Leur aventure est terrible est merveilleuse. Marcher 1013 km sur le célèbre sentier côtier du sud-ouest de l’Angleterre, voilà la seule solution que Moth et Raynor Winn, un couple d’Anglais quinquagénaires, ont trouvé quand, chassés de leur vieille ferme-gite par les huissiers, ils prennent la route, sans le sous et pauvrement équipés. Une histoire vraie où la rédemption vient par la marche et la nature. 373 pages qu’on lit d’une traite.
Au Royaume uni « Le Chemin de sel » est un best-seller : plus d'un million de lecteurs et une brassée de prix engrangés depuis sa sortie en 2018. En France, le premier récit, totalement autobiographique, de Raynor Winn est sorti au printemps chez Stock et déjà des milliers de lecteurs guettent la suite, "The Wild Silence", que les Français ne découvriront que début 2025, selon l’éditeur. Et on les comprend. Car commencer ce récit, c’est s’embarquer dans la plus improbable des aventures qui a tous les ingrédients du mélo mais qui s’impose comme un grand et beau récit où la nature tient le premier rôle et l’amour et la résilience sont les moteurs. Il faut donc la plume de Raynor Winn pour transformer leurs malheurs en cascade en une histoire d’amour mêlant poésie, humour et réflexion sur notre monde et notre rapport au vivant.




"Marcher", la seule solution
A cinquante ans, Raynor Winn et son mari, Moth, perdent leur ferme-gite nichée au cœur du Pays de Galles, rénovée avec peu de moyens. Pendant vingt ans ils y ont élevé des moutons, cultivé leurs légumes et reçu des hôtes. En un mot, c’était leur maison où ils ont élevé leurs enfants, et aussi leur gagne-pain. Ils en sont expulsés par les huissiers à la suite d'une bataille judiciaire de trois ans dont ils sortiront perdants, totalement ruinés et moralement dévastés. Pour eux, tout s’est joué sur un détail de procédure, ils avaient été reconnus responsables des dettes après la faillite de l'entreprise d’un "ami" d’enfance de Moth dans laquelle ils avaient investi.
Et, comme souvent, un malheur n’arrive jamais seul. Peu après leur expulsion, Moth, malade, reçoit un diagnostic qui le laisse à terre : il est atteint de dégénérescence corticobasale, ou CBD, une maladie incurable qui lui laisse une espérance de vie limitée à quelques années et une fin terrifiante. Il a 53 ans. Son médecin lui recommande d'éviter de se fatiguer ou de marcher trop loin. Raynor et Moth sont sans domicile où se réfugier et ne veulent encombrer ni leurs amis ni leurs enfants. Les voilà SDF. Que faire ?
"« - On pourrait simplement marcher. C'était une idée absurde, mais j'avais décidé de la proposer quand même. Marcher ? Oui. Simplement marcher. » se dit Raynor en découvrant dans la soupente où elle et Moth se cachent des huissiers un vieux guide du célèbre sentier côtier du sud-ouest de l’Angleterre. Parce qu’ils n’ont plus rien à perdre et nulle part où aller, ils décident donc de prendre la route et s’embarquent, sans expérience de la randonnée, sur les 1013 kilomètres s’étendant entre Minehead et Poole Harbour, en passant par Land’s End, à la pointe sud de l’Angleterre.

Leur bagage ? Un sac à dos chacun, des sacs de couchage très légers mais qui s’avèreront bien trop minces dès les premiers froids, une tente achetée d’occasion sur eBay, un réchaud… et un exemplaire du Beowulf dans la traduction du poète Seamus Heaney. Sur leur tête : la menace de la maladie de Moth, inconnue, imprévisible, qui lui inflige de terribles douleurs, encore accentuées par une randonnée qui s’avère bien plus ardue qu’ils l’imaginaient.
Au fil des kilomètres, son corps repousse la maladie
Mais contre toute attente, ils avancent, bivouaquent par tous les temps, connaissent le froid, la faim, la fatigue, la pauvreté. Partis avec 115 livres sterling en poche (environ 130 euros), ils survivent grâce à de maigres « crédits d’impôt » qu’ils reçoivent chaque semaine. Eux qui, quelques semaines plus tôt, étaient propriétaires d’une ferme et pensaient leur avenir tout tracé, sont désormais sur la route, « mi randonneurs, mi SDF.». Par choix, mais aussi par fatalité.
Une expérience douloureuse qui sera transfigurée par le sentiment de liberté qui peu à peu les gagne et surtout par le fait que Moth constate que peu à peu la marche lui rend sa mobilité et semble repousser la maladie. « Moth survivait en revenant à un état d'existence plus naturel... non pas avec l'intervention de l'homme, mais sans elle", écrit Raynor Winn.





Sans déflorer ce récit passionnant, disons qu’après en avoir beaucoup douté, les médecins confirmeront qu’il doit son salut au mouvement, aux milliers de kilomètres marchés au cours des longues journées de randonnées qui ont permis à son cerveau de trouver de nouveaux cheminements. « Chaque vallon franchi était une victoire, chaque jour où nous avions survécu, une raison d’aborder le lendemain », écrit Raynor Winn. À mi-chemin, le couple passera l’hiver dans un hangar abandonné prêté par une amie avant de reprendre la route, n’ayant aucune bonne raison de ne pas continuer. Depuis, la vie a été plus clémente avec eux. Installés dans un village de pêcheurs de Cornouailles. Moth poursuit des études en horticulture durable et Winn arpente les falaises du bord de mer et écrit. Son récit a passionné les Anglais, et déjà on parle d’en tirer un fim. Mais toujours le couple marche, car s’arrêter, pour Moth, est un arrêt de mort.

Le chemin de Sel
Raynor Winn. Éditions Stock.
23€
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