Au cours d'une randonnée sur les eaux du Golfe du Morbihan, nous avons testé un canoë hybride à voile. Un nouveau concept imaginé par deux frères originaires du Sud de l’Angleterre, installés dans le Morbihan depuis l’enfance.
Explorer un terrain de jeu tel un aventurier, rallier un point d’arrivée sans se retourner, échanger sur les caprices du temps rencontrés et la dureté de l’itinéraire pour enfin se reposer. On en rêve tous. De Mike Horn à Roald Amundsen en passant par Jack Kerouac et Robert Louis Stevenson, chacun de nous possède en lui une part d’aventurier. Les « Anglais » de Baden, comme on les surnomme aux alentours de cette commune nichée sur les rives du Golfe du Morbihan, possèdent cet ADN. De leurs mains sortent de véritables bijoux de bois conçus pour la navigation.


Idéal pour l’exploration et la balade
Le « Boat Shop » de Baden, c’est un peu la chocolaterie de Willy Wonka. Spécialisés dans la construction de bateaux de bois, George Richards, 35 ans, et son petit frère Thomas Richards, 31 ans, ont eu l’envie de fabriquer leur propre canoë pour explorer leur territoire favori : le Golfe du Morbihan. Sans rien céder à l’esthétique, les deux frères ont imaginé un canoë hybride deux places pouvant passer d’un mode rameur à un mode « dériveur ». Inspiré par les canoës indiens du Canada qu’utilisaient les trappeurs avant d’être importés en Angleterre par la catégorie aisée, le Walden 19, nom donné à leur canoë, incarne ce nouveau support outdoor de balade et d’exploration.


Les eaux tumultueuses du Golfe du Morbihan et ses vents parfois irréguliers peuvent rendre les sorties compliquées pour un support uniquement dédié à la voile ou à la rame. « L’idée était de créer un canoë hybride sur lequel deux personnes pouvaient monter et transporter leurs affaires dans un coffre étanche », nous explique George, ravi des conditions printanière de cette matinée. « Sur de longues distances en navigation fluviale, lorsque le vent vient de derrière, pouvoir hisser la voile, accélérer et se prélasser devant les paysages est un vrai bonheur », raconte Thomas, le plus jeune des frères Richards, en se remémorant leur épopée vécue en Ecosse un an auparavant.
Paré de bois africain
Ce matin-là, nous sommes loin des températures écossaises, le soleil illumine le ciel et le mercure affiche déjà 19 degrés à 9h30. L’itinéraire choisi nous emmène sur un bras de la rivière d’Auray au départ de la commune de Plougoumelen. Notre équipe de quatre personnes, des amis de longue date, s’élance en direction du pont du Bono, portée par le courant descendant de la marée. Les petits abers de cette contrée sont resplendissants, les arbres en fleurs et les vieilles bâtisses typiques ornent notre descente vers le Golfe du Morbihan (petite mer en breton). Nos deux Walden 19, parés de bois okoumé d’Afrique et de cèdre rouge vernis sur l’ensemble du pont, le safran et la dérive, donnent une touche authentique à notre randonnée. L’aspect de ce bois que l’on trouve au Cameroun, au Gabon et en Guinée rend l’embarcation très singulière. Souples et confortables, les assises des sièges vernis sont en corde naturelle tressée, une peu à la manière d’une raquette de tennis de Bjorn Bjorg. D’excellente facture et toujours parées de bois vernis, les pagaies assurent un rendement efficace de la motricité du canoë et peuvent aussi être « assemblées » pour former une seule et unique pagaie double de kayakiste.


De la pagaie à la voile en un clin d’œil
Après avoir dépassé le « fort espagnol », on entre vraiment dans le Golfe, moment choisi pour un arrêt sur une petite cale de mise à l’eau à Baden. En cinq minutes les voiles sont hissées sur le mât en cinq parties que l’on assemble. Nous repartons illico, bien portés par une légère brise qui nous démontre qu’en dépit de nos très musculeux bras, l’efficacité de la voile reste bien meilleure. Cap sur Larmor-Baden ! Un dernier passage de courant, cette fois contre nous, oblige le Walden a repasser en mode rameur. Ni une, ni deux, nous choquons (lâchons en langage non-marin) la voile puis tournons le mât sur lui-même comme une barbe à papa de manière à enrouler la voile autour. Les pagaies sont de nouveau de sortie pour un remake du « deux de couple » olympique. Après quatre minutes de labeur et de forte intensité face au courant, on peut souffler de nouveau, on l’a passé. Le repos approche à quelques encablures de la plage de Berchis à Larmor-Baden, notre destination finale. Une belle sortie !
De la Loire aux Highland écossais
Concevoir est une chose, tester son matériel en est une autre. De ce côté-là, les frères Richards ne se font pas prier pour éprouver leurs prototypes: de l’Erdre à la Loire en passant par l’Ecosse et les îles des Glénans, Thomas et Georges ont baroudé un peu partout sur les fleuves et canaux. Voyageurs invétérés et aventuriers dans l’âme, nos Anglais ont même repoussé les limites de leur canot jusqu’à naviguer en pleine mer, ralliant l’île de Houat puis celle de Belle-Île depuis le Golfe du Morbihan. «Ça l’a bien fait, le canoë s’est très bien comporté même sur la côte sauvage de Belle-Île avec des vagues, on a pu alterner la navigation à la voile et à la pagaie en fonction des conditions », détaille Thomas, parti avec son frère et un ami planchiste ce jour-là.
Avides de nouveaux territoires à explorer et grands admirateurs de Robert Louis Stevenson, George et Thomas ont poussé jusqu’aux terres de l’écrivain écossais, dans les Highlands, qu’ils ont descendus en canoë. L’auteur écossais avait publié en 1878 « An Inland Voyage »(Voyage en canoë sur les rivières du Nord), relatant ses pérégrinations à travers la France et la Belgique. Nos deux frères ont eux, préféré explorer les lochs écossais de la péninsule de Sa Majesté. Descente du Loch Shiel depuis Glenfinnan, visites et bivouacs sur les îles du Loch Lomond, paysages des brumes typiques, de verdure intense, de rapides à franchir ont agrémenté leur voyage authentique.
Un parcours de vie atypique
« On avait envie de revenir à nos premières amours », confesse sobrement George pour expliquer leur choix de vie de reprendre le chantier naval paternel après une première vie de sportifs de haut niveau en voile. Simon, leur père, a bâti cette petite entreprise en 1996 avec cet esprit d’authenticité, d’amour pour le travail du bois et la navigation classique. Deux ans avant, en 1994, George et Thomas, alors âgés respectivement de dix et six ans, découvraient la langue de Molière et le pays de la Révolution où leurs parents avaient décidé d’élire domicile.
Quittant Lymington, au Sud de l’Angleterre, la famille Richards débarque en Bretagne. Mais à l’instar des prises de courant et de la conduite à droite de leur pays de naissance, ils ne vont pas tout à fait suivre les codes des expatriés ordinaires, en choisissant de s’installer sur une île du Golfe du Morbihan : l’Île-aux-Moines. « Ça a été plus facile pour s’intégrer », avoue Thomas, avec le recul, précisant qu’ils étaient « seulement deux ou trois Britanniques par classe avec une institutrice très présente ». Devenus iliens, les Anglais s’intègrent facilement mais quittent l’île pour la commune d’en face, Baden, afin d’y ouvrir en 1996 le fameux chantier naval devenu iconique dans la région : « le Boat Shop ». Un ensemble de trois bâtiments de bois rouge tout droit sorti d’un western de Sergio Leone.

Inspirés par Stevenson, guidés par Confucius
Des soirées au coin du feu sur les îles bretonnes aux montagnes du Kirghizistan et du Népal, George et Thomas poursuivent leurs quêtes d’exploration et puisent leurs inspirations dans diverses sources. Des livres d’explorateurs du 19ème siècle -Robert Louis Stevenson, Jack London- aux écrits de Confucius, ces épicuriens diffusent leur bonheur de travailler et de vivre aux amis proches et clients fidèles qu’ils côtoient.
Sous l’écriteau indiquant « le Boat Shop » les frères Richards pourraient d’ailleurs graver cette citation du philosophe chinois sur la devanture de leur chantier: « choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie ».
Le Walden 19 est en vente via le site des frères Richards, le Boat Shop, au prix de 5990€.
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