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En paix avec les requins
  • Société

« En paix avec les requins » [Netflix] : plonger sans cage, s’afficher sur les réseaux — l’activisme controversé d’Ocean Ramsey

  • 29 juillet 2025
  • 5 minutes

Alexandra Gillespie Alexandra Gillespie Alexandra Gillespie est journaliste indépendante spécialisée dans la plongée et les voyages.

À l’heure où à La Réunion le préfet vient de rappeler les bonnes pratiques, suite à la hausse des comportements à risques face aux requins, la diffusion sur les écrans de Netflix d'un documentaire aussi terrifiant que polémique arrive à point. "En paix avec les requins", N°3 sur la plateforme actuellement, donne la parole à Ocean Ramsey, plongeuse qui depuis vingt cinq ans côtoie les grands blancs sans cage. Forte de ses 2 millions d'abonnés sur TikTok et Instagram, son influence sur la protection des squales va croissant. Son objectif : déconstruire l’image monstrueuse des requins véhiculée par Hollywood. « Les requins ne sont pas des monstres… pour autant qu’on sache les approcher », nous explique-t-elle dans une longue interview.

Ocean Ramsey passe plus de temps avec les requins que la plupart des gens avec leurs collègues de boulot. Depuis plus de 25 ans, elle les étudie, nage à leurs côtés et milite pour leur protection — des créatures qu’elle qualifie de « faune sauvage, pas de monstres ».

Ses plongées en apnée très médiatisées, notamment avec des grands requins blancs, lui ont valu le surnom de "Shark Whisperer", qu’on pourrait traduire par « celle qui murmure à l’oreille des requins », ou « la charmeuse de requins ». Expression que Netflix a reprise pour le titre de la version anglaise du documentaire qu'il lui a consacré. En France, c’est sous le titre, plus plat, mais très juste, de « En paix avec les requin », qu’on peut le découvrir depuis le 30 juin. Signé James Reed, le réalisateur oscarisé de « La Sagesse de la pieuvre  » (une merveille couverte de prix), ce film percutant met en lumière l’engagement sans faille de cette biologiste marine hawaïenne qui refuse de se laisser distraire par les critiques qui l'accablent. Sa priorité, affirme-t-elle, reste la préservation des requins, et non leur diabolisation.

https://youtu.be/DVgWaXw9XDU?si=LnltDE8OrQQWEDwr

Avec plus de deux millions d’abonnés sur TikTok et Instagram, Ocean Ramsey partage des séquences spectaculaires d’interactions avec une vingtaine d’espèces différentes — dont des grands blancs de six mètres —, accompagnées d’appels récurrents à des réformes législatives pour renforcer la protection des squales à travers le monde. « Les gens regardent d’abord, et écoutent ensuite », nous explique-t-elle. Pour elle, les images valent souvent plus qu’un long discours, surtout lorsqu’il s’agit de déconstruire l’image monstrueuse des requins véhiculée par Hollywood et notre imaginaire collectif.

Un documentaire qui n'écarte pas la controverse

« En paix avec les requin » n’élude pas la controverse que suscitent ces interactions au plus près des animaux. Ocean Ramsey plonge sans cage, parfois au point de les toucher. Elle affirme que ces moments, soigneusement encadrés, permettent de changer le regard du public sur ces espèces et de sensibiliser à leur rôle clé dans les écosystèmes marins. Mais certains scientifiques dénoncent une forme de mise en scène problématique, qui pourrait stresser les animaux, modifier leurs comportements naturels, et encourager des pratiques dangereuses pour le grand public. À l’inverse, la célèbre océanographe Sylvia Earle — surnommée « la Jacques Cousteau de notre époque » — prend la défense de la plongeuse dans le film, saluant son courage et son efficacité à faire évoluer la perception des requins.

Nous avons rencontré Ocean Ramsey pour évoquer ses méthodes, les critiques, les signaux d’alerte en plongée, et les leviers politiques les plus urgents pour sauver les requins.

En paix avec les requins
(Netflix)

En quoi vos vidéos peuvent-elles faire évoluer notre regard sur les requins ?

J’espère qu’elles permettront de faire basculer l’image des requins de créatures sanguinaires façon « Les Dents de la Mer » vers une réalité plus nuancée : celle d’animaux avec lesquels nous pouvons coexister. Ce sont les humains qui doivent apprendre à comprendre leur comportement. Aujourd’hui, plus de 100 millions de requins sont tués chaque année, souvent pour des raisons absurdes : la soupe d’ailerons, la pêche sportive, l’abattage préventif… Sans oublier les requins des grands fonds, capturés pour les cosmétiques, les souvenirs ou la pharmacie.

J’aimerais que ce film donne envie aux gens de s’engager pour la protection des océans. Beaucoup n’ont jamais plongé. Ils ne connaissent pas la beauté de ce monde sous-marin et ne ressentent pas de lien avec lui. Mon but, c’est de leur transmettre cette connexion, cette urgence.

En paix avec les requins
(Netflix)

Vos images font parfois polémique. Certains saluent leur impact, d’autres vous accusent de privilégier le spectacle à la rigueur scientifique. Que leur répondez-vous ?

C’est indéniable : nos campagnes ont aidé à faire passer des lois importantes. Pourquoi ? Parce qu’on a réussi à mobiliser des millions de personnes. Mais je sais qu’il y aura toujours des critiques. La seule chose à faire, c’est rester concentrée sur ma mission. Ceux qui méritent vraiment mon attention, ce sont les requins. Et puis je trouve que ces controverses ont parfois du bon. Elles finissent souvent par attirer encore plus l’attention sur la cause. C’est une bonne chose si ça permet de parler davantage des requins dans les médias.

Vous avez milité pendant six ans pour interdire la pêche au requin à Hawaï, ce qui a finalement été adopté en 2021. Quel a été votre rôle dans ce combat ?

Notre présence sur les réseaux nous donne une portée immense. À chaque appel à l’action, nous pouvons mobiliser un public informé, prêt à écrire aux élus, à se déplacer, à faire entendre sa voix.
On s’est aussi rendus sur place, devant le Capitole, pour témoigner en commission. Ce n’est pas facile pour tout le monde d’oser prendre la parole en public, surtout quand on a à peine deux jours de préavis.
Mais année après année, on a affiné notre stratégie, élargi notre réseau, fédéré d’autres militants. Même des gens qui ne se sentaient pas concernés par les requins — mais plutôt par les tortues, les coraux ou les dauphins — ont fini par comprendre que la protection des requins profite à tout l’écosystème.

Comment repérez-vous les signaux d’alerte sous l’eau ? Comment savoir qu’un requin ne souhaite pas interagir ?

Il faut savoir lire ce qu’on appelle un langage corporel agonistique ou territorial. Prenez deux chats qui ne s’aiment pas : ils cambrent le dos. Deux chiens : ils baissent la tête, plaquent les oreilles, montrent les dents. Les requins aussi ont des signes avant-coureurs, subtils mais lisibles. Mon équipe est formée à les détecter : une posture tendue, un changement dans leur nage, une interaction inhabituelle avec un autre requin… Tout ça peut indiquer une confrontation imminente. Il y a aussi les imprévus : un requin qui surgit hors de votre champ de vision, un individu migrateur dominant… Pour ces cas, j’enseigne des techniques de redirection douce, sans contact violent : juste un geste pour les détourner légèrement.

Mais dans 99 % des cas, si vous êtes calme, discret, pas vêtu de couleurs criardes, les requins vous ignorent. Et si vous les regardez en face, ils vous traiteront davantage comme un prédateur potentiel.
Attention toutefois : ne vous jetez pas à l’eau sans formation. Il est essentiel d’être encadré par des pros capables de décrypter ces comportements.

Quelles sont aujourd’hui les priorités politiques pour protéger les requins ? Que peut faire le grand public ?

L’Union européenne évalue actuellement l’interdiction du commerce d’ailerons. Dès que la consultation publique sera ouverte, il faudra que les citoyens se mobilisent. L’UE est responsable de la moitié des exportations vers l’Asie, l’Espagne étant le premier fournisseur vers Hong Kong. Il faut aussi interpeller les entreprises qui continuent de transporter des ailerons. Les États-Unis se sont retirés de ce commerce, mais certaines compagnies, comme FedEx, continuent les expéditions. De nombreuses compagnies aériennes les ont déjà interdites, mais il reste du travail.

Et puis il faudrait interdire la pêche au requin aux États-Unis, notamment dans des États comme New York, la Floride, le Texas ou la Caroline du Sud, où des concours de pêche au requin ont encore lieu.
Si vous vivez dans ces régions, contactez vos élus, mobilisez vos communautés. La pression locale compte énormément. Mais chacun, où qu’il soit, peut contribuer.

Pour suivre les campagnes de Ramsey, c'est ici

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