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Juliette Willmann, 29 ans, emportée par une avalanche en Patagonie

  • 30 septembre 2026
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Juliette Willmann est morte mardi 29 septembre dans une avalanche au Cerro Crestón, près d’El Chaltén, en Argentine. Son compagnon, le guide de haute montagne Pierre-Idris Mehdi, a été secouru vivant. Quatrième du Freeride World Tour en 2021, la Chamoniarde avait quitté le circuit pour se consacrer au ski de pente raide et à ses projets de films. Dans Rise, elle racontait cet apprentissage, son engagement, ses peurs et le plaisir retrouvé de choisir ses propres lignes.

Depuis plusieurs semaines, Juliette Willmann et Pierre-Idris Mehdi parcouraient l’Amérique du Sud en van, à la recherche de lignes à skier et de vagues à surfer. Dans les environs d’El Chaltén, ils avaient notamment réalisé l’ascension et la descente à skis du Cerro Madsen. Juliette partageait encore récemment des images de leurs sorties en Patagonie. « Avoir une passion comme le ski est un moyen magique de découvrir des endroits sauvages et exceptionnels, et de vivre pleinement ces paysages », écrivait-elle une semaine avant l’accident. Il leur restait deux mois de voyage. « Un mois passé en Amérique du Sud, à la recherche de la neige avec ma partenaire favorite. Mais bien plus encore, à la recherche de l’immersion totale dans ses montagnes remplies de trésors », racontait alors Pierre-Idris, guide à la Compagnie des guides de Chamonix. Leur carnet se remplissait, poursuivait-il, « de biens belles lignes sur le papier mais aussi dans la montagne, skis aux pieds ».

Mardi 29 septembre, tous deux évoluaient au Cerro Crestón, dans le secteur du Lago del Desierto, à environ 35 kilomètres au nord d’El Chaltén, lorsqu’une avalanche les a emportés. Selon les premières informations, une rupture de plaque les aurait entraînés sur quelque 400 mètres. Les circonstances précises du déclenchement restent à établir. Un guide présent dans le secteur a donné l’alerte vers 12 h 30, heure locale. D’autres skieurs ont dégagé le couple. Juliette a été retrouvée ensevelie sous environ un mètre cinquante de neige, sans signes de vie. Les premiers intervenants ont entrepris une réanimation cardiopulmonaire, guidés par radio par une médecin du poste sanitaire d’El Chaltén, sans parvenir à la ranimer.

L’accès au secteur nécessitant plusieurs heures de marche depuis la route, les équipes du Groupe spécialisé de haute montagne de la gendarmerie argentine et de la Commission de secours d’El Chaltén ont rejoint les lieux en fin d’après-midi et constaté son décès. Pierre-Idris, retrouvé conscient, a été pris en charge au poste de secours local.

Du circuit FIS au Freeride World Tour

Juliette Willmann avait grandi à Barcelonnette, dans la vallée de l’Ubaye, au sein d’une famille de skieurs. Son père, Philippe Willmann, avait notamment entraîné le groupe technique féminin de l’équipe de France de ski alpin. Sa sœur Alison avait elle aussi porté les couleurs de l’équipe nationale.

Enfant, elle multipliait les sports, du judo au VTT, mais le ski alpin occupait l’essentiel de ses hivers. Elle avait couru sur le circuit FIS jusqu’à ses 18 ans, avant de perdre le goût de la compétition. Ce qui lui donnait envie de skier se trouvait désormais dans les sorties entre amis, le ski de randonnée et le freeride. Choisir sa ligne, engager un passage raide, sauter une barre, réussir l’enchaînement qu’elle avait repéré depuis le bas de la face. « C’est le freeride qui a fait que je savais où j’allais, je savais pourquoi je faisais ça », racontait-elle dans Rise.

En 2018, elle remportait le classement général européen du Freeride World Qualifier et obtenait sa qualification pour le Freeride World Tour. Elle rejoignait le circuit mondial la saison suivante. Deux fois deuxième à Ordino Arcalís en 2021, elle terminait quatrième du classement général cette même année. Mais, au fil des saisons, la compétition avait perdu son attrait. Sur les étapes du Tour, elle ne retrouvait plus cette envie. « Je regardais des faces et je me disais, qu’est-ce que je vais faire ? », racontait-elle dans Rise. À la fin de la saison 2022, elle décidait de quitter le circuit pour se consacrer au ski de haute montagne et à ses propres projets de films.

Du freeride à la haute montagne

Installée à Chamonix, Juliette s’était tournée vers le ski de pente raide avec Pierre-Idris Mehdi. À sa technique de skieuse, il fallait désormais ajouter les compétences de l’alpinisme. Remonter un couloir en crampons, progresser encordée, évoluer sur glacier, apprécier les conditions de neige et l’exposition d’un itinéraire. Elle mesurait tout ce que son expérience du freeride ne lui permettait pas encore de maîtriser. « J’avais clairement zéro connaissance en haute montagne », expliquait-elle à propos de ses débuts. Voir d’autres skieurs tailler de grandes courbes en pente raide l’inspirait. Mais lorsqu’elle s’y engageait à son tour, elle mesurait le chemin qu’il lui restait à parcourir. « Je n’ai pas encore les capacités pour le faire », reconnaissait-elle.

Réalisé par Maxime Moulin et Fred Rousseau, Rise with Juliette Willmann suivait cette transition dans le massif du Mont-Blanc, du bassin d’Argentière à l’aiguille Verte, avec notamment le Whymper, le Couturier et la voie des Z. Le film laissait une place inhabituelle aux difficultés de la montée, aux hésitations à l’entrée d’un couloir et aux échanges avec son compagnon de cordée. Dans le couloir Whymper, Juliette racontait avoir été incapable de déclencher son premier virage. « J’avais trop peur. » Pierre-Idris s’était engagé devant elle. Après l’avoir regardé descendre, elle avait pu le suivre.

À la montée, la fatigue et l’exposition faisaient parfois venir les larmes. Pierre-Idris lui demandait de souffler, de garder son rythme, de rester dans ses traces de crampons. Elle acceptait de montrer ces moments, alors même que son niveau à skis lui avait déjà valu une place parmi les meilleures freerideuses mondiales. Les avalanches, les crevasses, les chutes de séracs et la chute dans la pente lui faisaient peur. L’expérience acquise au fil des courses et la confiance dans ses partenaires l’aidaient à mieux les gérer. Mais avant de s’engager dans une face, elle avait encore besoin de savoir si elle était prête, si elle en avait vraiment envie et pourquoi.

Renoncer pour progresser

À l’aiguille Pourrie, une montée dans une neige trop chargée l’avait conduite à faire demi-tour. Juliette racontait être rentrée chez elle, satisfaite d’avoir renoncé. « Cet hiver, j’ai renoncé déjà plus que ce que j’ai jamais renoncé dans ma vie. » Ces décisions occupaient une place entière dans son apprentissage. Elle pouvait avoir les capacités techniques pour skier une ligne et choisir de ne pas s’y engager. Elle apprenait à composer avec les conditions, son état de fatigue et une peur dont elle cherchait à comprendre l’origine.

Depuis qu’elle avait quitté la compétition, elle devait chercher elle-même les lignes qu’elle voulait skier et filmer, choisir les passages et attendre les bonnes conditions. Elle trouvait ce travail plus difficile que de s’inscrire à une étape du Tour, mais la satisfaction était plus grande. Elle retrouvait le plaisir des longues journées en montagne, avec la liberté de décider où aller et quel ski pratiquer. « Il y a clairement plus une notion de création que d’obligation », disait-elle. « Je retrouve quelque chose que j’avais perdu […] et qui me fait vivre toutes ces belles journées. Et je suis trop contente de pouvoir me dire “oui, je suis libre”. »

Photo d'en-tête : Clustr Films
Thèmes :
Avalanche
Disparition
Freeride
Ski

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