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saut en wingsuit
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Le BASE jump de retour à Chamonix après 5 ans de suspension : les 7 points clefs à retenir avant de vous lancer

  • 22 septembre 2021
  • 9 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

En 2016, cinq BASE jumpers trouvaient la mort à Chamonix, conduisant la mairie à interdire cette activité. Cinq ans plus tard, cette pratique peut enfin reprendre, assortie de nouvelles obligations que nous détaillons ici. L’occasion également de faire le point sur les étapes à ne pas brûler pour qui veut se lancer dans ce sport extrêmement dangereux, où l’improvisation n’a absolument pas sa place.

Chaque année une trentaine de base jumpers meurent dans le monde. Soit plus de 380 victimes depuis 1981 pour environ huit à dix mille pratiquants réguliers, dont environ trois cents en France (chiffres estimés). En 2016, l’année où Chamonix a interdit la pratique du BASE - acronyme pour « building », « antenna », « span bridge » et « earth », sport regroupant tous les sauts d’un point fixe, comme d’un pont, d’un immeuble, d’une falaise – le bilan s’élevait à 32 morts. Le taux de mortalité et de blessures serait 43 fois supérieur à celui d'un saut en parachute depuis un avion. C’est dire si cette pratique, largement popularisée en France par des athlètes tels que les Soul Flyers, n’est pas à prendre à la légère.

Né dans les années 60, sous l’impulsion d’un dentiste, Erich Felbermayer, ce sport allait renaître plus tard grâce à Carl Boenish. Américain qui a su médiatiser ses sauts depuis la falaise de El Capitan et du Half dome dans le Yosemite( USA) et du Trollweggen en Norvège, site où il perdit la vie au début des années 80. Le BASE Jump, souvent considéré comme la discipline reine des sports extrêmes, combinant chute libre, parapente, alpinisme, précision d’atterrissage et voltige.

En France, les précurseurs s’appellent Patrick de Gayardon,Bruno Gouvy,Eric Fradet,Pascal Nicoli ,Franck Konrad,Philippe et Catherine Vallaud,Jean marc Boivin, Claud Remide,Laurent Bouquet,Dominique Glaize,Hugues du Reaud,Bernard Maussire, Laurent Le Cléac’h, et bien sûr Erich Baud et Jacques Malnuit. C’est à ces derniers notamment qu’on doit l’importation de matériels de saut fiables sur le territoire français. Sans surprise, on retrouve ce même Jacques Malnuit à l’origine de la FBA, la French BASE Association, sans doute la seule instance représentative de cette pratique en France. C’est d’ailleurs son fils, Roch Malnuit qui en est le Président et qui a créé Rock Drop – première école officielle de BASE jump en France, installée à Chamonix– afin de transmettre tout son savoir sur l’art de la chute. Il compte plus de 2000 sauts BASE et a ouvert de nombreuses sorties dans sa région natale. Il a également effectué des ascensions alpines techniques et des sauts BASE en wingsuit en Antarctique et au Pakistan. Ce sont ses conseils que nous publions ci-dessous. Pour plus de précisions, n’hésitez pas à le contacter, via son site, Rock Drop.


Les nouvelles règles à Chamonix, selon l’arrêté du 17 septembre

  • Interdiction de se trouver à moins de 600 mètres de la zone urbaine sans parachute ouvert. Une limite d’altitude a également été fixée.
  • La pratique est également interdite à proximité des remontées mécaniques. L’envol est en revanche possible depuis l’ensemble du site, sous réserve de se poser au sol en zone montagneuse.
  • Les atterrissages dans le fond de la vallée ne sont autorisés que sur deux aires spécifiques. Les base jumpers doivent également contrôler visuellement l’absence de tout trafic aérien le long de leur trajectoire et prévenir la gendarmerie et Chamonix Mont-Blanc Hélicoptères avant leur saut.

Comment débuter ? Les conseils de Roch Malnuit, instructeur de BASE jump

"Vous rêvez de faire du BASE jump et pourtant ce n’est peut être pas pour vous !
Le BASE. jump est un sport à haut risque qui demande un engagement personnel important. On ne vient pas à la pratique du BASE jump par hasard ou sur un coup de tête. Cet engagement doit être le fruit d’une longue démarche murement réfléchie.

Les motivations : pourquoi faire le grand saut ?
Qu’est-ce qui pousse le BASE jumper à franchir le pas ? Question récurrente chez les néophytes, il est difficile d’y répondre tant les motivations diffèrent d’un individu à l’autre. En fait il y’a presque autant de motivations que de façon de pratiquer ce sport.
Si certains trouvent de la sérénité au bord du vide d’autres s’expriment avec des cris de joie à l’ouverture de leur parachute. Pour certains le BASE jump est le synonyme du plaisir d’être en montagne quand d’autres pimentent leur quotidien et utilisent ce sport pour jouer à se faire peur. Il y’a ceux qui cherchent de la reconnaissance au travers des sponsors et ceux qui pratiquent ce sport caché entre amis. Mais, il arrive aussi parfois de croiser des loups solitaires discrets et réfléchis qui sautent en solo. Ces différences de motivations façonnent les multiples facettes de cette pratique et en font un sport extrêmement riche sur le plan humain.
Avant de vous engager, évaluez bien votre degré de motivation : l’apprentissage est long et demande un investissement personnel et financier important. Il est primordial de se poser les bonnes questions en amont et de prendre le temps d’y réfléchir…

Beaucoup de monde se voit faire du BASE jump, mais seulement quelques-uns y arrivent…
Apprendre le BASE jump n’est pas un objectif inabordable, à condition de disposer de quelques aptitudes, d’une motivation à toute épreuve et de mettre en place une démarche sérieuse. Maintenant que vous avez fait le point sur vos motivations, et murement réfléchi votre décision. Vous allez tout mettre en œuvre, franchir le cap et sauter dans le vide. Etes-vous sûr d’être prêt ?

Faut-il encore préciser que le BASE jump est un sport à haut risque et que l’issue peut-être fatale ? En France, il est encore prohibé dans certains cas. Les sensations qu’il procure sont addictives et votre entourage vous le fera remarquer. Les fractures ou les accidents graves font malheureusement encore trop souvent partie de cette pratique. Si vous n’êtes pas prêt à affronter tout cela, alors ne commencez-pas…

J’ai listé ici quelques aptitudes qui serviront votre apprentissage comme votre vie de BASE jumper. Elles ne sont pas toutes obligatoires mais plus vous en disposerez, plus facile sera la chute…

1 Documentez-vous !


“ Savoir écouter, c’est posséder, outre le sien, le cerveau des autres.” Léonard de Vinci.

La première étape de votre apprentissage consiste à accumuler un maximum de connaissances sur le sujet. Internet est une source intarissable d’informations. Et si vous avez l’impression d’avoir fait le tour de la question, ouvrez vos recherches aux documents anglophones. Procurez-vous les ouvrages consacrés au sport, là aussi il y’a une profusion d’ouvrage en anglais. (The Great Book of BASE de Matt Gerdes est un bon départ).
Faites des dossiers et devenez incollables sur le pliage, les formations, le matériel, la wingsuit, la météorologie, la psychologie, l’alpinisme…

Soyez curieux et échangez avec toutes les personnes que vous connaissez et qui pratiquent déjà. À défaut de pratiquant disponible, posez vos questions sur les forums. Les détracteurs des forums sont toujours présents mais ne vous découragez pas, ils ne sont pas nombreux.

2 Le parachutisme

Case départ obligatoire, le parachutisme est une étape fondamentale dans l’apprentissage du BASE jump.
Le nombre de sauts d’avion minimum est variable selon les personnes. Il vaut parfois mieux comptabiliser 100 sauts d’avion effectués en un été avec en ligne de mire un apprentissage sérieux du BASE jump, plutôt que d’avoir trainer sur un centre de parachutisme 10 ans durant en comptabilisant 700 sauts de Freefly avec une petite voile inadaptée à la pratique en falaise. Certains vous diront qu’il faut un minimum de 100 à 150 sauts au compteur, d’autres 200 à 250 sauts. Il n’y a pas de règle. Une fois le pas franchit du saut de falaise, vous ne ferez certainement pas marche arrière vers la chute libre pour combler vos lacunes. C’est donc une phase capitale à ne négliger sous aucun prétexte.
Gardez en tête que toute expérience acquise en chute libre sera bénéfique lors de vos premiers sauts depuis un point fixe. Une fois de plus il s’agit d’emmagasiner le maximum de connaissances et de vous forger une solide expérience."

3 Exercices à pratiquer en chute

Voici quelques exercices à pratiquer lors de vos sauts d’avion. Ils vous permettront de diminuer votre temps d’apprentissage du BASE jump.
– Vous devez acquérir les réflexes de position et d’ouverture.
N’hésitez pas à faire des sorties d’avion “en vrac” et de chercher à vous rétablir en gardant un axe défini. Situation qui peut vous arriver un jour en falaise…
– Travaillez la dérive autant que possible. Gage de sécurité lors de vos sauts en falaise, testez votre efficacité avec des personnes référentes.
– Votre position à l’ouverture doit être stable et symétrique.
Le parachute doit s’ouvrir dans l’axe : ayez le réflexe de regarder votre voile et de saisir rapidement les élévateurs pour simuler une ouverture mal orientée.
– Utilisez de grosses voiles se rapprochant au maximum de celles utilisée en BASE plutôt que des voiles de chute libre, petites et rapides.
– Pratiquez des pliages “BASE jump” avec votre matériel d’avion. Profitez-en pour tester les différentes techniques de pliage, roulez le nez, ouvrez les caissons, etc.
– Posez-vous toujours sur une cible ou sur un endroit bien défini au préalable. En BASE jump les posés doivent être précis, car souvent de tailles réduites. Faites des posés face et dos au vent pour vous rendre compte de la conduite à tenir. Pilotez aux arrières et accélérez aux avants par exemple. Mais aussi, pilotez votre voile sans décrocher les commandes ou chercher le point de décrochage par exemple.

Autant d’exercices à travailler avant de vous élancer depuis un point fixe…

4 Aptitude physique et mentale

Une bonne condition physique et mentale est essentielle quand on prétend vouloir faire du BASE jump.
Les personnes très sportives seront donc assurément plus aptes à pratiquer ce sport qui demande une concentration très importante à la suite de plusieurs heures de marches. Vos réflexes doivent être vifs, avec des temps de réaction courts. Vous devez disposer d’un bon équilibre et d’une bonne perception dans l’espace.

Une journée de BASE jump rassemble souvent plusieurs activités : longue randonnée en montagne, approche scabreuse et escalade pour accéder au bord de la falaise. Les plus beaux sauts étant souvent les moins accessibles.
Si ces pratiques sont nouvelles essayez de les appréhender une par une : entrainez-vous à marcher en dehors des sentiers battus, initiez-vous à l’escalade et apprenez-en les rudiments de base…
Les montagnards, parapentistes et parachutistes expérimentés ont déjà une petite longueur d’avance.

Du côté de la psychologie, le BASE jumper est d’un tempérament calme, réfléchit et posé. Un état d’esprit serein est d’autant plus fondamental lors de votre apprentissage.
Il n’y a pas de place pour l’erreur, vous devez donc être méthodique et organisé. Vous devrez faire preuve de discernement et de curiosité pour bien analyser vos erreurs et éviter de les reproduire.
Pour en finir avec la psychologie, l’humilité sera votre ange gardien : le renoncement en BASE jump est une notion importante qui vous sauvera de situations hasardeuses. Si vous n’êtes pas prêt pour faire quelque chose, ne le faite pas. Il est inutile d’être impatient car cela ne vous mènera nulle part. Rappelez-vous qu’un bon BASE jumper est un vieux BASE jumper…

5 Vos proches

Parfois négligé, votre entourage est pourtant un soutien très important.
Présentez-leur les raisons d’un tel engagement et la maturité de votre décision, faites-leur partager vos rêves, sans oublier les risques que cela comporte. S’ils comprennent votre démarche, ils vous soutiendront dans vos choix.

Vous serez constamment questionné annonçant que vous faites du BASE jump. Vous aurez à vous justifier et à répondre à des questions parfois absurdes. Vos proches peuvent jouer votre porte parole et vous apporter de la crédibilité.

6 Le matériel

Nous vous conseillons d’acheter un matériel neuf et de débuter directement avec votre propre équipement. Inexpérimenté vos connaissances du matériel sont limitées, en achetant du matériel neuf vous éliminez le risque de tomber sur une mauvaise occasion. Si vous avez des amis dans le milieu sollicitez leur avis pour votre premier achat.

Choisissez un fabriquant reconnu et n’hésitez pas à mettre le prix qu’il faut. Vous pouvez largement garder votre matériel une dizaine d’années. Votre parachute doit être adapté à votre niveau, à votre localité et à l’utilisation que vous allez en faire.

7 Le pliage

Maintenant que vous avez votre matériel, pliez ! 10, 20, 30 fois, autant que nécessaire pour maîtriser une technique fiable. Et vous devez être satisfait du résultat !
Apprendre avec un DVD n’est pas toujours suffisant : faites vérifier votre pliage par une personne expérimentée.
Pratiquez le changement de place du glisseur, montez et démontez votre matériel. N’attendez pas qu’on vous montre les différentes techniques, faites-le vous-même, vous apprendrez plus vite. Analysez la phase d’ouverture et comprenez pourquoi certaines techniques sont plus populaires que d’autres. En d’autre termes multipliez les situations et soyez… curieux !

Votre matériel est votre gage de survie, ne le négligez pas… "


Avis à ceux qui douteraient encore de la nécessité de pratiquer le parachutisme auparavant...

A ces conseils précieux de Rock Malnuit, ajoutons que dans un article publié dans « Base jump.com » , « Je veux faire du base jump, mais je ne veux pas faire de parachutisme », le père de Rock, Jacques Malnuit, précurseur de la pratique en France expliquait : « je suis fermement convaincu que le parachutisme est absolument et positivement important non seulement au début, mais tout au long de votre carrière de base jumper. Même si ce n’est pas si amusant, je pense que c’est quelque chose qui devrait être considéré comme nécessaire pour atteindre un niveau compétent en BASE, surtout si vous prévoyez de faire des sauts de BASE glisseur haut. J’ai de la chance d’avoir survécu à mon idiotie et si je pouvais remonter le temps, je sauterais beaucoup plus en parachutisme. J’aurais eu beaucoup plus de plaisir sur mes premiers sauts de falaise et je serais certainement un meilleur base jumper que je ne le suis aujourd’hui. » Difficile de faire plus convaincant, non ?


Besoin de plus d’informations sur le BASE jump ? Direction la FBA, la French BASE Association

Fondée en 1993 par Jacques Malnuit, Frank Konrad et Claude Remide, la FBA entend promouvoir la pratique du BASE jump en France. Elle a également pour vocation l’amélioration de sa reconnaissance en véhiculant une image positive du BASE jump. Son siège social est situé à Chamonix. La FBA organise des permanences, des évènements sportifs et des rencontres amicales. Elle permet également le regroupement des pratiquants et l’échange d’informations techniques par l’intermédiaire du forum.
A noter qu’elle est inscrite depuis 2012 à la Fédération Française des Clubs Alpin et de Montagne (FFCAM). Une affiliation qui a permis la mise en place d’un plan d’actions visant à soutenir l’image française du BASE jump.

A lire également « Le BASE jump", par Rock Malnuit

Sorti en janvier 2021,  c'est à ce jour le seul ouvrage en français publié sur le BASE jump. Il est une source d'information incontournable pour celui qui souhaite s'initier ou progresser dans l'activité. Vous trouverez par exemple, une présentation complète du matériel, des recommandations pour choisir votre matériel ou des conseils de terrain. Pour un avant-goût du guide, cliquez, ici.





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