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Forêt Amazonie
  • Société
  • Environnement

La France veut raser la forêt amazonienne de Guyane pour faire « décoller » des fusées bio ?

  • 10 mars 2023
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

C’est la question que pose l’association Maïouri Nature Guyane qui, depuis quelques mois maintenant, lance l’alerte. Paris œuvre en effet pour qu’une dérogation de l’Union européenne lui permette de financer la coupe rase de milliers d’hectares de forêt amazonienne intacte et riche en biodiversité pour la production de bioénergie afin de fournir du carburant aux nouvelles centrales biomasse. De quoi assurer l’autonomie énergétique de la région, disent ses promoteurs… ou plutôt alimenter le port spatial de Kourou pendant des décennies à coups de subventions européennes et au détriment de la biodiversité et de l’autonomie alimentaire du territoire, rétorquent ses opposants. Le point à la veille d’un débat qui devrait être tranché le 29 mars.

Le 22 août 2019 le président Emmanuel Macron s’en prenait au président brésilien, Jair Bolsonaro, écrivant sur twitter : "« Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20% de notre oxygène, est en feu. C’est une crise internationale. Membres du G7, rendez-vous dans deux jours pour parler de cette urgence". Louable alerte que ne manquera pas de lui rappeler l’ex président brésilien, notoirement climato sceptique, si la France obtient gain de cause à Bruxelles le 29 mars prochain pour exploiter ses propres forêts amazoniennes en Guyane, afin de fournir du carburant à ses centrales biomasse !

De quoi s’agit-il exactement ?

Sous la pression de la France, le 14 septembre 2022 le Parlement européen a adopté un amendement (le 33) au projet de révision de la directive sur les énergies renouvelables (RED II). Principal instrument de l’Union européenne dans la promotion des énergies renouvelables, cette RED II fait l’objet de négociations intenses entre les pays membres. Ajournées mi février, elles devraient aboutir le 29 mars prochain. Sa version révisée, dite RED III, qui devrait être adoptée en 2023, prévoit de retirer la plupart de la biomasse – issue de la combustion de matières organiques – de la liste des sources « propres » d’énergie qui pourront bénéficier de subventions publiques. Pourquoi ? Parce que « L’Union européenne s’est rendu compte que l’incitation à l’usage de biomasse-énergie a conduit à l’effondrement du puits de carbone européen et a nui à la santé des forêts en Europe", explique l’avocate Marine Calmet, l’ONG Wild Legal, intervenant notamment au nom de l’association Maïouri Nature Guyane.

Or la France, qui vient de coorganiser le 1er mars au Gabon le One Forest Summit, sommet international visant à préserver les trois plus grandes forêts tropicales encore existantes dans le monde, a plaidé pour que cette directive s’applique partout mais… pas dans dans un territoire couvert à 90% de forêts, ni pour le secteur spatial, pas dans les régions « ultrapériphériques » du territoire européen. Autrement dit… pas en Guyane française, où elle a d’autres projets qui pourraient lui assurer des ressources énergétiques, soutenues de surcroit par des subventions européennes. 

Pourquoi tant d’intérêt pour La Guyane ?

Aussi grande que le Portugal, la Guyane française est boisée à 96% et composée aux neuf dixièmes de forêts primaires. Une véritable manne pour l’industrie du bois. De quoi alimenter les trois centrales à biomasse de Guyane déjà existantes – Cacao, Kourou, Saint-Georges –, et deux autres en projet ou en construction, via du bois extrait de la forêt amazonienne ou de surfaces forestières converties dans la production mono spécifique. Mais, rappelle, l'Office Français de la Biodiversité (OFB), elle représente aussi à elle seule 95 % de la biodiversité française, avec 5 500 espèces de végétaux, 700 d’oiseaux, 189 de mammifères, 132 d’amphibiens et des centaines de milliers d’insectes.

Pourquoi la "dérogation guyanaise" pose problème ?

« Parce que cela crée un appel d’air », expliquait le 10 février l’avocate Marine Calmet au micro de Radio Peyi Guyane. Or, dit-elle, il n’y a pas suffisamment de garde-fous pour protéger les forêts. C’est une remise en question de ce qu’on appelle "l’utilisation en cascade". Autrement dit tout le bois qui est pris devrait être d’abord valorisé, via le bâtiment par exemple, avant d’être dédié à la production d’energie. Or, là, il n’y aurait pas de garantie que des arbres entiers ne finissent pas brûlés dans les centrales. C’est aussi l’ouverture d’une brèche aux plantations d’arbres destinées à produire de la biomasse, au détriment de la biodiversité actuelle et des cultures vivrières, explique-t-elle. C’est le cas du  projet Mia, en gestation depuis 2017, qui prévoit l’implantation de 1 000 hectares de teck ( espèce non endémique) en pleine forêt amazonienne, dédiés à la construction et 2 000 hectares de plantes à croissance rapide pour alimenter les centrales biomasse. « Or la biomasse, n'a jamais été une source énergétique renouvelable. Dans ces conditions, cette source d’énergie n’est ni durable ni respectueuse », insiste l’avocate. Ce que prouvent de nombreuses études.

« Aucun des critères européens ne serait donc rempli", poursuit-elle, "ni le critère de durabilité, ni celui de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais cette électricité bénéficierait du statut d’énergie renouvelable, et les entreprises qui la produisent de subventions d’État colossales au titre des financements verts. ». De quoi attirer nombre d’investisseurs !

Quels sont les arguments des défenseurs de cette dérogation ?

La Guyane souffre d’un enclavement énergétique et l’Agence spatiale française de Kourou, sur la côte nord de la Guyane française a besoin d’énergie. Ce que pourrait garantir la construction de deux nouvelles centrales biomasse d’ici 2024-2025… en bénéficiant de subventions publiques européennes pour la construction et de subventions publiques françaises pour la vente de bioénergies. De quoi aussi, avancent-ils, créer de nouveaux emplois dans une région de 294 071 habitants où le chômage atteint 26%. Des arguments qui sonnent bien, évidemment, aux oreilles d’une population locale paupérisée, largement dépendante de minima sociaux de surcroit moins élevés qu’en métropole, mais qui sont faussés, nous explique Marine Calmet, interviewée aujourd’hui. « C’est du populisme de bas étage, une manipulation de longue date. On fait croire aux gens que la biomasse, c’est du social, mais il faut rappeler que le CNES consomme déjà 18% de l’énergie de la Guyane et que la construction de ces deux nouvelles centrales ne veut pas forcément dire que l’énergie sera moins chère pour les Guyanais, ni qu'ils y gagneront en autonomie alimentaire, au contraire, si les terres sont exploitées pour produire du bois destiné à la combustion. Aujourd’hui la région importe l’essentiel des denrées transformées et le lait pour bébé par exemple y est deux fois plus cher qu'en métropole. Mais la Guyane subvient à hauteur de 80% à ses besoins en fruits et légumes. C'est donc aussi une question de résilience alimentaire. Sans compter, précise l’avocate, que si Paris obtient gain de cause, cette manne d’argent public, dont bénéficierait l’industrie de la biomasse, c’est autant d’argent public qui n’irait pas aux Guyanais.

Face à cette dérogation, comment s’organise l’opposition ?

Outre diverses associations environnementales, dont bien sûr Maïouri Nature Guyane, les défenseurs des forêts se mobilisent. Une pétition circule d’ailleurs actuellement dans l’Union Européenne : « Amazonie en danger : stop à l’essor de l’industrie biomasse en Guyane », mais à ce jour elle n'a récolté que 82066 signatures. Rappelons également que le 7 février, jour où la question devait initialement débattue avant d'être repoussée au 14 février, puis, dernièrement au 29 mars, une tribune a été publiée dans Le Monde. Dix-neuf environnementalistes et scientifiques opposés au projet l’ont signée. Mais il faudra attendre fin mars pour voir les négociations réouvertes, en espérant que l’Union Européenne reste cohérente et revienne sur cette dérogation qui va totalement à l’encontre du principe de sa directive. Sur ce point, l’avocate Marine Calmet, très combative, se doit de rester optimiste, mais elle nous confie qu’elle a conscience que la dérogation guyanaise servira de « variable d’ajustement » dans les intenses négociations sur les énergies durables actuellement en cours. Une monnaie d’échange peut-être face à d’autres enjeux énergétique, notamment autour de l’hydrogène.


Comprendre le problème avec l'avocate Marine Calmet, interviewée le 10 février dernier par Radio Peyi Guyane. Document audio de 18 minutes.

https://youtu.be/0mZoHNhIA1s

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