« Tu respires, tu poses la canne et tu vas surfer ». Voilà à quoi ressemble le quotidien de Thomas Da Silva, un surfeur français de 23 ans qui a perdu la vue à la suite d’un AVC survenu durant son enfance. Champion du monde para-surf par équipe l’an passé, il ambitionne cette année de décrocher le titre en individuel à Huntington Beach (Etats-Unis), lieu des Mondiaux qui se déroulent du 4 au 9 novembre 2024. De quoi couronner de longues années d’entraînement, aux côtés de son guide, Maxence Bodin. Mais aussi de mettre cette discipline encore méconnue en lumière.
Thomas Da Silva ne laisse personne indifférent. Tous ceux qui le voient à l’eau sont marqués par son passage. « C’est incroyable, j’essaie de me projeter, de voir comment ça serait les yeux fermés », imagine l’un des surfeurs d’Hossegor qui a partagé quelques vagues avec lui. « Il doit avoir un sacré feeling ! Franchement, je n’en reviens pas. Et puis, il emmène une bonne vibe dans l’eau. Les gens le voient, le supportent, on lui laisse la priorité. Tout le monde a le sourire dès qu’il a une vague ».
« Dans l’eau, pas d’obstacles, pas besoin de canne ! »
Pour dompter les vagues, le surfeur français peut certes se fier à ses sensations. Mais aussi à la voix de son guide, Maxence Bodin, avec qui il a développé un système de communication astucieux. L’idée ? Savoir quand la vague va arriver. « Je suis ses yeux uniquement pour le départ » détaille ce dernier. « Je le place au meilleur endroit, lui donne le meilleur angle et la meilleure direction. Mais une fois qu’il a pris la vague, il est tout seul. C’est lui et ses sensations ». Le fruit de plusieurs années d’entraînement.
Car il faut bien imaginer que Thomas Da Silva rame sur une vague qu’on ne voit pas arriver, se met debout sur sa planche au feeling, et évolue sur la vague sans aucune repère visuel. « L’Océan, c’est d’abord mon enfance, j’y vais depuis que je suis tout petit. Je suis né à Bayonne, nous passions toutes nos vacances à Anglet. C’est donc un élément familier, naturel. Mais au-delà, ce qu’il représente pour moi, c’est la liberté. Dans l’eau, pas d’obstacles, pas besoin de canne ! », raconte-t-il. « Il n’y a pour moi aucune notion d’hostilité dans l’Océan, de danger, ni même de peur. La peur, je ne la vis que quand j’y suis. Je ne peux pas l’anticiper, puisque je ne la vois pas ». Une émotion qui ne l’a pas quitté depuis ses premiers pas dans la discipline.
« J’ai tout de suite su que je voulais faire ça »
Le surf, ça a été une évidence pour Thomas Da Silva. Et ce, dès sa première session de surf, à 15 ans. « J’ai tout de suite su que je voulais faire ça » se souvient-il. Atteint de cécité totale depuis l’âge de 10 ans, à la suite d’un AVC ayant atrophié ses nerfs optiques, c’était loin d’être une évidence. Sur le papier du moins. Car voilà près d’une décennie que Thomas repousse ses limites dans l’eau. Au point de devenir l’un des meilleurs de sa discipline. Il participe cette semaine, du 4 au 9 novembre, aux championnats du monde de para-surf à Huntington Beach, aux Etats-Unis. Il vise l’or en individuel. Un objectif plus que réaliste, puisqu’il a déjà deux titres de vice-champion du monde (et un de champion du monde par équipe) à son palmarès.
La compétition est à suivre du lundi 4 au samedi 9 novembre en direct sur www.isasurf.org. Chaque jour à partir de 16h30, heure française.
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