Aussi connu sous le nom des Sentiers des douaniers, le GR34 est victime de son succès. Plébiscité en 2018, il connait cette année-là plus de 9 millions de visiteurs. Depuis, l'affluence va augmentant toujours plus. Une surfréquentation qui aggrave aujourd’hui les profonds bouleversements que la côté bretonne subit suite au réchauffement climatique. Année après année, son tracé est donc dévié, reculé, retracé, quitte à s’éloigner de la côte.
« De la côte d'Émeraude à la côte de Granit rose », tout un programme, qui fait rêver. Formalisé il y a plus de 50 ans sous l’étiquette « GR34 », ce sentier côtier part de la Manche et court sur 2000 km depuis le Mont-Saint-Michel dont il longe la baie, direction le Pont de Saint-Nazaire, en Loire Atlantique. Jusqu’à Saint-Brieuc, en passant par Saint-Malo, il ne quitte quasiment pas les côtes bretonnes. De Morlaix à Brest, il suit au plus près le rivage en utilisant le fameux « Sentier des douaniers », chemin qui autrefois serpentait plus à l’intérieur des terres. Une option qui revient malheureusement à l’ordre du jour aujourd’hui, compte tenu de l’évolution de ce site : « L’inévitable érosion du littoral breton menace le GR34 », alertait en effet le 4 mai la Fédération Française de Randonnée, rappelant que « les conséquences de l'érosion sont considérables pour l’urbanisme et pour le tracé du sentier littoral GR 34."
Des éboulements de plus en plus fréquents
Un message qui n’est pas nouveau. Déjà en janvier 2021, la FFR de Bretagne dressait une liste inquiétante des tronçons affectés par les violentes intempéries qui s’étaient abattues sur la zone, « St-Cast-le-Guildo (22) : fermeture pour cause d'éboulements, section comprise entre la zone conchylicole et l'allée de la grotte aux fées ». « Pleubian (22). « Paimpol (22) : Eboulement de la falaise. Fermeture du GR®34 entre le bois de Guilben et la pointe de Mesquer. Arrêté et déviation. De la pointe de Guilben, il faudra suivre le chemin forestier puis continuer par la route du bois de Guilben pour retrouver le tracé initial du GR®34. ». De la Côtes-d'Armor au Finistère, en passant par l’Ille-et-Vilaine et le Morbihan, la liste ne cessait de s’allonger au fil des jours. Résultat : plusieurs secteurs du GR 34 avaient dû être provisoirement ou plus durablement fermés et un appel à la vigilance était lancé auprès des randonneurs et vététistes.
Devant l’étendue des dégâts, les municipalités s’inquiétaient alors : qui va réparer et à quel coût ? Et le reste du sentier ? s’interroge-t-on du côté de Binic-Étables-sur-Mer où on a découvert une fissure dans le sentier. A Dinard, déjà très affecté par les grandes marées de septembre 2020, c’est l’accès au chemin de ronde qui est condamné. Et à Saint-Nazaire où le sentier côtier était déjà fermé depuis un an sur le tronçon Trébézy/Virechat suite à des éboulements, on prévient alors que » le retour à la normale n’est pas pour tout de suite « , car pour sécuriser le sentier il faudra passer par la plage, pour autant que la marée le permette, ou par les terres, ce qui suppose « du temps et de l’argent. Et implique de négocier avec les propriétaires des parcelles attenantes au chemin. ». Les randonneurs vont donc devoir « prendre leur mal en patience », conclut-on.
41 localités bretonnes sous haute surveillance
C’était il y a un an, et la situation continue à se dégrader. Pour preuve, en mars dernier à Plérin (Saint-Brieuc Agglo) , on constate l’effondrement de la falaise entre Saint-Laurent et la pointe du Roselier, ce qui conduit à l’interdiction de ce tronçon du GR34, et à la décision de lancer une étude de la falaise. Cet effondrement n’est pas un cas isolé sur le GR34. Et comme des dizaines d’autres sur la côte atlantique, cette zone a été identifiée comme prioritaire sur la liste des communes concernées par le recul du trait de côte, victimes de l’augmentation progressive du niveau marin et du ruissellement de l’eau dans les falaises qui, gorgées d’eau, résistent moins à la force des vagues et des tempêtes de plus en plus violentes qui s’abattent sur la côte atlantique.
Suite au recul du trait de côte sur environ un cinquième du littoral français (hors Guyane) selon l’indicateur national de l’érosion côtière, la loi Climat et Résilience de 2021 prévoit en effet de nouvelles dispositions pour les communes en première ligne face à la montée du niveau de la mer et la multiplication des tempêtes et des submersions marines. Ce mois-ci les noms des 126 communes françaises concernées en priorité ont ainsi été publiés. Liste qui sera révisée au moins tous les neuf ans. Ces communes auront l’obligation de s’adapter en priorité à l’érosion du littoral aggravée par le réchauffement climatique et la pression humaine. Parmi elles, 41 localités bretonnes, dont beaucoup abritent le fameux GR34. Concrètement, pour ces communes, cela veut dire l’obligation de réaliser des cartes du risque de recul du littoral à 30 ans et 100 ans, carte qui servira de base à de nouvelles règles d’aménagement du territoire, allant jusqu’à des interdictions de construire.
Les solutions ? Résister en force, en souplesse ou céder
Face aux risques côtiers d'érosion et de submersion marine, trois approches distinctes de gestion du littoral sont apparues successivement. La première, et la plus ancienne : fixer, de force, le trait de côte, par des ouvrages de protection contre la mer, par exemple. La seconde, plus souple : maintenir des systèmes naturels qui ont un effet protecteur (plages, dunes, rochers littoraux, lagunes, herbiers, marais et prés salés, etc.). Enfin, la plus radicale : le repli face à la mer, rentrer dans les terres. Trois stratégies, pas forcément incompatibles, qui bien souvent, changent ou vont changer à terme le tracé d’un GR 34, victime, de surcroit de son succès.
En 2018 une enquête estimait ainsi à 9,1 millions le nombre d'usagers du célèbre sentier. Dont 26% de «sportifs « (randonneurs, traileurs et vététistes) et 4% "d'itinérants" (ceux qui voyagent à pied plusieurs jours). Au total, ces visiteurs parcouraient... 99 millions de kilomètres, selon l’étude. Parmi eux, beaucoup de marcheurs équipés de bâtons, dont les pointes créent des trous qui laissant ensuite s'infiltrer l'eau. D’infimes agressions, diront certains, mais avec les tempêtes, la houle et le vent, l'érosion des sols s'accélère. Notamment sur les sentiers de la presqu'île de Crozon, où en 2021, le maire sollicitait la préfecture pour réglementer l'usage de ces équipements.
Pas question de les interdire, ce qui limiterait l’accès des sentiers aux personnes qui, sans eux, ne pourraient pas en jouir. En revanche, l'une des solutions, très simple, réside dans l'utilisation d'un embout en caoutchouc se fixant sur la pointe en métal du bâton. "Quand on le pose sur le sol, ça ne le transperce pas et ça ne pas fait pas plus d'impact que la semelle de ma chaussure", explique à France Bleu Claire Pécheur du collectif de guides de randonnée Dizolo qui en vend à prix coûtant aux randonneurs, "J'en ai plus d'une centaine pour toute l'année", explique-t-elle, "quand on informe et sensibilise les gens aux effets de la pointe de bâtons, ils n'ont aucun problème à utiliser les embouts. Il suffit d'en parler et surtout, de rendre ça accessible ». Pas de quoi résoudre malheureusement la crise climatique majeure que connait aujourd’hui notre littoral mais preuve toutefois, que l’éducation, sur le terrain, peut aussi jouer un rôle positif.
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