On pense au ski et à l'alpinisme, bien sûr, mais la rando, la course à pied ou encore les activités nautiques vont être également très impactés en France par le changement climatique, selon le dernier rapport de WWF. Ses simulations selon deux scénarios - + 2°C ou +4°C - sont très parlantes. Et extrêmement inquiétantes.
« Le monde est sur le chemin catastrophique de + 2,7°C de réchauffement » déclarait récemment le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. À l’horizon de COP26, tous les regards sont tournés vers l’événement dont la priorité est de finaliser les règles d’application de l’accord de Paris, visant notamment à limiter l’augmentation des températures à un niveau inférieur à + 2°C.
À ce sujet, le dernier rapport de WWF France alerte : les conséquences du changement climatique impactent également le sport. Afin d’anticiper le futur auquel nous devrons faire face, la fondation a analysé deux scénarios d’évolution dans l'Hexagone : un à + 2°C de température moyenne et l’autre à + 4°C. « Pour préserver la pratique sportive, il faut préserver le climat » résume le rapport.
Des vagues de chaleur de plus fréquentes et intenses
Conséquence la plus visible du réchauffement climatique : le thermomètre grimpe et les vagues de chaleur - températures anormalement élevées observables pendant plusieurs jours - sont plus fréquentes et intenses. « Les scénarios s’accordent à dire qu’en France, la fréquence des canicules devrait doubler d’ici à 2050 » précise WWF France.
Au-delà de 32°C, la pratique sportive est déconseillée – perturbation de la thermorégulation de l’organisme, crampes, déshydratation, fatigue intense, altération des capacités de coordination et de prise de décision. Même s'il sera possible de faire du sport dès l’aube ou au coucher du soleil, quand les températures sont les plus basses, ces adaptations risqueront de bouleverser le calendrier des activités encadrées par les clubs, par les établissements scolaires et d’affecter l’utilisation des salles de sports tout en posant des problèmes d’accessibilité.
+ 2°C c’est 9 jours supplémentaires par an enregistrant des températures dangereuses pour la pratique sportive (jusqu’à 24 jours supplémentaires dans le sud de la France)
+ 4°C c’est 22 jours supplémentaires par an enregistrant des températures dangereuses pour la pratique sportive (jusqu’à 66 jours supplémentaires dans le sud de la France)
« Le sportif est particulièrement exposé »
Autre facteur déterminant pour une pratique sportive saine : la qualité de l’air, responsable de 48 000 morts prématurées par an d’après une étude de 2016. « Selon Greenpeace, les doses de polluants atmosphériques inhalés pendant une activité physique sont de 4 à 10 fois plus élevées qu’au repos » explique le rapport. « Dans un monde où les conditions favorables aux pics de pollution seront de plus en plus souvent réunies et marquées, la santé des pratiquants et par conséquent la pratique sportive se verront menacées ».
Le futur incertain des stations de ski
« Avec la hausse des températures, l’enneigement des six massifs français est menacé, et avec lui la durabilité du modèle économique actuel des stations de sports d’hiver reposant principalement sur une exploitation hivernale des territoires de montagne » détaille le rapport. Deux conséquences majeures sur nos montagnes sont à noter : une réduction des chutes de neige et la diminution de l’épaisseur du manteau neigeux. Rappelons-nous qu'en France, l’ouverture du domaine skiable représente 10 millions de touristes par an, 10 milliards d’euros dépensés et 120 000 d’emplois.
Au-delà de l’impact économique des sports d’hiver, le dérèglement climatique « continuera aussi d’affecter l’intensité et la fréquence de certains risques naturels déjà présents en montagne ». Pour ne citer que quelques exemples : crues, avalanches de neige humide, glissements de terrain seront plus fréquents et plus intenses.
Dans les Alpes, à une altitude de 1500 m,
+ 2°C c’est « une réduction de 30 % de l’épaisseur moyenne du manteau neigeux en hiver ». Seules 3 stations des Pyrénées auront un enneigement naturel suffisant.
+ 4°C c’est « une réduction qui pourrait s’élever à 80% ». Dans ce cas-là, « aucune station ne présentera un enneigement naturel fiable dans les Alpes et les Pyrénées ».
Les sites d’activités nautiques en péril
Une nouvelle fois signalée dans le rapport du GIEC cette année, le niveau des mers augmente. « En 50 ans, nous avons déjà perdu 30 kilomètres carrés de surface terrestre, l’équivalent de 4 200 terrains de football » alerte WWF France. Conséquence : les sites d’activités nautiques sont en péril entre érosion côtière et inondations plus fréquentes.
+ 2°C c’est « un club de voile sur sept situés sur le littoral, menacé par la hausse du niveau de la mer ».
+ 4°C c’est « l'incontournable relocalisation de presque un quart des clubs situés sur les littoraux français ».
Les recommandations de la WWF
D’après la fondation WWF France, deux enjeux sont cruciaux : la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation de nos pratiques tout comme de nos infrastructures. Pour lutter contre la menace climatique opérée sur le sport, le rapport propose huit points clés à mettre en œuvre. Entre autres, l’affirmation de la préservation de l’environnement comme une valeur fondamentale du sport, la mise en place d'une politique ambitieuse de transition écologique du sport, la promotion d'une « pratique locale et de saison » et l'accompagnement à l’adaptation au dérèglement climatique.
Pour en savoir plus, retrouvez le rapport complet ici.
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