Alpiniste et grimpeur accompli, l’Espagnol de 52 ans avait arrêté le wingsuit depuis quelques années, mais il s’y était remis pour les besoins d'un film réalisé par Salvador Calvo revenant sur son parcours prodigieux. Intitulé « La Fiera » (La bête sauvage), il devait être diffusé par Disney en 2026. Il aura suffi d'un saut, mardi 1er avril, pour qu’il perde la vie. Les circonstances exactes de son accident restent encore floues, mais des frères Pou à Alex Txikon, c’est toute la communauté des grimpeurs qui est choquée et lui rend hommage aujourd’hui.
Trop de morts autour de Carlos Suarez au fil des années. Trop d'amis disparus, s’émouvait-il récemment dans une longue interview. Dario Barrio, Alvaro Bulto et Manolo Chana, les pionniers espagnols du BASE jump, devenus chef cuisinier célèbre, présentateur de télévision et entrepreneur prospère, avait un a un disparu dans des accidents de wingsuit. Et c’est pour leur rendre hommage que Carlos Suarez, qui flirtait avec la mort lui aussi depuis des décennies, avait décidé de se remettre au BASE jump, le temps d'un shooting, comme il l’annonçait sur Instagram il y a trois semaines.
Nous préparons minutieusement cette séquence pour être sûr que tout se passera bien. Nous le ferons aussi entourés des meilleurs ! Je ne peux pas en dire plus, mais sûr que ce sera un très beau travail ! J’ai hâte de la partager, mais il faudra attendre un peu.
Or, tout ne s’est pas passé comme prévu mardi dernier. D'après les informations qui ont filtré à ce jour, Carlos Suarez réalisait un saut en groupe depuis une montgolfière pendant la phase de préproduction de ce film censé revenir sur son fascinant parcours d'athlète et d'aventurier. Trois à cinq personnes ont sauté. Apparemment, le parachute de Suarez et son parachute de secours ne se sont pas ouverts correctement et il s'est écrasé au sol. Ses coéquipiers ont atterri sans dommage, et c’est en allant les chercher, que l’équipe s’est rendu compte qu’il en manquait un, Carlos Suarez, dont le corps a finalement été retrouvé. Une enquête est en cours, elle dira si les procédures de sécurité ont bien été respectées et éclairera, on l’espère, les causes de l’accident.
Très expérimenté, un modèle de sang-froid
La mort a donc finalement rattrapé la légende espagnole du BASE jump, connue notamment pour ses sauts depuis l'Uriellu dans les Asturies et depuis les murs de grès de Riglos dans les Pyrénées. Son expérience et son sang-froid n’étaient plus à prouver. L’Espagnol racontait en effet dans une interview l’année dernière comment il avait survécu lors d'un test d'un nouveau modèle de wingsuit. Ne trouvant pas l’anneau pour tirer et ouvrir son parachute, il avait surmonté un moment de stress intense en parvenant à se détendre et, en tâtonnant derrière lui, à trouver l’anneau en question.
Echaudé par cette expérience et par la disparition de beaucoup de ses camarades, Carlos Suarez avait renoncé au BASE jump. Depuis quelques années, ce personnage charismatique, aussi à l’aise dans une conférence qu’à l’écrit ou avec un appareil photo, se concentrait sur le parapente et surtout sur l’escalade sur rocher et glace. Une discipline dans laquelle il excellait, au point de s’imposer pendant trois ans comme champion d'Espagne d'escalade sportive.
Il montait également des expéditions et prévoyait d'ailleurs cette année de faire l'ascension du pic Saula dans la région du Manaslu, dans l'Himalaya, combinant comme à son habitude toutes les disciplines, de l'escalade au parapente. Une passion pour la montagne qui l’avait gagné très jeune. À 17 ans, on l’a vu escalader en solo l'éperon Walker des Grandes Jorasses, puis réaliser le premier solo de la voie Rabada-Navarro vers le Pico Urriello, l'une des ascensions les plus emblématiques d'Espagne.
Pour en savoir plus sur Carlos Suarez, lire son autobiographie : « Morir par la cima » (Mourir au sommet), sortie en 2018. En espagnol, malheureusement non traduite à ce jour.
Voir aussi « Obsession », un documentaire de 19 minutes sorti en 2020 relatant ses ascensions hivernales en Patagonie avec Scott Becker.
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