie par l'escalade. "Cela vaut vraiment la peine de se lever de sa chaise de thérapeute et de s'impliquer activement auprès des patients", dit-elle. "J'ai travaillé avec des psychothérapeutes, tant en milieu hospitalier qu'en consultation externe, avec des groupes et des individus, et je dirais par expérience que c'est de loin la façon la plus facile et la plus joyeuse de faire de la thérapie, tant pour les patients que pour les thérapeutes". 

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