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JJ Wallis
  • Aventure

« Have fun, fly fast, don’t die », aimait répéter « JJ » Wallis, mort en plein vol

  • 11 décembre 2025
  • 6 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Champion du monde de wingsuit et ouvreur de lignes que personne n’osait imaginer, le Sud-Africain s’est tu le 25 novembre lors d’un vol d’essai en parakite au-dessus de Lion’s Head, au Cap. À 35 ans, "l’Intrépide" — capable d’atteindre 230 km/h en wingsuit — laisse derrière lui une communauté sonnée. Portrait d’un pilote qui se disait « né pour voler ».

 « I was born to fly. I’m going to try to fly until I’m 80 », expliquait récemment Jean-Jacques Wallis sur Instagram. Il n’atteindra jamais les 80 ans. Le 25 novembre 2025, à 35 ans, l’un des wingsuiteurs les plus respectés de la planète s’est tué en heurtant la paroi de Lion’s Head, ce cône rocheux qui domine l’Atlantique aux côtés de Table Mountain et Signal Hill, au Cap. Selon l’Autorité sud-africaine de l’aviation civile (SACAA) et l’Association sud-africaine de deltaplane et de parapente (SAHPA), il effectuait ce jour-là un vol solo d’essai avec une Flare Moustache, une parakite – aile hybride très réactive, à mi-chemin entre un kite et un parapente, conçue pour le vol côtier par vent fort et des trajectoires très dynamiques.

L’impact, violent, ne lui laisse aucune chance. Plus de trente membres de Wilderness Search and Rescue sont mobilisés sur une opération décrite comme « éprouvante », avec systèmes de cordes techniques pour récupérer le corps sur une barre rocheuse et le remonter jusqu’au sentier. Cape Town ETC L’Aviation civile a ouvert une enquête, et recueille actuellement vidéos, photos, données météo et témoignages susceptibles d'éclairer l’affaire. Officiellement, on parle d’un accident de parapente – même si, pour les pilotes, la nuance entre voile « école » et parakite de hautes performances change tout au profil de risque.

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Un vol expérimental, une aile radicale

Dans l’émission radio de Lester Kiewit, Louie Stanford, président de la South African Hang- and Paragliding Association, insiste sur ce point : « Ce que faisait JJ était un vol solo récréatif. Il utilisait un parapente appelé parakite, une aile très performante et très dynamique. Les parapentes que l’on voit généralement décoller de Signal Hill sont destinés aux élèves ou à la formation : ils sont lents et incapables de manœuvres dynamiques agressives. Pour un profane, ils peuvent sembler similaires, mais le profil de risque est très différent. »La Flare Moustache qu’il teste ce jour-là est précisément dans cette catégorie : un engin stable en air laminaire, protégé contre les fermetures, mais rapide, très direct dans les commandes et exigeant en conditions turbulentes. Les pilotes de parakite eux-mêmes décrivent ce type d’aile comme « très résistante aux fermetures mais difficile à gérer dans l’air pourri », demandant une solide expérience de vol montagne en plus d’un gros bagage en vol côtiers.

Selon les premiers éléments relayés par la presse sud-africaine et britannique, Wallis aurait percuté la paroi de Lion’s Head au cours de ce vol d’essai, dans une zone où la topographie accélère et cisaille le vent. Pour l’instant, impossible de dire si la cause principale est à chercher du côté de la masse d’air, d’une trajectoire trop engagée, d’un facteur humain ou d’un paramètre matériel.

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Série noire en Afrique du Sud et en Europe

La mort du pilori intervient dans une séquence particulièrement sombre pour les sports aériens. Dans le seul Western Cape, la presse locale rappelait en début d’année que trois parapentistes avaient trouvé la mort en un mois lors de vols séparés, poussant les autorités à lancer une enquête formelle sur la sécurité de la discipline. Lion’s Head et Signal Hill, deux spots très fréquentés par les touristes en biplace, ne sont pas épargnés. Selon la SA Mountains Accidents Database citée par CapetownEtc, 43 incidents de parapente et de vol libre y ont été recensés depuis 2000, dont un pic de six accidents en 2024.

À l’échelle mondiale, la wingsuit et le BASE restent parmi les pratiques les plus létales des sports outdoor. Des données compilées pour une dépêche Reuters évoquent des taux de blessures de 1 à 3 % et une mortalité estimée entre 0,25 et 0,5 %… par saut. D’autres analyses, comme celles de HumanBirdWings, parlent d’un décès pour environ 500 sauts en wingsuit BASE, soit un ordre de grandeur sans commune mesure avec l’alpinisme ou le parapente de loisir.  

L’été 2025 avait déjà été marqué par la mort du Britannique Liam Byrne, 24 ans, champion national de wingsuit, percutant une barre rocheuse sur le Gitschen, en Suisse, lors d’un second run après un premier saut réussi. Une enquête pénale a été ouverte par les autorités du canton d’Uri.

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A Tianmen, en septembre, c'est l’apogée

Le paradoxe, c’est que JJ meurt au moment où sa carrière atteint son sommet. Deux mois plus tôt, fin septembre, il domine le 11ᵉ World Wingsuit League Grand Prix sur Tianmen Mountain, à Zhangjiajie, en Chine. Sur ce massif de calcaire vertical, décor de carte postale déjà utilisé par la WWL, il remporte l’or en Target Strike après deux années consécutives d’argent, et décroche la 4ᵉ place en Slalom Speed Race, face à l’élite mondiale du wingsuit BASE.

Le format Target Strike, sa spécialité, consiste à quitter la falaise en wingsuit, stabiliser une trajectoire à plus de 200 km/h puis venir frapper une cible suspendue dans le vide, bullseye idéalement, avant d’ouvrir son parachute. Les juges notent la précision, la trajectoire, la maîtrise de la vitesse.« C’est une sensation géniale, et vraiment super de pouvoir voler avec ces athlètes de très haut niveau venus du monde entier, expliquait-il à GoodThingsGuy. Les dernières années d’entraînement ont probablement fini par payer, parce qu’à chaque saison je monte dans le classement. » , confiait-il alors.

Lors de la première manche, le vent casse le haut du fil qui porte la cible à dix mètres de l’impact. La cible se replie, l’image devient inexploitable pour les caméras. JJ touche quand même, mais doit refaire un saut. Il remet ça, signe deux bullseyes en manches officielles, 180 points et remporte le titre. Sur les réseaux de la WWL, les images tournent encore : une wingsuit orange, trajectoire tendue entre la falaise et un disque multicolore suspendu dans le vide, puis ce « punch » millimétré dans le centre de la cible, à des vitesses où la moindre erreur se paye cash.

L’homme-faucon de Table Mountain

Si Tianmen consacre son statut de champion du monde, c’est chez lui, en Afrique du sud, que JJ façonne vraiment sa légende : sur les falaises de Table Mountain et Lion’s Head. On l’y voit filer à 230 km/h au ras des contreforts de la montagne de la Table, avant d’ouvrir son parachute pour se poser dans la lumière déclinante. « J’ai poussé le wingsuit et le BASE jump à un niveau assez élevé, et certains sauts sont beaucoup plus techniques que d’autres. Je dois énormément m’entraîner pour les réaliser », expliquait-il alors à Reuters. Pour les pilotes du Cap, il est celui qui a « mis l’Afrique du Sud sur la carte » du wingsuit moderne, en ouvrant des lignes audacieuses sur les reliefs locaux et en les répétant avec une régularité clinique. 

Interrogé sur ses débuts par KFM, JJ Wallis résume ainsi son parcours : « Au lycée, quand j’avais 16 ans, je me suis inscrit pour passer mon brevet de parachutisme. J’ai suivi le cours AFF. Et à partir de là, commence le voyage : apprendre à faire voler ton corps dans le ciel et à le déplacer. Tu t’améliores à mesure que tu fais des sauts. »

Vingt ans plus tard, ce « voyage » l’a mené du parachutisme classique aux modèles de wingsuits les plus avancés, du skydiving avion vers le BASE en falaise, puis vers le parapente, le speedflying et, enfin, ces ailes hybrides comme la Moustache. Entre-temps, il a accumulé des milliers de sauts, coaché des pilotes sur les dropzones sud-africaines, tourné pour des marques spécialisées et représenté l’Afrique du Sud sur les plus grandes compétitions internationales de wingsuit.

Sur la sécurité, son discours tranche avec l’image facile de la tête brûlée. Dans la même interview radio, il insiste : « Tout le monde essaie de voler aussi prudemment que possible. On n’essaie pas d’en faire une activité aussi risquée que possible. Tout le monde cherche à réduire le risque. Euh… moi, j’ai peur de me cogner un orteil ! » Quand le présentateur lui rétorque qu’il file à des vitesses délirantes face à des falaises immenses avec pour seule protection un casque, il reste imperturbable : « Non, on peut aller où on veut. Nous avons un contrôle parfait. Et tant que tu restes compétent et discipliné, tu peux le faire en toute sécurité, comme dans n’importe quel autre sport. »

Pas de fanfaronnade ici. Plutôt l’expression d’une culture très précise du risque : connaître la ligne au mètre près, répéter les trajectoires, décoder les micro-variations de vent, accepter de renoncer si un paramètre clé ne colle pas. 

A sa mort, la réaction en dit long sur l’homme. La marque Phoenix-Fly, avec laquelle il volait depuis plus de dix ans, parle de la triste disparition d’une « légende ». Un homme qu’à Tianmen, en septembre, les organisateurs de la World Wingsuit League avaient vu débarquer casque à la main, avec, toujours, ce « large sourire tranquille », serrant la main de chaque concurrent après son titre, et parlant déjà de « la manière dont la prochaine génération pourrait voler encore plus près, encore plus en sécurité ». 

 

  

 

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