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Nolwen Berthier
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

« La cotation, c’est comme l’euro. Mais on oublie de compter le bonheur » : Nolwen Berthier au-delà du 9a+

  • 17 février 2026
  • 4 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

On le sent dans sa voix, et dans les petites étincelles qui apparaissent dans ses yeux dès qu’elle en parle : la grimpe, c’est ce qui fait vibrer Nolwen Berthier. Deuxième Française à avoir enchaîné un 9a+ avec Supercrackinette à Saint-Léger, cette Lyonnaise de 32 ans, désormais installée dans le Sud, interroge sans relâche la pratique qu’elle aime tant. Et si réussir en escalade ne se mesurait pas uniquement au degré, mais aux valeurs que l’on décide d’y projeter ? Interview.

« Ça fait pile vingt ans que je grimpe cette année ». Rencontrée dans sa salle d’escalade à Vitrolles, proche de Marseille, Nolwen semble étonnamment reposée pour quelqu’un qui vient de terminer sa séance d’entraînement. Vingt ans de grimpe derrière elle, et toujours autant de passion : d’abord centrée sur la compétition de haut niveau — elle côtoie l’équipe de France pendant près de dix ans, jusqu’en 2019 — Nolwen lève le pied pour se tourner pleinement vers l’extérieur. L’élément déclencheur ? Le Covid. Compétitions suspendues, Nolwen se retrouve au chômage partiel et avec du temps. Beaucoup de temps. Pour la première fois, elle peut s’investir pleinement dans sa pratique, sans contrainte de calendrier ni objectif compétitif. Elle décide d'arrêter de s’entraîner pour les compétitions, « ça n’avait plus vraiment de sens dans ce contexte », et de se consacrer à la falaise. Supercrackinette, une voie coté 9a+ à Saint-Léger en sera l’aboutissement, une performance majeure qui la consacre comme la deuxième Française à enchaîner ce degré. « En quelque sorte, je suis devenue sportive professionnelle à ce moment-là. », confie-t-elle.

Nolwen Berthier
(Thomas Di Giovanni)

Une transition naturelle, bien qu'elle soit sur un terrain différent. « En compétition, j’ai appris à me dépasser le plus possible sur un certain type de support, la résine, dans un cadre très codifié, avec des règles fédérales et d'autres compétitrices. Ma façon de vivre la falaise aujourd'hui, c’est en quelque sorte la même approche :  je grimpe toujours avec la même assiduité, mais avec des règles et un cadre que je choisis. »

L'escalade comme vecteur de sensibilisation aux enjeux écologiques

Changement de terrain de jeu, donc, mais aussi de responsabilités. « Un sportif professionnel a une forme de redevabilité », explique-t-elle. Qu’il le veuille ou non, il devient un exemple. Libre à lui de choisir quel imaginaire collectif il souhaite véhiculer. » Celui dans lequel Nolwen décide de s’inscrire est clair : un imaginaire où la performance ne s’oppose pas à la conscience écologique, où l’aventure peut aussi devenir un terrain d’engagement. Une réflexion qu’elle tire de son expérience en tant que responsable RSE, métier qu’elle a poursuivi à la suite de ses études en ingénierie énergie et environnement, et qui, petit à petit, viendra se juxtaposer à sa passion sportive. 

« Ça demande du courage de prendre parole sur ce sujet [l’écologie]. Surtout qu’en tant que sportifs professionnels, on est souvent mis dans une case : celle du divertissement. On est attendus sur des belles performances, pas sur des sujets de société. En sortir reste compliqué, parce que ça demande de s’afficher autrement. »

C’est précisément ce qu’elle choisit de faire avec Une voie pour la nature, une web-série documentaire en quatre épisodes où elle donne la parole à des scientifiques et acteurs du vivant — Gilles Bœuf, biologiste et ancien directeur du Muséum National d'Histoires Naturelles; Emka de Cannart, bioacousticienne et activiste; Samuel Busson, directeur de projet biodiversité et éclairage au CEREMA, ou encore Lionel Minassian, fondateur de l’association Papa Ours Nature. Des experts intervenant au fil de ses ascensions, volontairement laissées en arrière-plan des videos. « C’était une expérimentation », raconte-elle. Un montage inhabituel qui cherche à montrer que l’escalade peut devenir un vecteur de sensibilisation écologique. Certains y trouveront un écho à leurs propres engagements, d'autres - on pense aux grimpeurs s'attendant à suivre la progression classique d'une voie d'escalade - pourraient se sentir déroutés. Car la forme peut laisser perplexe : pas de cotation mise en avant, pas de nom de voie, pas de glorification sportive. Au final, peu de lien direct entre les ascensions et le message véhiculé. Un projet osé mais qui a le mérite de pousser à réfléchir sur la manière dont le sport peut véhiculer la parole scientifique et relayer des enjeux sociétaux.

Nolwen Berthier
(Jan Novak)

Redéfinir les critères de la performance

Outre sa web-serie, deux projets majeurs occupent actuellement la grimpeuse : Moonlight, un bloc coté 8b+ dans le chaos granitique de Targassonne, dans les Pyrénées, et une monocolo dans un dévers à 50°, autour du 9a, au fond de la grotte de la Ramirolle, dans le Verdon. Deux itinéraires exigeants, mais surtout deux lignes locales, peu répétées et loin des classiques surfréquentées. Pour Nolwen, c’est tout l’intérêt : s’approprier des voies là où le béta n’est pas encore fixé, décortiquer chaque mouvement et l'adapter à ses 1m52. « On donne beaucoup de valeur aux voies très répétées parce qu’elles ont une notoriété, explique-t-elle, mais si tu veux t’inscrire dans des projets plus locaux, il faut adopter une approche d’exploration et de curiosité ». Finalement, « c'est tout ce qui rend le processus chouette ».

 Il y a aussi des king lines juste à côté de chez nous. Il suffit juste d’aller les essayer.

Ce positionnement en dit long sur sa manière d’envisager l’escalade : « aujourd’hui, on est dans une forme de rentabilisation de l'escalade. On accorde trop d’importance à certains indicateurs de réussite : la cotation, par exemple, ou le nombre de jours de grimpe, la destination cochée sur une liste. Mais on oublie tout ce qu’il y a autour : les trajets, les pays traversés, les rencontres. » Si la cotation est devenue la norme, c’est d’abord parce qu’elle est facile à mesurer, selon elle. Mais elle ne dit rien du plaisir, du sens ou du bonheur que l’on peut éprouver dans l’ascension. De quoi s'interroger : à force de ne considérer que le degré, l’escalade ne risque-t-elle pas de se réduire à une logique capitaliste d’accumulation , calquée sur la performance ? Enchaîner plus dur, plus vite, plus souvent ? Pour Nolwen, cette focalisation peut vite entraîner des glissements problématiques. « Si on compare avec notre société, la cotation, c’est un peu l’euro. Mais on oublie de compter le bonheur. »

 Le partage avec les autres, on pourrait aussi mettre une cotation là-dessus. 

Nolwen ne renie pas pour autant son identité de grimpeuse de haut niveau. Bien que les indicateurs de réussite que le milieu a choisi de valoriser aient leur utilité, elle revendique désormais d’autres critères : l'aventure, le temps partagé, l’entraide, l’état des écosystèmes côtoyés. « Ces approches ne sont pas antinomiques, précise-t-elle. Aujourd’hui, je donne autant de valeur à ce que je construis humainement autour d’un projet, qu’à l’enchaînement lui-même. Ce n’était pas forcément le cas avant. » De quoi nous faire réfléchir à ce que signifie vraiment « réussir », en escalade comme ailleurs.

Nolwen Berthier
(Jan Novak)

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