Figure locale de Long Reef, Mercury Psillakis, 56 ans, a perdu la vie en tentant de sauver ses amis lors d’une attaque de grand requin blanc sur « sa » plage de Dee Why, non loin de Sydney. Sa disparition relance le débat sur l’efficacité des dispositifs anti-requins : son spot venait d'en être équipé une semaine avant l'accident mortel.
« Merc avait été le premier à repérer le requin, il a alerté les autres surfeurs dans l'eau, leur demandant de se regrouper et d'essayer de regagner la côte en toute sécurité », raconte l’ancien surfeur professionnel Toby Martin à la chaîne de télévision ABC, présent non loin lors de l'accident. « Il était à l’arrière du groupe, essayant toujours de rassembler tout le monde lorsque le requin l’a pris dans sa ligne de mire. Il [le requin] est arrivé droit par-derrière, a fondu sur Merc et s’est jeté sur lui. C’était le pire scénario. D’habitude, ils arrivent par le côté, mais celui-ci est arrivé droit par derrière. C’était tellement rapide. »
Samedi matin, les conditions étaient idéales sur les Northern Beaches de Sydney. À Long Dee Why, Mercury Psillakis, un des piliers de la communauté locale de surf, surfait avec des amis depuis environ une demi-heure lorsqu’il a aperçu un grand requin blanc à une centaine de mètres du rivage. Il venait de prendre quelques vagues quand le squale, estimé entre 3,4 et 3,6 mètres, a surgi. Il n'a songé qu’à sécuriser ses compagnons, et a été grièvement blessé aux jambes et aux bras. Ramené en urgence sur la plage par quatre ou cinq surfeurs, les équipes de secours ont tenté en vain de le ranimer.
"The plant man" et son frère jumeau, shaper
À Dee Why, tout le monde connaissait Mercury « Merc » Psillakis. Champion du Long Reef Boardriders Club, passionné de surf et de taekwondo (ceinture noire, il avait atteint un haut niveau de compétition locale dans les années 1990), il vivait une existence rythmée par deux passions : l’océan et les plantes. Surnommé « The Plant Man », il cultivait et vendait des variétés tropicales rares dans son quartier, mêlant vie simple et esprit communautaire.
Chaque matin, il fonçait vers la plage en courant, plaisantant avec tous. « C’était une âme solaire, généreuse, avec ce sourire qui effaçait vos soucis », témoigne un ami dans « The Greek Herald », le quotidien australien de la communauté grecque. Né en 1977 à Sydney, Mercury « Merc » Psillakis vient d'une famille originaire de l’île de Symi, dans le Dodécanèse grec. Ses parents avaient émigré en Australie dans les années 1960, comme beaucoup de Grecs qui trouvaient alors dans les Northern Beaches une terre d’accueil.
Il grandit avec son frère jumeau Mike, son « âme miroir », surfeur lui aussi et l’un des shapers les plus respectés d'Australie. Dans un post sur Instagram, Mike écrit : « Nous étions le Yin et le Yang. Spirituellement connectés. Nous pouvions communiquer sans parler. Mon frère était mon âme jumelle. »
Cette double identité, gréco-australienne, nourrissait sa personnalité. Fier de ses racines helléniques, il s’imposait aussi comme un enfant de l’océan Pacifique, toujours entre deux mondes. Il laisse derrière lui une épouse, Maria, et une fille adolescente, Freedom, au moment même où l’Australie célébrait la Fête des Pères.
Australien d'origine grec, un des piliers de Long Reef
Sa disparition laisse un grand vide dans la communauté des surfeurs qui « pleure le fils de Long Reef », écrit son club, le Long Reef Boardriders Club, dans un post sur Instagram. « Merc était un surfeur exceptionnel, champion du club, qui a connu une carrière junior remarquable et a surfé avec passion pour Longy dans de nombreuses compétitions par équipe TAG. Cependant, la façon dont vous êtes jugé en tant que personne au sein de votre communauté et de la société en général est bien plus importante. Mercury était aimé de tous. C'était un mari, un père, un fils, un frère et un ami passionné, attentionné, loyal et aimant pour tout le monde. Tous ceux qui ont passé du temps avec lui (et vous êtes nombreux) ont une histoire particulière à raconter à son sujet. On se souviendra toujours de ses encouragements aux jeunes surfeurs (…) de sa façon de célébrer toutes les bonnes choses de la vie et de ses paroles réconfortantes dans les moments difficiles. Dans l'histoire de Long Reef, aucune famille n'a des racines plus profondes. Papa Nikita, le pêcheur, maman Elefteria, la force. Merc et Mike ont passé plus de temps dans l'océan ici que n'importe qui d'autre sur la planète. Merc a parcouru le monde à la poursuite de son amour des vagues, notamment en Indonésie, en France, en Espagne, au Portugal et dans les Samoa. (…) Sa disparition aura un impact considérable sur notre communauté du surf et sur la communauté au sens large. »
La semaine précédent l'accident, on avait installé des filets anti-requins
L’accident dont a été victime le surfeur est d'autant plus choquant que, depuis février 2022, aucune attaque mortelle n’est survenue à proximité de Little Bay. Reste que l’État de Nouvelle-Galles du Sud, où se situe Sydney, ville toute proche, enregistre en moyenne cinq attaques par an, mortelles ou non. En 2023, on a recensé 69 attaques non provoquées dans le monde, dont 10 mortelles. Mais l’Australie représentait environ 22 % des incidents (15 attaques, 4 décès), ce qui en fait la zone la plus touchée au monde après la Floride, aux États-Unis.
D'où l’installation de dispositifs anti-requins. Le littoral de Sydney est équipé depuis des années de filets anti-requins et de drumlines (lignes munies d’hameçons appâtés permettant de localiser les squales et de lancer l’alerte). Long Reef s'en était doté justement la semaine précédent l'attaque – précisément à Dee Why – et pouvait également compter sur un système de drumlines.
Or, ces dispositifs sont contestés : ils peuvent piéger dauphins et tortues et n’empêchent pas toujours les requins de franchir la zone. L’attaque de Mercury Psillakis l’a tragiquement rappelé. À la suite de sa mort, le gouvernement du NSW a suspendu un projet de retrait progressif des filets, relançant le débat sur leur efficacité.
Un grand requin blanc a été repéré depuis... est-ce le même individu ?
Pour l’heure, la police du New South Wales a fermé plusieurs plages voisines, de Manly à Narrabeen, et activé un protocole de sécurité. À savoir : déploiement de drones, d'hélicoptère, de jet-skis et de bateaux pour localiser le squale. Recours aux SMART drumlines, des lignes appâtées qui capturent temporairement le requin, permettant de l’équiper d’une balise GPS avant de le relâcher au large, et surveillance accrue des côtes via le SharkSmart program, un système de suivi en temps réel disponible pour les baigneurs et surfeurs.
Mais traquer un grand blanc reste aléatoire : ces animaux peuvent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour, plonger à grande profondeur et disparaître facilement des radars. Après l’attaque, un grand requin blanc a été repéré par hélicoptère au large de Manly, à quelques kilomètres au sud de Long Reef. Il n’existe toutefois aucune certitude qu’il s’agisse du même individu. Les experts rappellent qu’il est très difficile d’identifier un requin à l’œil nu.
En marge de ces recherches, la communauté de Dee Why prépare un paddle-out géant en l’honneur de Mercury Psillakis, rassemblant surfeurs et amis pour lui dire adieu au large de ses vagues préférées. Ironie du sort, c’est lui qui, il y a quelques mois à peine, avait organisé une cérémonie à Dee Why pour rendre hommage à Shane Herring, ancienne star du circuit mondial, fils lui aussi de la petite communauté de Dee Why.
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